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Le 6 juillet dernier, le Parti libéral du Québec a annoncé fièrement avoir non seulement réussi son objectif d’atteindre l’équilibre budgétaire, mais l’avoir même dépassé, avec un surplus budgétaire de l’ordre de 1,8 milliard de dollars. Les libéraux vantent leurs prouesses, tandis que leurs adversaires s’insurgent : voilà la preuve que l’austérité n’était pas nécessaire pour le Québec! Qu’en est-il réellement? L’austérité a-t-elle fonctionné? Était-elle nécessaire?

Un surplus sur le dos de la classe ouvrière et des plus démunis

Il va sans dire que c’est en grande partie le régime minceur imposé à tout le Québec qui a permis ce surplus. Les gains effectués par la classe ouvrière au cours de décennies de lutte s’effritent plus que jamais. La classe ouvrière et les plus démunis sont les premières victimes de l’austérité drastique.

Le système de santé subira des coupes de l’ordre de 247 millions de dollars pour l’année 2016-2017, s’ajoutant à des coupes de 669 millions au cours des deux années précédentes. Le sabotage du système de santé public prépare lentement la privatisation de celui-ci. Le système d’éducation est lui aussi passé dans le tordeur. L’IRIS évalue les compressions au niveau primaire et secondaire à 337 millions de dollars entre 2014 et 2016, et à 244 millions pour ce qui est des universités durant la même période. Les Centres de la petite enfance verront aussi leur enveloppe budgétaire amputée de 120 millions pour l’année à venir. Également, de graves compressions ont été effectuées en ce qui concerne l’aide sociale, où le gouvernement espère sauver jusqu’à 50 millions par année par la diminution des déjà maigres prestations offertes. Sans compter qu’ironiquement, le gouvernement a économisé de 100 à 150 millions de dollars en salaires grâce à la grève des employé-es du secteur public!

Au total, la croissance des dépenses du gouvernement a été de seulement 0,4%! C’est très en deçà de l’inflation, et très en deçà des prévisions du gouvernement lui-même, à 1,7%. Ce seul chiffre suffit à exposer à quel point la ceinture des travailleur-euses du Québec a été serrée au cours de la dernière année.

Également, il faut prendre en compte le démembrement des structures de développement régional qu’étaient les Conférences régionales des élus (CRÉ) et les Centres locaux de développement, qui ont permis de faire d’autres « économies ».

Les premières victimes de toutes ces compressions sont bien entendu les travailleur-euses, les jeunes et les opprimé-es. Les coupes dans le système de santé ont entrainé l’abolition de postes, ce qui résulte dans une plus grande charge de travail pour les employé-es restants, en plus de nuire à la qualité des services. Les conséquences des coupes en éducation sont innombrables, mais l’augmentation des coûts des services aux élèves, la diminution sévère du financement du programme de décrochage scolaire et l’abolition de postes des plus variés dans les différentes commissions scolaires sont du nombre. Les coupes à l’aide sociale, quant à elle, feront que des nouvelles pénalités pourront réduire à un minime 3 696$ par année le revenu des prestataires de l’aide sociale. En bref, il est clair que les conditions de vie et de travail des travailleur-euses et des plus démuni-es de la société ont été sacrifiées pour supposément redresser l’économie. Les conséquences graves de toutes ces compressions se feront encore sentir pendant de nombreuses années.

À quoi servira le surplus?

Le président de la CSN, Jacques Létourneau, a déploré le surplus en réclamant un réinvestissement massif dans les services publics. Cependant, il y a fort à parier que son souhait ne sera pas exaucé. Pour ce qui est du surplus actuel, il ne peut pas aller au réinvestissement dans les services sociaux ni ailleurs; selon la loi sur l’équilibre budgétaire, il doit aller au remboursement de la dette.

Par contre, le surplus laisse effectivement entendre que le gouvernement a une marge de manœuvre. Mais le dernier budget de mars 2016 a déjà montré que les libéraux se refusaient à quitter le chemin de la « rigueur »; malgré des perspectives économiques qui pointaient alors vers la probabilité d’un surplus pour 2015-16, le gouvernement a présenté un budget qui coupait dans l’enveloppe accordée à cinq ministères dont celui du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale ainsi que celui de la Famille, ne réinvestissant que timidement dans ceux de l’Éducation et de la Santé. Le réinvestissement en santé a été suivi quelques mois plus tard, rappelons-le, par l’annonce de coupes de 247 millions de dollars dans ce secteur.

Cela dit, ce que les libéraux pourront faire grâce à ce surplus est d’accorder des cadeaux pour acheter leur réélection en 2018. D’abord, la marge de manœuvre dégagée par l’austérité draconienne permettra d’abolir la taxe santé honnie que les libéraux avaient eux-mêmes mise en place. Le budget présenté en mars dernier a confirmé que les libéraux allaient supprimer progressivement cette taxe jusqu’à son abolition complète d’ici décembre 2017.

Ensuite, il est fort probable que les libéraux tenteront de faire oublier leurs deux années d’austérité par des baisses d’impôt. C’était d’ailleurs l’une de leurs promesses électorales que de consacrer la moitié d’éventuels surplus budgétaires à des baisses d’impôt, l’autre moitié allant au paiement de la dette. Le 26 juillet dernier, le vice-président de l’Institut économique de Montréal, un think tank de droite, signait un texte dans lequel il enjoignait le gouvernement à tenir promesse.

Il est encore trop tôt pour dire comment ils joueront cette carte, mais il y a fort à parier que les libéraux vont tenter de se présenter comme les défenseurs du peuple en octroyant des miettes à la classe ouvrière sous forme de baisses d’impôts. Dans ce contexte, nous devrons être la mémoire de la classe ouvrière et rappeler le vrai visage du parti, le parti de l’austérité et des intérêts des capitalistes.

L’austérité était-elle nécessaire?

Suite à l’annonce du surplus budgétaire, Amir Khadir de Québec solidaire a affirmé que « [l]es surplus annoncés confirment ce que Québec solidaire a toujours avancé : l’austérité n’était pas nécessaire du point de vue des finances publiques. » La création d’un surplus pourrait porter à croire que le gouvernement dispose maintenant du « choix » d’abandonner l’austérité. Mais qu’en est-il réellement?

La réalité est que l’économie québécoise ne vit pas dans une bulle isolée. Depuis la récession de 2008, l’économie mondiale est marquée par une profonde incertitude. Les économistes bourgeois préviennent que la prochaine récession n’est pas bien loin, et que l’économie mondiale a déjà épuisé les moyens d’y faire face. Au Canada, une récession technique a frappé en 2015, le pays étant lourdement affecté par la chute vertigineuse des prix du pétrole. Dans ce contexte, les capitalistes sont très nerveux et n’investissent pas ou si peu dans l’économie réelle. Au Canada, ce sont plus de 700 milliards de dollars qui dorment dans les comptes en banques des capitalistes!

Ce contexte global n’est pas sans peser lourd sur le Québec. Dans une période où les capitalistes n’investissent presque pas, les gouvernements se doivent d’assurer la création d’un environnement propice à l’investissement, ils se doivent d’être compétitifs. Les cadeaux accordés par l’État aux entreprises pour les inciter à investir (comme le congé fiscal de 10 ans sur les investissements de plus de 300 millions offert par le PQ en 2012, l’abolition de la taxe sur le capital par Jean Charest, ou encore les milliards utilisés pour sauver Bombardier en pleine période d’austérité) doivent être compensés, et c’est par les mesures d’austérité que cela est nécessairement fait.

De plus, il faut souligner que le Québec, comme tout autre État, est soumis aux diktats du marché qui se reflètent notamment à travers les agences de notation financière. Celles-ci se chargent d’évaluer le risque qu’un État ou une société puisse rembourser ou non ce qui lui est prêté. Une cote élevée entraine une diminution des taux d’intérêt pour un prêt à l’État, et encourage l’investissement privé puisque la cote indique une situation économique favorable. Une cote affaiblie entraine les effets contraires.

En 2013, l’agence de notation Fitch avait lancé un avertissement au gouvernement de Pauline Marois, faisant diminuer la cote du Québec en réponse au report de l’atteinte de l’équilibre budgétaire. Inversement, en juin dernier, Standard&Poor’s ainsi que Fitch ont augmenté la cote du Québec, signe de leur satisfaction face à la « rigueur » du gouvernement Couillard.

Au Manitoba, en juillet dernier, S&P a pour une deuxième fois en un an abaissé la cote de la province, étant donné que le remboursement de son immense dette et l’atteinte de budgets équilibrés tardent à se produire.

Avec une économie mondiale sur le bord d’une nouvelle récession, le gouvernement québécois ne pourrait se permettre de jouer avec le feu. Si le Québec continuait de s’endetter, les agences de notation feraient baisser la cote de crédit de la province, et le Québec pourrait plus difficilement emprunter sur les marchés financiers et aurait à emprunter à des taux d’intérêt plus élevés. Cela augmenterait le service de la dette québécoise, ce qui mènerait en retour à davantage d’austérité. Sous le capitalisme, les dettes doivent être remboursées. Le message que les agences envoient au Québec – et aux autres provinces – est clair: la « rigueur » doit continuer.

Un dernier élément à souligner est le facteur péréquation : le Québec vit sur la richesse du passé. Effectivement, la crise dans le secteur de l’énergie n’est pas encore prise en compte dans le calcul de la péréquation, si bien que l’Alberta et la Saskatchewan continuent à y participer comme si elles étaient aussi riches qu’avant. Autrement dit, ce que le Québec reçoit en péréquation présentement est basé sur une richesse qui n’existe plus, et lorsque le changement de situation sera pris en compte, le budget de la province en souffrira.

Le Québec – et le Canada –toujours en situation précaire

Il reste à souligner que l’économie québécoise, à l’image de l’économie canadienne dans l’ensemble, demeure en situation extrêmement précaire. La création d’emplois a été très faible en 2016; à peine 1 200 durant les six premiers mois de 2016 au Québec. Entre décembre 2015 et juin 2016, le taux de chômage a diminué de 7,8 % à 7 %, mais cela s’explique simplement par la diminution de la population active de 40 200 personnes. Au Canada dans l’ensemble, ce sont 31 200 emplois qui ont été perdus en juillet, et le déficit commercial du pays s’est encore une fois approfondi le mois dernier. Seules les dépenses de consommation et dans l’immobilier ont sauvé la mise. Autrement dit, ce sont l’endettement croissant des Canadien-nes et l’accroissement de la bulle immobilière qui nous protègent contre la crise pour l’instant. Mais ce sont précisément ces deux facteurs qui préparent une crise encore pire dans l’avenir, notamment lorsque la bulle immobilière explosera; pour citer un expert de la firme Capital Economics, l’affaire va se terminer « dans les larmes ». Contrairement à 2008-2009, le Canada ne sera pas épargné par la prochaine crise économique mondiale.

Aussi, n’oublions pas que le mal est déjà fait : l’austérité a déjà des conséquences dramatiques sur les conditions de vie de toute la classe ouvrière, des jeunes et des opprimé-es. Également, en tant que marxistes, nous comprenons que l’austérité, à terme, ne peut que nuire à l’économie, puisque les premières victimes en sont les travailleur-euses, ceux-là mêmes qui forment le marché qui doit racheter les marchandises produites pour le profit des capitalistes. L’austérité, en diminuant le pouvoir d’achat des travailleur-euses, coupe par là même dans le marché, entrainant un cercle vicieux où les capitalistes n’investissent pas dans un marché qui se dégrade précisément à cause de l’austérité.

Malgré cela, du point de vue capitaliste, l’austérité est encore nécessaire. L’instabilité de l’économie mondiale entraine la nervosité des capitalistes, frileux à l’idée d’investir leur argent. Il n’est pas possible de réinvestir dans les services sociaux, ni même de rembourser la dette, en faisant payer davantage les grandes entreprises : celles-ci vont simplement fuir la province, investir ailleurs ou simplement cesser d’investir et s’asseoir sur leurs économies, comme c’est déjà le cas au Canada. Le moyen de rembourser la dette et de créer un environnement propice à l’investissement ne peut être que l’austérité et une plus grande ouverture au privé. Cela fait longtemps que les capitalistes demandent la destruction de l’État-providence québécois, et c’est ce qu’ils sont en train d’obtenir. Nous ne nous attendions pas à moins de la part du Parti libéral, fidèle représentant de la bourgeoisie québécoise.

Davantage d’austérité à venir

Conséquemment, nous devons nous attendre à davantage de coupes et de destruction des services sociaux dans les années à venir. L’austérité demeure à l’agenda des capitalistes, et celle-ci sera encore plus sévère lorsque la crise économique qui se pointe à l’horizon éclatera, laquelle n’épargnera pas le Canada. En dernière analyse, lorsqu’il s’agit des services sociaux, de la dette et des autres dépenses, la question est : qui va payer?

Les libéraux, et le PQ avant eux, ont affiché leurs couleurs. Ce sont les travailleur-euses, les étudiant-es, les sans-emploi et les opprimé-es en général qui doivent payer. Il ne peut en être autrement tant que nous vivrons sous le système capitaliste, un système dominé par les grandes banques, les grandes entreprises et leurs représentants au Parlement. Seul le socialisme nous permettra de nous débarrasser de leur emprise, et de commencer à reconstruire la société en nous basant sur les besoins des gens et non sur le profit d’une minorité. C’est ce pour quoi il faut se battre dès aujourd’hui.