930ae2b22748c2f01ee9fe3f3e55c82a w610 h407Cet article a été publié le 4 septembre 2018 sur le site In Defence of Marxism.


L’été 2018 a été marqué par des événements climatiques surréels partout sur la planète. Les changements climatiques ne sont plus un phénomène de l’avenir. De la Californie au cercle polaire, les températures exceptionnelles créent des conditions aussi surprenantes les unes que les autres. En Grèce, 91 personnes ont été tuées dans un incendie dévastateur. Au Japon, au moins 77 personnes sont mortes et plus de 30 000 ont été admises à l’hôpital pour des coups de chaleur. 54 personnes sont mortes à cause de la chaleur ici, au Québec.

Quelques journées chaudes ne font pas un été chaud et un été chaud ne signifie pas nécessairement qu’il y a des changements climatiques. Cependant, ces conditions sont aujourd’hui si étendues et si fréquentes qu’elles sont devenues la nouvelle norme.

Des loups aux portes

Au cours des dernières années, nous avons vu les records être battus les uns après les autres. Les événements climatiques extrêmes deviennent la règle, pas l’exception. Pas moins de huit des dix années les plus chaudes enregistrées depuis 1880 ont eu lieu depuis 2008. Les preuves sont irréfutables.

Pour l’instant, les changements de température ont augmenté en proportion de la quantité accumulée de gaz à effets de serre dans l’atmosphère. Cependant, il se pourrait que ça change.

Présentement, la température de la planète est 1,1 °plus élevée que lors de la période préindustrielle. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a prédit que si des efforts sont faits pour réduire les émissions de carbone en les réduisant rapidement à zéro et que des programmes pour inverser les émissions sont implantés avant la fin du siècle, alors l’augmentation de la température globale de la terre pourrait être limitée à 1,5 °C.

Cependant, selon les prévisions actuelles, nous avons bien plus de chance de fracasser l’objectif modeste d’une augmentation de température limitée à 2°C établis par l’accord de Paris (COP21). En effet, nous nous dirigeons probablement vers un réchauffement se situant entre 3 °C et 4 °C. De plus, il ne s’agit que d’une moyenne globale : dans certaines régions du monde, les répercussions des changements climatiques vont être encore plus graves.

Mais avant que cela ne se produise, c’est Mère Nature qui tiendra le gouvernail.

Des recherches récentes publiées dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences font de nouvelles et plus terrifiantes prédictions : si nous échouons à limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale à 2 °C, nous entrerons dans l’inconnu. Le pergélisol va commencer à fondre, laissant s’échapper des quantités importantes de dioxyde de carbone (CO2) dans le processus. Les températures vont augmenter et il y aura davantage de fontes. Les températures de l’Arctique et de l’Antarctique vont alors augmenter, menant à la fonte de la neige et de la glace, faisant ainsi baisser l’albédo (l’habileté de faire réfléchir les rayons du soleil) de la Terre, menant à une autre augmentation du réchauffement et de la fonte.

Un cercle vicieux se développera, amenant la température moyenne de la terre jusqu’à potentiellement 5°C au-dessus des moyennes préindustrielles. Dans un tel scénario, le niveau de la mer pourrait augmenter jusqu’à 60 mètres (197 pieds). « Il ne s’agit plus de crier au loup. Nous pouvons maintenant voir les loups », explique un des chercheurs.

Certaines des villes les plus peuplées du monde se retrouveraient sous l’eau. Des régions actuellement habitables deviendraient complètement inhospitalières. La montée des océans va également mener à l’infiltration des eaux souterraines par l’eau saline des océans, rendant ces eaux non potables. Les sécheresses qui suivront feront augmenter la fréquence des mauvaises récoltes. Les vagues de chaleurs étouffantes vont tuer des milliers de gens. Les feux de forêt dévastateurs vont devenir la norme. Nous aurons des déplacements de masse, des guerres pour l’accès aux ressources naturelles et la barbarie.

Une classe dirigeante déconnectée

Où est l’état d’alerte auquel on devrait s’attendre de la part de la classe dirigeante et de l’establishment? Leur slogan semble être « restons calme et continuons comme si rien n’était ». Le ministre de l’Environnement britannique, Michael Gove, n’aime pas les mots « catastrophe climatique » – il s’agirait plutôt « d’opportunité climatique » :

« Un des défis – ou opportunités, oserais-je dire – des changements climatiques » explique-t-il, « est que le sol calcaire de certaines parties de l’Angleterre, combiné à la température que nous venons d’avoir, signifie nous aurons une récolte exceptionnelle de vin mousseux anglais cette année. »

Merveilleux! Juste à temps pour le Brexit!

Le monde pourrait se diriger vers l’enfer, mais nous espérons que ça réchauffe les coeurs de nos lecteurs d’apprendre que les riches garderont leur accès au vin mousseux. En plus, sans s’inquiéter des « eurocrates », ils pourront peut-être même l’appeler « champagne ».

Mais pouvons-nous vraiment blâmer la classe capitaliste de ne pas s’inquiéter suffisamment? Ce n’est certainement pas elle qui subira les conséquences les plus lourdes. En commentant la demande croissante en manoirs localisés dans de beaux endroits sécuritaires du globe où les riches peuvent s’échapper en cas d’urgence, le gestionnaire de fonds spéculatifs Michael Nock a dit au magazine The Guardian : « Cela trotte dans la tête de tout le monde présentement. S’il y avait, comment dire, des changements, où pouvons-nous aller? »

Ce capitaliste s’est payé son propre petit manoir en Nouvelle-Zélande. Il n’est cependant pas clair où le reste de l’humanité va pouvoir s’enfuir.

Prendre aux pauvres pour donner aux riches

Le désespoir dans les cercles de la classe dirigeante pourrait expliquer leur mutisme sur la question la plus préoccupante de notre époque.

The Economist, un des porte-parole sérieux et fiable des capitalistes libéraux, a définitivement lancé la serviette. En commentant les températures extraordinairement chaude de cet été, le magazine note que « le monde est en train de perdre la lutte contre les changements climatiques ».

Et pourquoi exactement est-ce que le monde est en train de perdre cette bataille? « Une des raisons est l’augmentation rapide de la demande en énergie, surtout dans l’Asie en développement. » (The Economist, 2 août 2018) Nous ne pouvons que nous émerveiller devant la capacité de perception que possèdent les rédacteurs de ce journal. La demande en énergie augmente rapidement, et c’est pourquoi nous sortons les combustibles fossiles du sol.

Pour ces défenseurs du capitalisme, les émissions de CO2, une planète qui surchauffe, la disparition des récifs coralliens et l’extinction de masse ne sont que des « externalités » du marché et il n’y a rien à y faire. L’article continue : « Les pays occidentaux se sont enrichis sur une diète à base de carbone qu’est le développement industriel. Ils doivent respecter leur engagement dans l’accord de Paris d’aider les endroits plus pauvres à s’adapter à une planète plus chaude tout en diminuant les futures émissions sans sacrifier la croissance nécessaire pour éliminer la pauvreté. »

L’accord de Paris dit qu’il doit y avoir un transfert d’une somme de 100 milliards de dollars américains par année des pays riches vers les pays pauvres pour les aider à transiter vers des énergies vertes.

Il y a cependant un gros hic. Il y a bien un transfert de richesses dans le monde. Mais certainement pas un qui va des nations riches vers les nations pauvres.

Chaque année, la richesse passe des pays riches aux pays pauvres (investissement sur le capital, aide humanitaire, prêts, etc.) et vice versa (intérêts sur les prêts, rapatriement des profits, etc.). Dans ce flux d’argent, ce sont les pays riches qui font un gain net de de deux billions de dollars américains venant des pays pauvres!

Autrement dit, les pays les plus pauvres du monde sont maintenus dans un état de sous-développement – ou de développement asymétrique, plus précisément – en vue d’engranger des profits.

Résultat, les personnes les plus pauvres dans les pays les plus pauvres du monde n’auront pas l’infrastructure suffisante pour contrer les impacts désastreux du cataclysme en cours. Il n’y a rien que le capitalisme puisse faire pour prévenir cette catastrophe.

Pour ne citer qu’un exemple : chaque année, des millions des gens les plus pauvres au Bangladesh sont mis à risque par les inondations alors que l’eau fondant des glaciers de l’Himalaya et les pluies torrentielles de la période des moissons inondent le delta du Gange.

Et pourtant, nous voyons aux Pays-Bas, un pays qui repose sur un autre puissant cours d’eau, comment des effets semblables pourraient être atténués. Avec un système de canaux et de digues, les eaux sont dirigées de manière sécuritaire vers l’océan tandis que la planification urbaine permet aux zones inondables de rester sèches. Ce sont les bidonvilles non planifiés qui se multiplient autour des villes comme Dhaka au Bangladesh qui mettent en danger la vie de millions de personnes.

Entre-temps, plus de 1,1 milliard de personnes dans le monde manquent d’accès à l’air climatisé, majoritairement dans les bidonvilles urbains d’Asie, d’Afrique et de l’Amérique latine.

L’énigme de l’énergie gratuite sous le capitalisme

Comme les messieurs dames assis dans leurs bureaux climatisés du journal The Economist nous l’ont montré, il n’est pas difficile de pointer le problème. Mais peu importe à quel point ils se creusent les méninges, les porte-parole du capitalisme ne peuvent trouver de solution pour une simple raison :

« L’énergie verte a un vilain secret. Plus elle est déployée, plus cela fait baisser les prix de toutes les sources d’énergie. Il est donc difficile d’organiser la transition vers un futur sans carbone, durant laquelle beaucoup de technologies de production d’énergie, propres comme sales, doivent pouvoir faire des profits pour qu’elles restent en fonction. » (The Economist, 25 février 2017)

Nous avons ici la vérité provenant d’une source sûre. Le problème avec le capitalisme est qu’une fois que les énergies vertes sont produites de manière abordable et en abondance, les marchés s’engorgent  : nous faisons face à une crise classique de surproduction.

Au cours des dernières années, l’énergie solaire a connu une renaissance qui a ravivé les espoirs qu’il s’agissait du sauveur que le monde attendait. Entre 2012 et 2016, l’installation de panneaux solaires a bondi d’un incroyable 350 % aux États-Unis alors que leur coût a chuté.

Mais même s’il reste beaucoup de chemin à faire et que l’énergie solaire ne représente que 2 % de la production énergétique mondiale, même en ce moment les plus grands producteurs de panneaux solaires des États-Unis vivent une crise existentielle à cause de la surproduction. Cette crise démontre parfaitement comment les lois du capitalisme entravent l’introduction de nouvelles énergies :

« Juergen Stein, le patron de SolarWorld aux États-Unis, pointe vers un “cercle de la mort” dans l’industrie, avec une surcapacité mondiale qui fait baisser les prix, ce qui encourage les firmes à produire davantage pour réaliser des économies d’échelle, ce qui réduit encore les prix. » (The Economist, 17 Août 2017)

Il en résulte une crise qui menace de faire fermer et de détruire les usines mêmes qui produisent les panneaux solaires bon marché qui représentent à tout le moins un premier pas vers une résolution du problème des changements climatiques.

Ironiquement, ces mêmes patrons se tournent maintenant vers Trump, celui qui fait la promotion du  « charbon beau et propre », pour les protéger! Les mesures protectionnistes, comme nous le montrerons, ne sont pas la solution. Des subventions aux producteurs d’énergies vertes ne seraient pas plus capables de résoudre la crise. En effet, ces mesures mènent à un engorgement encore plus important des marchés, enfonçant le secteur dans une crise encore plus profonde!

La faillite du marché

Jusqu’ici, tout va mal. Mais après avoir échoué devant le premier obstacle, il y a d’autres difficultés encore plus grandes que le capitalisme ne peut même pas rêver de surmonter. Presque tous les modèles du GIEC visant à atténuer les changements climatiques pour empêcher un réchauffement de 2°C nécessitent des émissions négatives : en d’autres mots, qu’on réduise la quantité de CO2 dans l’atmosphère.

Ce n’est pas aussi digne de la science-fiction que cela peut paraître. Nous sommes tous familiers avec les solutions utilisant des technologies de bases : la réorganisation de l’agriculture sur des bases rationnelles ou la reforestation de masse, par exemple. D’autres solutions, utilisant des technologies plus poussées (« l’altération forcée », par exemple), sont excessivement dispendieuses et nécessiteraient de très grands investissements afin de se positionner comme des solutions viables.

Mais bien que la création d’un marché pour la technologie verte est déjà un défi, la question des émissions négatives restera toujours un rêve illusoire sous le capitalisme.

La classe capitaliste en est parfaitement consciente : « Bien que les énergies renouvelables pourraient générer de manière profitable une bonne partie de l’électricité mondiale, personne ne sait comment devenir riche simplement en absorbant les gaz à effet de serre. » (The Economist, 16 novembre 2017)

N’est-ce pas là l’essence du problème? Personne ne sait comment faire de l’argent en absorbant les gaz à effet de serre, donc cela ne se fera pas!

L’État-nation

Il est clair que la propriété privée et la nécessité du profit sont des barrières suffisantes. Mais le capitalisme en pose une autre : les restrictions et les limites de l’État-nation.

Une solution évidente aux besoins énergétiques de l’Europe qui a été évoquée – et pour laquelle la technologie existe déjà – est de couvrir les régions inhabitables du désert du Sahara (par exemple) de panneaux solaires et de rediriger l’énergie partout dans le monde en fonction des besoins.

Les capitalistes allemands avaient en fait commencé à faire des pas dans cette direction au début des années 2000, pour des raisons qui ne pas liées du tout à la décarbonisation.

En 2004, le « régime » qui fut installé par la soi-disant « Révolution orange » en Ukraine a entraîné un conflit entre l’Ukraine et la Russie. Dans les années suivantes, il y a eu de nombreux moments où la Russie menaçait d’arrêter l’approvisionnement en gaz de l’Ukraine, mettant en danger la sécurité énergétique du capitalisme européen.

En réponse, l’initiative Desertec a été établie, attirant l’intérêt de grands capitalistes tels que E.ON, Deutsche Bank et d’autres. Cependant, le projet s’est écroulé. Pourquoi? Il y avait l’obstacle non négligeable issu du fait que le projet chevauchait plusieurs États-nations.

D’un côté, le projet aurait dû passer à travers le détroit de Gibraltar, et donc à travers l’infrastructure désuète du secteur de l’énergie de l’État espagnol. Dans le contexte d’austérité et de coupes, il n’était pas question que cette infrastructure soit mise à jour pour accepter le haut voltage à courant continu de l’Afrique du Nord. Au contraire, l’austérité a entraîné l’assèchement des investissements en infrastructures. Pendant ce temps, afin de protéger les intérêts des capitalistes nationaux du secteur des énergies fossiles, l’Espagne a laissé son nouveau secteur de l’énergie éolienne s’effondrer.

Puis, le Printemps arabe est survenu. Les régimes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord qui faisaient des affaires avec le capitalisme européen semblaient alors bien moins solides. Le projet a été mis en veilleuse.

Au cours des dernières années, le monde a commencé à se diriger vers le protectionnisme, avec Donald Trump comme représentant par excellence de cette orientation. Dans cette crise sans précédent du capitalisme, la mondialisation a été ébranlée. Même les promesses creuses et faibles de l’accord de Paris sont laissées de côté pendant que le capital international se replie vers les marchés intérieurs et que les États-nations se mettent à la défense de « leurs » entreprises, envers et contre tous.

Toute tentative d’investir dans l’énergie verte se bute aux intérêts de « nos » capitalistes. Loin d’être un libre marché, les États-nations partout sur la planète subventionnent leurs propres entreprises de combustibles fossiles pour chercher à gagner l’avantage sur leurs compétiteurs dans la quête de parts de marché. Ces subventions s’élèvent à 600 milliards de dollars américains par année à l’échelle mondiale.

La solution socialiste

Quelle est donc la solution?

La menace des changements climatiques représente une urgence qui nécessite une réponse urgente. Les sommets internationaux ne sont que du vent visant à donner l’impression que quelque chose est fait. Mais les défenseurs du capitalisme ne peuvent pas vraiment s’attaquer aux problèmes des changements climatiques, justement parce qu’ils continuent de défendre ce système anarchique qui les cause.

Le développement de la science, de la technique et de l’industrie nous a menés sur le seuil d’une époque où, en tant qu’humains, nous pourrions nous développer pleinement dans la plus grande harmonie avec la nature. Mais sous le capitalisme, les relations économiques humaines elles-mêmes s’élèvent comme une « main invisible » anarchique qui condamne des milliards de gens à la souffrance en menant notre espèce entière au bord du précipice.

Les mesures devant être prises peuvent être facilement énumérées. Il nous faut une coordination internationale en vue de la planification de l’abandon progressif des énergies fossiles et la mise en place d’énergies vertes (dont nous possédons déjà les technologies). Des programmes d’émissions négatives doivent être mis sur pied et coordonnés à l’échelle mondiale. L’agriculture doit être rationalisée et planifiée, ce qui inclut de s’éloigner de la monoculture et de s’orienter vers la reforestation.

Cela ne sera possible que si les grands monopoles qui contrôlent présentement l’économie mondiale sont mis sous notre contrôle afin de servir nos intérêts.

Cependant, on ne peut pas contrôler ce qu’on ne possède pas. De nouvelles observations ont montré que moins de 100 entreprises sont responsables de 70 % des émissions industrielles. Entre-temps, seulement 500 entreprises sont responsables de 70 % de la déforestation, et la part du lion revient à un tout petit nombre de firmes agroalimentaires. Nous devons prendre contrôle de ces banques, compagnies d’assurances, firmes agroalimentaires et autres monopoles et les contrôler selon un plan de production démocratique international .

L’humanité doit briser le double carcan de la propriété privée et de l’État-nation qui entrave son développement. L’échec évident du système capitaliste et la nature de la crise signifient qu’il n’y a qu’une solution : une révolution socialiste mondiale.