Nurse at CHSLD Sainte-Dorothée forced to work with symptoms, then ...
Crédit : Ryan Remiorz/La Presse canadienne

On entend parfois qu’une société se juge à manière dont elle traite ses personnes âgées. Selon ce critère, le système capitaliste échoue lamentablement. Les institutions censées prendre soin de nos aînés, les CHSLD publics et les résidences privées, sont ces jours-ci le théâtre d’un véritable « génocide gériatrique »

Austérité et privatisation

Les histoires d’horreurs s’accumulent d’un jour à l’autre : aînés qui ne sont pas soignés, pas nourris, à qui on ne donne pas à boire, abandonnés dans leurs propres excréments, et qui meurent par dizaines. Mais il n’y a rien d’accidentel dans ce qui arrive. C’est le résultat direct de mesures d’austérité et de privatisation imposées par le Parti québécois et le Parti libéral depuis des décennies.

Dans les années 90 et début 2000, en l’espace de 15 ans, 7632 lits en CHSLD publics ont été abolis, et largement remplacés par des lits en résidences privées. Un visage familier a été ministre de la Santé durant cette période d’austérité et de privatisations, plus précisément en 2002-2003 : François Legault, alors qu’il était au PQ.

Les propriétaires des résidences privées, comme le milliardaire Eddy Savoie des Résidences Soleil ou le bandit Samir Chowieri du tristement célèbre CHSLD Herron, sont des parasites qui engrangent des profits en sacrifiant la santé et la dignité de nos aînés. Ils exploitent sans merci du cheap labour à 13 ou 14 dollars l’heure tout en facturant entre 3000 et 11 000 dollars par mois aux pauvres résidents. Ces résidences manquent d’équipement de protection, et on rapporte des cas où la direction a caché la progression du virus aux employés.  

Mais les problèmes ne sont pas confinés aux seules résidences privées. Le manque de personnel et d’équipement caractérise aussi les CHSLD publics. Au début de la pandémie, le gouvernement a même organisé le transfert de personnes âgées des hôpitaux vers les CHSLD afin de libérer des lits pour les patients atteints de la COVID-19, jetant les aînés « dans la gueule du loup ». Des employés qui avaient des symptômes se sont fait dire de rentrer au travail quand même. 

Est-ce que ces mesures criminelles auraient été nécessaires si le PQ n’avait pas fermé dix hôpitaux dans les années 90, et coupé 26% des lits d’hôpitaux du réseau de santé? Si les libéraux de Philippe Couillard n’avaient pas coupé 963,4 millions de dollars en santé entre 2014 et 2016? Si les infirmières et le personnel des CHSLD avaient de meilleures conditions de travail qui rendaient ces professions plus attrayantes? La pénurie de personnel s’élève à 1800 employés, en pleine pandémie!

Les centaines de personnes décédées ces derniers jours ne sont pas mortes d’une mort naturelle. Elles ont été tuées, et les coupables sont connus. Ils s’appellent Lucien Bouchard, Jean Charest, Philippe Couillard et Gaétan Barrette. Ces serviteurs du patronat, en passant la hache dans le système de santé, savaient ou auraient dû savoir qu’ils mettaient des vies en danger. 

Le capitalisme est coupable

Pendant des semaines, le gouvernement Legault nous disait que « ça va bien aller ». Mais qu’est-ce que le gouvernement a fait? On aurait pu croire que, profitant des plus grands surplus budgétaires de l’histoire du Québec, il se serait préparé. On aurait pu croire qu’il aurait investi d’urgence en santé, engagé du personnel avant la propagation du virus, et utilisé nos ressources pour produire du matériel médical. Rien de cela n’a été fait. Le gouvernement a compté ses cennes. 

Maintenant que « ça ne va pas bien », le gouvernement gère en mode panique. Les travailleuses de la santé sonnaient l’alarme de la pénurie de personnel depuis des années. Tout le monde savait que le problème provenait des conditions de travail horribles vécues par les infirmières et des salaires de misère payés aux préposées aux bénéficiaires. Rien n’a été fait, et Legault a même commencé les négociations dans le secteur public en offrant des hausses sous l’inflation. Devant la crise des CHSLD, Legault s’est retourné sur un trente sous pour offrir 211 dollars de l’heure… aux médecins spécialistes! Même si on ne peut pas blâmer le gouvernement actuel pour les coupes des gouvernements précédents, la CAQ est tout aussi grossièrement incompétente.

En réalité, libéraux, péquistes ou caquistes, c’est du pareil au même. Le problème n’est pas tel ou tel gouvernement, mais les intérêts qu’ils servent tous : ceux des capitalistes.

Sous le capitalisme, la priorité est aux profits privés, et les dépenses en santé sont vues comme un mal nécessaire qu’il faut réduire au minimum, tout en centralisant les pouvoirs dans les mains de gestionnaires qui n’ont rien à faire des avis des travailleurs. Il est plus que temps de se débarrasser de ce système meurtrier. Nous avons plus qu’assez de ressources pour offrir de bons soins aux patients et des conditions et salaires de qualité aux travailleurs. Mais pour ce faire, il faut enlever l’économie et le gouvernement des mains des psychopathes avares qui nous dirigent. Les travailleurs, dans la santé comme dans les autres domaines, sont plus que capables de gérer eux-mêmes leur lieu de travail. La classe patronale a maintenant amplement démontré son incapacité à gérer la société de façon à protéger la santé et l’intégrité des gens. Il est temps que les travailleurs prennent le relai.

Le mouvement ouvrier doit immédiatement revendiquer : 

  • L’expropriation des résidences privées sans indemnité pour les criminels qui les possèdent. Aucune place au secteur privé dans les soins de santé.
  • Le contrôle du réseau de la santé par les travailleurs eux-mêmes. 
  • Une double paye comme prime de risque pour toutes les travailleuses du secteur de la santé, et l’équivalent de ce salaire pour les employées de résidences présentement privées. Formation éclair pour de nouveaux employés en CHSLD, payés au même salaire que tous les autres. 
  • Un investissement massif dans la santé pour mobiliser toutes nos ressources pour stopper la pandémie. Pour ce faire, la nationalisation des grandes entreprises et des banques sous le contrôle démocratique des travailleurs.