Crédit : Philippe Desmazes / AFP

« Aujourd’hui, je vais commettre l’irréparable, si je vise donc le bâtiment du CROUS à Lyon ce n’est pas par hasard ». C’est ainsi que commence la publication Facebook écrite par A. K., étudiant de 22 ans, militant à Solidaires, avant d’asperger ses vêtements d’essence et de s’immoler par le feu devant le siège du CROUS de Lyon vendredi dernier, le 8 novembre. Brûlé à 90 %, il est aujourd’hui entre la vie et la mort.

Un geste irréparable, comme il l’a lui-même écrit, mais surtout un geste politique qui souligne une fois de plus que le système capitaliste n’est même plus capable de garantir le minimum vital à une partie de plus en plus importante de la population.

La précarité tue

L’an dernier, A. K. vivait dans un logement étudiant insalubre et avait du mal à boucler le mois avec sa seule bourse de 450 €. A la rentrée 2019, prétextant son second redoublement, le logement et la bourse lui sont retirés par le CROUS. Quelques jours avant sa tentative de suicide, c’est une aide d’urgence exceptionnelle qui lui était refusée. En France, en 2019, c’est dans ces conditions de précarité permanente qu’une bonne partie des étudiants doit vivre, après des années de crise et de coupes budgétaires visant à faire payer aux travailleurs et aux jeunes le prix de la crise du capitalisme.

A. K. n’est pas un cas isolé. L’INSEE estime qu’en 2018, la pauvreté a énormément augmenté et que cette hausse a concerné avant tout les femmes et les jeunes. Aujourd’hui, c’est près de 20 % des jeunes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, dans un contexte où le coût de la vie est en augmentation constante depuis 2009, notamment pour les étudiants. Dans son rapport de la rentrée 2019, le syndicat étudiant UNEF pointait du doigt une augmentation de 2,83 %, conséquence de la hausse des loyers, du prix des transports, mais aussi des frais d’inscription et des restaurants universitaires. Comme si ça ne suffisait pas, l’accès aux bourses et aux logements étudiants est de plus en plus difficile et, comme à Pôle Emploi, les exclusions sont de plus en plus systématiques. Le cas d’une étudiante anonyme présente à la manifestation d’hommage à A. K. à Lyon est à cet égard exemplaire : hospitalisée, elle a été absente à un examen et a été automatiquement exclue du CROUS, malgré tous ses certificats médicaux.

D’autres mesures sont venues frapper tous les étudiants, boursiers ou non, à commencer par la baisse de cinq euros des aides au logement (APL) en 2017. Illustration vivante de l’aveuglement et de la déconnexion de la classe dirigeante, Macron affirmait à l’époque que 5 euros en moins par mois, ce n’était rien. Un an plus tard, les APL ont été désindexés de l’indice de révision des loyers, alors même que ceux-ci sont en constante augmentation. À la diminution des aides au logement s’ajoute la difficulté pour trouver une chambre étudiante dans un CROUS : d’après l’Observatoire de la vie étudiante, seulement 12 % des étudiants logent dans une résidence universitaire. En effet, aucune des promesses gouvernementales de construction de logements sociaux pour étudiants n’a été tenue. La conséquence de cette situation est qu’un étudiant sur deux est obligé de chercher un travail à côté de ses études, mettant ainsi en danger la réussite de celles-ci.

La colère de la jeunesse

Malgré le silence et le mépris du gouvernement comme des médias bourgeois, le geste d’A. K. a eu un écho immense. Des milliers d’étudiants et de jeunes se sont reconnus dans la situation sans espoir qui l’a poussé à bout. Mardi 12 novembre, plusieurs manifestations ont eu lieu dans tout le pays pour exprimer la rage des jeunes face à cette situation et des assemblées générales se sont tenues dans plusieurs universités. Les syndicats étudiants ont demandé au gouvernement une hausse des bourses et des mesures d’urgence. Mais rien de tel ne peut venir de ce gouvernement et de sa politique antisociale. Il est au contraire déjà occupé à préparer les futures contre-réformes qui frapperont toutes les couches de la population, comme celle des retraites actuellement en chantier. Si on veut mettre fin à ces attaques et améliorer la situation des étudiants et des jeunes en général, il faut s’attaquer à ce gouvernement et au capitalisme dont il est le serviteur.

Aujourd’hui, partout dans le monde, on voit des explosions de la lutte de classe, des révoltes de masse où les étudiants sont en première ligne face aux attaques de la classe dominante. En France aussi, il faut que la mobilisation des étudiants ne fasse qu’une avec celle des travailleurs. Ils sont attaqués en même temps par le même ennemi. Ce n’est qu’ensemble qu’ils pourront le terrasser. Le dernier souhait d’A. K., comme il l’a écrit lui-même, c’était que ses camarades continuent de lutter. A nous de faire en sorte que son geste n’ait pas été vain.