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À la fin de juillet, un sondage de Forum Research révélait que 58% des Canadiens sont favorables au socialisme. Ces résultats font écho à des sondages similaires provenant des États-Unis. Cependant, avec le début de la campagne électorale fédérale, il semble que cet intérêt n’est reflété par aucun des partis. Tant que le besoin de rompre de façon radicale avec le statu quo ne sera pas exprimé par les politiciens, la démobilisation, l’apathie et l’abstention règneront. 

Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi le socialisme gagne en popularité. Les chiffres de Statistique Canada montrent qu’entre 2012 et 2015, les revenus du 0,1% le plus riche ont augmenté de 17%, tandis que les 90% les plus pauvres n’ont vu leurs revenus augmenter que de 2,2%. Ces chiffres sont appuyés par une étude de 2018 du Centre canadien de politiques alternatives sur la concentration des richesses depuis 1999, qui montre que les 87 familles les plus riches du pays ont autant de richesses que les 12 millions de Canadiens les plus pauvres.

Cette situation se répercute sur la conscience de millions de gens. Un sondage Ipsos datant de début septembre montre que 67% des Canadiens sont d’accord avec l’idée que l’économie est truquée à l’avantage des riches et puissants.

Élections fédérales 2019 : socialisme ou désintérêt

Avec l’élection fédérale du 21 octobre qui approche à grands pas, le premier ministre Justin Trudeau a chuté dans les sondages et a maintenant un taux d’approbation plus bas que le président américain Donald Trump. Soixante-sept pour cent des Canadiens croient qu’il est temps qu’un autre parti fédéral gouverne. De plus, des études montrent que les sentiments dominants chez l’électorat sont la « colère » et le « pessimisme » envers le gouvernement fédéral. Le cynisme et la colère envers le gouvernement Trudeau sont palpables alors que le Parti libéral a reculé sur presque toutes les promesses qui l’avaient porté au pouvoir en 2015.

Jusqu’à présent, cette chute des appuis aux libéraux n’a pas mené à la montée fulgurante d’un parti d’opposition. Bien que certains sondages mettent les conservateurs légèrement en avance devant les libéraux, il serait erroné de penser que cela est dû à la popularité du parti d’Andrew Scheer. Les gens se souviennent du gouvernement haï de Stephen Harper et ne sont pas chauds à l’idée d’y revenir. Le sentiment général en est un de déception envers les libéraux plutôt que d’enthousiasme pour les conservateurs.

Cette situation représente une occasion fantastique pour qu’un autre parti, et osons l’espérer, un parti socialiste, fasse de grandes avancées. Cependant, le Nouveau Parti démocratique, qui provient d’une tradition socialiste, a été incapable de profiter de la situation. Le parti traîne de la patte dans les intentions de vote, un sondage le plaçant même en quatrième place avec un maigre 7%, derrière le Parti vert pour la première fois. Comment expliquer cela? 

Crise du capitalisme, crise du réformisme

La crise économique qui a secoué l’économie mondiale en 2008 a complètement bouleversé l’équilibre social dans un pays après l’autre. Bien que l’économie canadienne soit sortie de la crise relativement indemne comparativement aux autres grandes puissances économiques, il serait erroné de penser que le Canada n’en a pas subi les effets. Plus important encore, les mouvements politiques de masse qui ont éclaté autour du globe dans les 10 dernières années se sont répercutés sur la conscience de millions de travailleurs et de jeunes au Canada.

Au cours de cette période, la direction du NPD s’est orientée dans la direction opposée à celle qu’il fallait prendre, se tournant toujours plus vers la droite. Le parti a d’abord choisi un ancien libéral, Thomas Mulcair, comme chef en 2012, et il a ensuite retiré le socialisme et la propriété sociale de sa constitution en 2013. Comme nous l’avions prédit à l’époque, ce déplacement vers la droite était la voie vers la défaite. Être réformiste quand le capitalisme est en crise signifie inévitablement accepter ce que le capitalisme a à offrir, c’est-à-dire l’austérité et une baisse des conditions de vie. Comme prévu, en 2015, la direction du NPD s’est trouvée à justifier l’équilibre budgétaire tandis que Trudeau a critiqué Mulcair de la gauche et a fini par s’envoler vers un gouvernement majoritaire.

Bien qu’une révolte de la base ait renversé Mulcair en 2016, la direction du NPD, sentant de quel côté allait le courant, a effectué un virage calculé vers la gauche avec Jagmeet Singh. Tandis que de plus en plus de gens souhaitent un dirigeant socialiste audacieux, la direction du parti sous Singh a malheureusement été incapable de prendre une position ferme sur les enjeux clés. Lorsqu’il se fait poser des questions franches, Singh tend à essayer de plaire à tous, et finit par ne plaire à personne.

Techniquement, la plateforme du NPD sous Singh est la plus en gauche en deux décennies et en apparence, Jagmeet tente de s’opposer aux intérêts des grandes entreprises, affirmant être « prêt à se battre pour vous ». Mais ces paroles, venant de lui, semblent insipides et artificielles. Elles ne sonnent aucunement comme une défense passionnée de la classe ouvrière devant les attaques des capitalistes. Singh était le candidat favori de la bureaucratie du parti et c’est cette même bureaucratie qui a engendré Rachel Notley et les autres campagnes ratées du NPD. Cette influence continue de la bureaucratie se reflète dans le fait que malgré la plateforme plus ou moins à gauche, certains gauchistes avec une image anti-establishment tels que Sid Ryan ont été exclus des courses à l’investiture du NPD.

Dans ce contexte, personne ne croit que Jagmeet et la bureaucratie actuelle du NPD vont réellement mener une bataille contre les riches élites qui dominent nos vies. La très sévère allergie au mot « socialisme » dont souffre la direction du NPD, malgré tous les sondages qui montrent que le socialisme est populaire, témoigne de leur approche.

Les travailleurs et les jeunes en ont assez du train-train politique habituel. Ils en ont assez des riches et des puissants qui ont toujours ce qu’ils veulent et des platitudes vagues et des promesses brisées offertes par les politiciens. Si le désir d’une rupture fondamentale avec la société actuelle ne s’exprime pas sur le plan électoral, il s’exprimera d’autres façons dans la rue, sur les campus, dans les milieux de travail. Une explosion se prépare; elle n’a besoin que d’un débouché pour s’exprimer, ce qui manque cruellement à l’élection actuelle.