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Zuma must goDepuis début avril, des manifestations réclament le départ du président sud-africain Jacob Zuma. De nombreuses voix s’élèvent dans ce sens. Certains patrons ont même donné des jours de congé payé à leurs salariés – à condition qu’ils aillent manifester. L’African National Congress (ANC), le parti de Zuma, est au cœur de cette crise politique sans précédent. La moitié de sa direction restreinte, dont le vice-président Cyril Ramaphosa, demande la démission de Zuma. Le prétexte de cette explosion de colère a été le limogeage, par Zuma, du ministre des Finances Pravin Gordhan, le 30 mars dernier.

Capitalisme et corruption

Pour comprendre cette crise politique, il faut remonter aux années de la chute de l’Apartheid, en 1993-94. La direction de l’ANC renonçait au renversement du capitalisme (qui faisait jusque-là partie de son programme) en échange de l’intégration à la classe dirigeante d’une bourgeoisie noire (souvent directement issue de la direction de l’ANC) aux côtés de l’ancienne bourgeoisie blanche. Pendant les années 90 et 2000, ces deux composantes de la classe dirigeante ont pu se partager les immenses profits générés par la croissance rapide de l’économie sud-africaine. Les privatisations et la mise en coupe réglée de l’Etat par la bureaucratie de l’ANC ont aggravé la corruption touchant aujourd’hui tout l’appareil d’Etat et jusqu’au président, qui a fait rénover sa luxueuse résidence privée avec des fonds publics.

Avec l’éclatement de la crise économique de 2008 et le ralentissement de l’économie, la concurrence entre les deux ailes rivales de la bourgeoisie sud-africaine s’est accentuée. Elles s’affrontent pour le contrôle des finances publiques. Le ministre limogé, Gordhan, était soutenu par l’ancienne bourgeoisie blanche et par les investisseurs étrangers, alors que son remplaçant – nommé par Zuma – est un proche de la famille Gupta, qui s’est enrichie par le pillage de l’Etat et des marchés publics dans les années 1990.

Lutte des classes

Parallèlement, la lutte des classes a connu une accélération soudaine au début des années 2010. La grève de Marikana en 2012, pendant laquelle 41 mineurs ont été abattus par la police, a symbolisé cette résurgence des luttes en même temps que la volonté du gouvernement de défendre le capitalisme à tout prix. Cette radicalisation a débouché sur des divisions et une polarisation au sein du mouvement ouvrier. Par exemple, l’ANC, qui depuis 1994 est un parti fourre-tout (d’anciens partisans de l’Apartheid y côtoient le Parti Communiste), a connu une scission de gauche avec le départ d’un grand nombre de jeunes militants opposés à la politique pro-capitaliste de Jacob Zuma. Rassemblés au sein des Economic Freedom Fighters (EFF) et dirigés par Julius Malema, ils exercent depuis une importante pression sur l’ANC.

Cette situation est grosse de risques pour la bourgeoisie. La corruption du gouvernement Zuma et de l’ANC discrédite le régime. C’est l’une des raisons qui poussent la bourgeoisie traditionnelle à attaquer Zuma et ses soutiens pour tenter de reprendre le contrôle des finances et redonner un peu de légitimité à l’Etat bourgeois. Mais ce faisant, ils aggravent une crise politique qui pourrait les emporter en même temps que Zuma. En mettant sa lutte de clans sur la place publique et en appelant les travailleurs à y participer, la bourgeoisie sud-africaine prend le risque que ces derniers y participent sous leurs propres mots d’ordre.

Remplacer un clan capitaliste par un autre?

Pour la classe ouvrière d’Afrique du Sud, le remplacement de Zuma par le vice-président Ramaphosa ne marquerait pas un progrès. Un gouvernement plus directement soumis aux investisseurs étrangers et à la grande bourgeoisie ne déboucherait que sur davantage d’austérité. Quant à Zuma, malgré tous ses discours sur le besoin de « plus de justice économique », il représente une clique de pillards et de bureaucrates enrichis par la corruption et l’affairisme. Les deux ailes de la bourgeoisie ne se battent que pour savoir laquelle pourra davantage se remplir les poches sur le dos des travailleurs.

La classe ouvrière sud-africaine doit avant tout défendre ses propres intérêts de classe. Elle n’a intérêt à soutenir ni Zuma, ni Ramaphosa. C’est en entrant dans la lutte contre la corruption et l’austérité sous son propre drapeau, sur la base d’un programme révolutionnaire, que le mouvement ouvrier d’Afrique du Sud pourra balayer tous les pillards et les exploiteurs.