youtube4.pngfacebooklogocolourtwitterlogocolourflickrlogocolourvimeologocolourrsslogocolour

Socialist Fightback Student Web banner

 

En octobre dernier, la Corée du Sud a plongé dans l’une des plus profondes crises politiques de son histoire. Des manifestations se sont tenues toutes les semaines, rassemblant plusieurs centaines de milliers de personnes dans les rues de Séoul (un million à la mi-décembre), pour demander le départ de la présidente Park Geun-hye. Il s’agit des plus importantes manifestations dans ce pays depuis la fin des années 1980, lorsque la mobilisation des travailleurs et des étudiants avait renversé la dictature militaire en place depuis 1961.

La présidente est accusée d’avoir été sous l’influence de Choi Soon-il, dirigeante de la secte de l’Eglise de la Vie éternelle. Park Geun-hye a d’abord tenté d’enrayer le scandale en limogeant son Premier ministre et deux ministres proches de Choi. Mais elle a fini par être lâchée par une frange de son propre parti, le Saenuri (« Parti de la Nouvelle Frontière »). Le 9 décembre, plusieurs de ses députés ont voté une motion de destitution, qui a été adoptée par 234 députés sur 300. Le vote s’est tenu alors que l’Assemblée était encerclée par des milliers de manifestants.

L’enquête a révélé l’influence immense de la « chamane » Choi sur la présidente, qui lui permettait d’écrire ses discours ou de déterminer sa politique extérieure. Leur proximité remonterait aux années de la dictature militaire dirigée par le père de Park Geun-hye, Park Chung-hee, au pouvoir de 1961 à 1979. Le père de Choi Soon-il était alors le médium auquel Park Chung-hee avait recours pour « communiquer » avec sa défunte femme. L’enquête a aussi mis à jour la corruption des « Chaebols », ces conglomérats de grosses entreprises familiales. Les deux plus importants, Samsung et Hyundai, sont accusés d’avoir versé près de 61 millions d’euros de pots-de-vin à Choi, par l’entremise de Park.

Baisse des exportations

Cette crise de régime prolonge la crise du capitalisme sud-coréen. L’économie du pays dépend largement des exportations (41 % du PIB). Or les débouchés se contractent, notamment en Chine, qui absorbait récemment près du cinquième des exportations sud-coréennes. Alors, la bourgeoisie coréenne a entrepris de faire payer le prix de la crise aux travailleurs, en attaquant la plupart des conquêtes sociales.

Confronté à une résistance acharnée du mouvement ouvrier, le gouvernement de Park a lancé une grande vague de répression. Un parti d’opposition et un syndicat d’enseignants ont été interdits, au nom de la « loi de Sécurité nationale » héritée de la dictature. Mais c’est la principale confédération syndicale (la KCTU) qui a encaissé la plupart des coups. Ses manifestations ont été interdites et violemment attaquées par la police. Plusieurs de ses dirigeants ont été arrêtés à de nombreuses reprises. Son président, Hang Sang-gyun, a été condamné cet été à cinq ans de prison pour avoir organisé une manifestation. Dans le même temps, Park a lancé une campagne de réhabilitation du régime militaire, notamment en imposant un manuel scolaire qui en fait l’apologie.

Dans ce contexte, le scandale lié à Choi, la « Raspoutine sud-coréenne », a cristallisé tous les mécontentements. C’est la KCTU qui a organisé la plupart des manifestations, dans un pays privé de véritable opposition politique de gauche.

La mobilisation contre Park terrifie la bourgeoisie, qui a lâché la présidente dans l’espoir de faire cesser le mouvement. Mais celle-ci n’est pas décidée à se laisser faire. Sa destitution ne sera définitive que si elle est confirmée par la Cour constitutionnelle, dont tous les membres doivent leur nomination au parti de Park. En théorie, cette Cour a 180 jours pour rendre sa décision. Mais à l’heure où nous bouclons ce journal, les manifestations massives se succèdent pour exiger une accélération du processus.