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Ils ont beau s’en défendre, les grands médias penchent vers Emmanuel Macron. Sur les chaines d’information – c’est-à-dire de propagande – en continu, les journalistes, sondeurs et autres « experts » abandonnent souvent leur prétendue « objectivité » pour donner des conseils enthousiastes à l’ancien ministre de l’Economie.

Pris dans leur ensemble, les commentaires de ces « experts » offrent une image réfractée des courants d’opinion qui traversent la classe dirigeante. Ce fut très clair lorsque l’avalanche de casseroles a compromis les chances de victoire de François Fillon. Après un bref moment d’hésitation et de dépit, l’élite journalistique s’est nettement réalignée autour de Macron. Les « fillonistes » y sont à présent minoritaires. La logique sous-jacente à ce mouvement est limpide : Fillon n’a plus l’autorité nécessaire pour mettre en œuvre le programme d’austérité drastique dont les grands capitalistes ont besoin.

Du point de vue de la classe dirigeante, cependant, l’option Macron n’est qu’un pis-aller. Elle leur pose de sérieux problèmes, à commencer par la composition de la prochaine Assemblée nationale. Nul ne peut dire sur quel genre de majorité parlementaire Macron s’appuierait, s’il gagnait la présidentielle – ni même s’il disposerait d’une telle majorité. Les élections législatives de juin menacent d’aggraver brutalement la crise de régime.

Macron s’efforce de cacher ces perspectives derrière une posture lisse, souriante et rassurante. Ce rôle anxiolytique est d’ailleurs un élément de son succès. Il calme les nerfs de ceux qu’angoisse la crise économique et politique. L’aversion pour tout changement est une puissante force d’inertie traversant la société de haut en bas. Mais un courant contraire, plus profond et plus massif, pousse vers une polarisation de classe croissante. Or c’est ce courant qui aura le dernier mot, car c’est lui qui exprime la réalité objective du capitalisme en crise. Macron n’est qu’un mirage précaire, qui pourrait d’ailleurs se dissiper dès le 23 avril, dans les urnes.

Le dirigeant d’En Marche! agrège des électeurs de différentes catégories sociales, mais son « socle » est surtout dans les classes moyennes aisées et les couches supérieures du salariat, c’est-à-dire chez ceux qui, n’ayant pas encore été affectés par la crise, espèrent la conjurer au moyen d’un miracle, sans conflits ni soubresauts. Macron joue le jeu; d’où son côté évangéliste. Comme Jésus le jour de l’Ascension, Macron bénit ses disciples et s’élève au-dessus des contingences terrestres (la crise, la dette, etc.). Il est vrai qu’au lieu des onze apôtres, il a Bayrou, Cohn-Bendit, Valls, Hue et autres Judas; mais une copie n’est jamais tout à fait conforme à l’original.

Lorsqu’on se détourne des postures célestes de Macron pour se pencher sur son programme, on y trouve plus ou moins les mêmes choses que chez François Fillon, mais grossièrement camouflées. Fillon déclare ouvertement la guerre aux travailleurs; Macron promet de satisfaire toutes les classes – mais non sans prévenir, au passage : « Je sais aussi qu’il nous est impossible de tout prévoir et que des circonstances exceptionnelles pourront nous conduire à adapter nos priorités ». Et comme les « circonstances exceptionnelles » sont déjà réunies, sous la forme d’une crise du capitalisme exceptionnellement grave, cette phrase – la plus importante de tout le programme  – signifie que les rares mesures favorables aux travailleurs seraient abandonnées, au profit d’autres « priorités », à savoir : les coupes budgétaires massives, les contre-réformes et tout ce qui vise à défendre les profits des grands capitalistes. Dans ce domaine, Macron irait d’ailleurs beaucoup plus loin que son programme ne l’annonce – « circonstances exceptionnelles » obligent.

Dès lors, l’idée que l’élection de Macron permettrait de faire « barrage au FN » est le comble de l’absurdité. Au pouvoir, Macron prolongerait et aggraverait la politique de Hollande, c’est-à-dire la politique dont le FN profite, car ce parti archi-réactionnaire se nourrit de la crise, du chômage et de la régression sociale. La seule façon de combattre sérieusement le FN et sa démagogie, c’est de mobiliser la jeunesse et les travailleurs sur un programme de rupture avec le capitalisme. Tel est le défi qui se pose à la France insoumise, dont le succès croissant souligne les énormes réserves d’enthousiasme et de combativité qui existent dans la masse des exploités. En s’appuyant sur cette force colossale, un gouvernement de la France insoumise pourrait balayer tous les obstacles et engager la transformation socialiste de la société. Pour mettre en œuvre les réformes progressistes de son programme, Mélenchon devra prendre cette voie révolutionnaire.