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6346085 binL’élection du gouvernement libéral de Justin Trudeau marque une nouvelle étape dans la politique canadienne. Plutôt que de diriger à travers la réaction ouverte des conservateurs, la classe dirigeante se sert maintenant de l'illusion des « voies ensoleillées ». Cette ruse pourra aveugler les masses pour un moment, mais à un certain point la logique de la lutte des classes va l’emporter. Il est nécessaire pour les sections les plus conscientes de la jeunesse et des travailleur-euses de se préparer pour ce moment.

Les libéraux fédéraux ont été capables de passer de la troisième place à la première de façon à remporter les élections de 2015 en se présentant comme une alternative progressiste, voire « anti-austérité », aux conservateurs de Harper. C’est là une imposture totale. Les libéraux sont, et ont toujours été, le parti préféré du capitalisme canadien. Nous ne devrions pas oublier que le programme d’austérité le plus vaste de l’histoire du pays a été implanté par les libéraux dans les années 1990. Cependant, la mémoire est une faculté qui oublie, particulièrement pour les jeunes qui n’ont pas connu cette époque. Le Premier ministre Justin Trudeau bénéficie donc pour l'instant d’une période de lune de miel qui va probablement durer un bon moment.

Cela s'explique facilement. La population, particulièrement les jeunes et les citadins, en a eu assez de cette décennie de règne des conservateurs. Les raisons à l'origine du succès initial des conservateurs, soit des discours anti-musulmans, une ligne dure en matière de criminalité et une manipulation de la peur du terrorisme, ont fini par devenir un repoussoir. En effet, le Canada est un pays peuplé d'immigrants, où il est plus difficile pour les réactionnaires de diviser la population en lui inculquant des préjugés comme cela se fait ailleurs.

Par exemple, selon le recensement de 2011, 20.6% de la population canadienne était née à l’étranger, soit le plus haut pourcentage au sein du G8. En France, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Allemagne, la population immigrante varie entre 8.6 et 13%. Dans les grandes villes, la « minorité visible » est encore plus prononcée. À Toronto et Vancouver, respectivement, 47 et 45.2% de la population appartiennent à une minorité visible, ce qui rend la notion élastique, puisque tous les groupes ethniques deviennent des minorités dans ce contexte. Les immigrant-es de deuxième génération avec au moins un parent né à l’étranger forment 17.4% de la population. Bien sûr, une telle diversité ethnique ne signifie pas que les patrons ne vont pas tenter d’utiliser le racisme pour diviser la classe ouvrière. Toutefois, dans ce contexte spécifique, ce fait a pavé la voie à la défaite des conservateurs lors des élections. Cela a forcé la classe dirigeante à adopter des tactiques différentes (libérales) et à se draper du voile du multiculturalisme.

La lune de miel libérale

Les libéraux surfent sur une vague de popularité grâce à leur image « progressiste » et au fait que la population a le sentiment qu’ils sont en train de revenir sur les politiques régressives des conservateurs. Un sondage Forum effectué à la mi-février donnait 49% des intentions de vote à Trudeau, ce qui se traduirait par une écrasante majorité de 70% des sièges au Parlement lors d’une élection. C'est presque uniquement le NPD qui voit ses appuis fondre au profit des libéraux, lui qui serait réduit à un maigre 10% et 6 sièges projetés. Ce misérable résultat placerait le parti ouvrier canadien derrière le Bloc québécois et lui retirerait son statut de parti officiel à la Chambre des Communes. De manière intéressante, le vote conservateur reste stable, à 32%.

L’ironie est que les libéraux sont déjà en train de renier plusieurs de leurs promesses électorales soi-disant progressistes. Ils ont battu en retraite sur la réinstauration du courrier à domicile, ils ont poursuivi la mission des avions de chasse contre l’État islamique au-delà de l’échéancier conservateur, et ils ont augmenté le nombre de soldats sur le terrain. Ils continuent à acheter les avions de chasse C-35 au coût de 49 milliards $ (et plus encore alors que le dollar canadien se déprécie), ils refusent d’annuler le contrat de vente d’armes de 15 milliards $ signé avec la meurtrière famille royale saoudienne, et il semble même maintenant que leur promesse de légaliser la marijuana s’envole en fumée! La seule promesse qu’ils ont remplie est celle de « généreusement » accueillir 25 000 réfugié-es syriens, le tout avec toute la fanfare et la propagande habituelle. Cela correspond à un risible 0.07% de la population canadienne, et ne semble généreux que parce que le NPD et les syndicats ont failli à la tâche d’organiser une authentique campagne internationaliste de « Bienvenue aux réfugié-es ». Cela élude aussi le rôle que le Canada et ses alliés impérialistes ont joué dans la création de la crise des réfugié-es.

Cependant, rien de tout cela n’a d’importance à court terme, puisque tout ce que la population voit est un gouvernement avec un ton et une attitude différents, et qu'elle ne lit pas les petits caractères tant que sa propre vie n'est pas affectée. La servilité de l’establishment médiatique devant les mots vides de Trudeau l'aide aussi. Le journal de droite National Post a justement publié une vidéo amusante intitulée « Une lecture des discours de Justin Trudeau par des hommes au physique banal» pour en souligner le manque de contenu. Les libéraux fédéraux copient ainsi la stratégie des libéraux ontariens. La Première ministre Kathleen Wynne aime parler à gauche, ayant même proposé la « gratuité scolaire » dans son dernier budget. Toutefois, lorsqu'on lit les petits caractères, ont découvre qu’il n’y a rien de tel que la gratuité scolaire, seulement des privatisations et des coupes. Présentement, l’écran de fumée fonctionne, mais éventuellement l’euphorie va se transformer en son opposé lorsque les gens verront que Trudeau n’est qu’un imposteur.

Tandis que le côté « progressiste » des libéraux repose sur du sable, leur côté pro-entreprise est solide comme le roc. Nous voilà devant la vieille astuce qui consiste à faire campagne à gauche pour ensuite gouverner à droite. Il se trouve que les principaux bénéficiaires de leur baisse d’impôt pour la classe moyenne seront ceux qui gagnent 200 000$, tandis que le 2/3 de familles plus pauvres ne recevront rien. La soi-disant hausse d’impôt pour le 1% ne compensera en rien, et sera largement contournée par la comptabilité créative, ce qui signifie que la baisse d’impôt devra être payée par des coupes aux services, affectant ainsi les pauvres. Les libéraux entendent signer l’accord de « libre-échange » du Partenariat transpacifique (PTP), qui va faire augmenter le coût des médicaments sur ordonnance, miner les fermes familiales et les manufactures syndiquées, tout en augmentant le pouvoir des entreprises d’éliminer tout ce qui limite les profits.

Déficits et dette

Cependant, la partie la plus intéressante des politiques des libéraux est leur plan d’aller de l’avant avec des budgets déficitaires et de retourner à une sorte de financement par le déficit à la mode keynésienne, un plan qui a attiré le soutien de plusieurs commentateurs à l’internationale. Il s’agit d’une autre promesse brisée, puisque les libéraux avaient promis de plafonner le déficit à 10 milliards par année, alors que les plus récentes prévisions placent leurs déficits à 30 milliards par année et 150 milliards sur cinq ans. Cela ferait en sorte de faire augmenter la portion fédérale du rapport dette-PIB du Canada de 1.5% par année, et ces projections sont basées sur une croissance modeste qui ne va peut-être pas survenir.

Les stratèges du capital se détournent du modèle monétariste d’austérité et regardent en direction du Canada pour voir si les déficits budgétaires peuvent réussir là où les coupes ont échoué. Le modèle d’austérité a échoué, les coupes dans les dépenses publiques et les attaques envers les travailleur-euses ayant entraîné une diminution de la consommation et une contraction du marché. Cela est clairement démontré dans le cas de la Grèce, où les coupes budgétaires n'arrivent pas à suivre le rythme la contraction du PIB qui en résulte, ce qui signifie que le rapport dette-PIB net augmente tandis que les dépenses publiques se contractent. La réalité est que toutes les attentes et les prédictions des capitalistes se sont avérées inutiles et qu'ils se débattent maintenant pour trouver une solution. Les taux d’intérêts sont déjà près de zéro et la perspective d’une monnaie à bon marché n’a pas d’effet stimulant. Plutôt que d'investir dans la production, les entreprises canadiennes s’accrochent à 700 milliards $ en « argent mort » qui n’aide personne sauf les spéculateurs du marché monétaire.

Les réformistes et les académiciens « marxiens » de gauche devraient se réjouir de ce financement par emprunt, puisque c’est ce qu’ils ont prôné. Malheureusement pour eux, cela ne fonctionnera pas. Le financement par emprunt pourrait avoir un effet stimulant temporaire, mais suffisant seulement pour reporter les pires aspects de la crise pour quelques années, jusqu’au point où les mêmes problèmes demeureront mais auront été exacerbés par l’augmentation de la charge des paiements de la dette. Sur le front politique, de telles politiques pourront servir à atténuer la lutte des classes et reporter l’austérité. Le plan déclaré des libéraux est de revenir à des budgets équilibrés après quelques années. S’ils remplissent cette promesse, cela voudra dire des mesures d’austérité et la réplique de la classe ouvrière qui en résultera. Plus ils reportent le retour à l’équilibre budgétaire, plus la dette éventuelle sera massive, et plus dures seront les mesures d’austérité pour revenir à l’équilibre. Comme le dit le proverbe chinois, qui est à cheval sur un tigre n’en descend pas aisément. Tant que les taux d’intérêt demeurent bas, la dette demeure abordable. Mais il y a des débuts de pression inflationniste, ce qui rend difficile le maintien de taux d’intérêt aussi bas. La seule direction que peuvent prendre les taux d’intérêt est vers le haut. Sous le capitalisme le choix se résume à l’austérité maintenant, ou plus d’austérité plus tard.

Durant la récession de 2008-09, le Canada était dans une position relativement favorable par rapport à ses compétiteurs. Cela était plutôt dû à la chance qu'à un bon jugement, puisque le marché immobilier canadien était environ deux ou trois ans derrière celui des États-Unis et la bulle immobilière était seulement dans ses premiers stades de développement. La montée de la Chine, qui engloutissait les matières premières canadiennes et a fait monter le prix du baril de pétrole à environ 100$, a aidé considérablement. Sept ans plus tard, les choses sont très différentes. Sous l'impulsion des taux d'intérêt bas, Toronto et Vancouver sont probablement deux des marchés immobiliers les plus surévalués au monde. Dans l'année qui a précédé février 2016, le prix moyen d'une maison individuelle à Toronto a augmenté de 16% à 1,2 million $, mais Vancouver a quant à elle enregistré une hausse de 27% pour s'installer à 1,3 million. L'effondrement du dollar canadien au cours des deux dernières années a aussi encouragé la spéculation internationale, car celui-ci agit comme un rabais pour les acheteurs étrangers, ce qui pousse les acheteurs locaux hors du marché. Des chiffres aussi astronomiques ne sont pas soutenables, particulièrement lorsqu'on les ajoute à un ratio de la dette au revenu de 165,4%, du jamais vu. Lorsque cette bulle éclatera, les résultats seront catastrophiques. Même les banques canadiennes soi-disant solides comme le roc vont probablement subir le choc, particulièrement après avoir été affaiblies par la chute des prix du pétrole.

Pétrole en baisse, dollar en baisse

L'effondrement des prix du pétrole, en raison du ralentissement de la Chine, s'est ajouté à la crise spécifique du capitalisme canadien. Aussi récemment qu'en septembre 2014, le pétrole brut de l'Ouest du Texas était au-delà de 90 $ US. Depuis lors il a chuté à 35 $ US, avec une faible possibilité d'amélioration prolongée. Tandis que le faible dollar canadien atténue en quelque sorte l'effondrement des prix, il est important de noter que le pétrole issu des sables bitumineux coûte beaucoup plus cher à extraire et est d'une qualité moindre (et donc moins cher) une fois raffiné que le baril standard. Les prix du pétrole en baisse constituent une perte nette pour l'économie canadienne et cela a privé de milliards de dollars le gouvernement fédéral et les provinces productrices de pétrole. Au cours de la dernière année, l'Alberta a subi une hémorragie de 73 000 emplois à temps plein et, pour la première fois en près de 30 ans, le taux de chômage dans le secteur pétrolier est plus élevé que la moyenne nationale. La crise devrait se poursuivre dans l'avenir prévisible, et cela a des conséquences importantes pour le nouveau gouvernement néodémocrate albertain.

Le pétrole en baisse a entraîné avec lui le dollar canadien, le faisant passer de 0,90 $ US en septembre 2014 à près de 0,70 $ US. Cela devrait rendre les biens canadiens plus compétitifs sur le marché mondial, mais cela augmente également le prix des importations. Cela affecte les plus pauvres de la société avec la montée en flèche du prix des denrées essentielles. Le prix des fruits et légumes a augmenté de 12,9 et 18,2% respectivement au cours des douze derniers mois. La perspective d'inflation pourrait être un moteur de la lutte des classes dans la prochaine période. La possibilité d'une politique d'assouplissement quantitatif - un terme sophistiqué pour l'impression d'argent - combinée à des mesures de relance gouvernementales ne ferait seulement qu'augmenter la pression inflationniste. Le financement par déficit et le commerce international signifient que moins de travailleur-euses sont congédiés, mais les salaires stagnants signifieront que le niveau de vie va s'éroder avec la montée prix des produits de base. Au fil du temps, les travailleur-euses finiront par demander que leurs salaires suivent la hausse du coût de la vie.

Les dirigeants syndicaux dans le secteur manufacturier applaudissent la baisse du dollar canadien dans l'espoir que cela mette fin à l'hémorragie dans ce secteur en Ontario et au Québec. Le secteur manufacturier était traditionnellement le cœur du mouvement ouvrier canadien. Même aujourd'hui, il représente 13% du PIB et 9,2% des emplois, ce qui en fait le troisième plus large secteur. Mais cela représente une diminution comparativement à 15,6% du PIB en 2005 et 24,3% en 1961. Au tournant du millénaire, plus de 15% des travailleur-euses du pays étaient dans le secteur manufacturier. Cependant, les prédictions d'un renouvellement du secteur sont beaucoup trop prématurées. Son érosion a des fondements essentiellement structurels et ne s'explique pas simplement par la valeur momentanée du dollar canadien. La production se déplace vers la Chine, le Mexique, ou les États du sud des États-Unis, et il faudrait une reprise très saine et soutenable au sein du marché étasunien afin d'engendrer une hausse du secteur manufacturier canadien. Cette reprise étasunienne depuis longtemps prédite ne s'est pas encore matérialisée. Un scénario beaucoup plus envisageable est qu'au cours des prochains 6 à 24 mois, la Chine et l'Europe entraînent le monde dans une nouvelle récession globale, emportant les États-Unis dans leur chute.

De manière globale, les stratèges du capital prévoient des décennies de « stagnation séculaire ». Au Canada, cette crise générale sera exacerbée par la baisse du pétrole et l'inflation. Plutôt que d'entrer dans la crise globale à partir d'une position de force, le Canada va y entrer après deux trimestres de récession en 2015, avec une dette des ménages considérable et une bulle immobilière sur le point d'exploser. Justin Trudeau a choisi un bien mauvais moment pour devenir Premier ministre et ces réalités économiques auront bientôt fait d'éroder ses appuis.

La conscience de classe et la jeunesse

Le fait que le Canada puisse être sur le point d'entrer dans une période de déclin économique ne veut pas immédiatement dire qu'il y aura des développements révolutionnaires dans les rues. Il n'y a pas de lien direct et linéaire entre l'économie et la lutte des classes. Plutôt, nous trouvons une relation complexe, indirecte et dialectique. Une récession pourrait même entraîner la diminution des manifestations ouvertes de la lutte des classes, les travailleur-euses restant tranquilles dans l'espoir de conserver leur emploi. Le développement le plus important à garder en tête dans la période à venir est que les masses tireront des leçons des événements qui suivront. La nouvelle génération de jeunes, qui n'est pas affectée par les défaites du passé, est dans la meilleure position pour tirer ces leçons.

La période prolongée de crise depuis 2008 affecte la conscience de tous les secteurs de la société, mais affecte encore davantage la jeunesse. Nous avons ici affaire à une génération qui est plus pauvre que ses parents et ses grands-parents et n'a pas de perspective raisonnable d'amélioration. Quiconque a moins de 21 ans a vécu l'entièreté de sa vie consciente dans une société en de crise sous le signe de l'austérité. Les conséquences révolutionnaires de ce fait sont immenses.

Aux États-Unis, plusieurs sondages-chocs ont révélé la radicalisation de la jeunesse. Pour des raisons diverses, les entreprises de sondage canadiennes n'ont pas cru bon de tester l'opinion de la jeunesse au nord de la frontière. Cependant, il semble peu probable que les résultats soient grandement différents. Un sondage auprès des Étasunien-nes de 18-26 ans rapportait :

« En réponse à la question, ''Quel type de système politique pensez-vous qui soit le plus compatissant?'', 58% ont répondu le socialisme et 9% ont répondu le communisme. Seulement 33% ont répondu le capitalisme. 66% des répondant-es ont répondu que les entreprises étasuniennes ''représentent tout ce qui est mauvais en Amérique.'' »

2015 04 01 02 02 37 4Des résultats similaires ont été obtenus dans d'autres sondages et se sont incarnés dans le mouvement entourant Bernie Sanders. En plus de Sanders, il y a une révolte globale contre le statu quo qui s'est manifestée différemment dans plusieurs pays. En Grèce, nous avons vu la montée (et la trahison) de Syriza. En Espagne, Podemos est sorti de nulle part et au Royaume-Uni, le gauchiste Jeremy Corbyn a été propulsé à la tête du Labour Party par un mouvement de masse. Les manifestations de la radicalisation ont été différentes dans chaque pays, et cela entraîne des défis pour les marxistes quant à l'orientation vers ces mouvements. Il n'y a pas de recette toute faite ni de solution unique, et chaque mouvement doit être analysé en tenant compte des spécificités historiques et du contexte national. Cependant, nous devons être en mesure de voir que tous ces mouvements disparates ont essentiellement les mêmes racines; le rejet de l'establishment dû à la crise prolongée qui affecte non seulement l'économie, mais la politique, la société, la culture et même la morale. La jeunesse a joué un rôle clé dans tous ces développements.

Le Canada, encore une fois, est en retard comparé à d'autres pays. À l'extérieur du Québec, il n'y a pas eu de mouvement de masse se faisant le point focal du mécontentement. Les révolutionnaires ne devraient pas déplorer ce fait. Même si nous avions la possibilité de décider quand un mouvement se développe (ce qui n'est pas le cas), le fait d'avoir le temps de se préparer, de construire et entraîner nos forces et d'apprendre des autres pays n'est pas une mauvaise chose. Même si nous n'avons pas de résultat de sondages canadiens, nous constatons de manière intéressante que la jeunesse n'a jamais été aussi ouverte aux idées du socialisme, et ce depuis la fondation de Fightback et La Riposte. De plus en plus de jeunes se décident à rejoindre le mouvement révolutionnaire. La crise économique, les événements mondiaux, et les exemples positifs de Sanders et Corbyn ont pour effet de radicaliser individuellement la jeunesse d'une manière qui n'a pas été vue depuis des générations. C'est cette jeune génération qui va constituer la colonne vertébrale du mouvement révolutionnaire futur; mais la victoire sera grandement facilitée si les marxistes peuvent entraîner et éduquer ces jeunes radicalisés aux idées et aux méthodes du socialisme scientifique. Le temps presse.

Présentement, tandis que de plus en plus de jeunes sont radicalisés de manière atomisée, il est difficile de voir exactement comment ce potentiel de masse s'exprimera de manière organisée. Le mouvement étudiant au Canada anglais est moribond et divisé. Les étudiant-es passent davantage de temps dans des campagnes de désaffiliation que dans la lutte pour la gratuité scolaire. Le mouvement ouvrier est aussi dans un piteux état. Et pourtant, nous pouvons dire avec une certitude absolue que, tôt ou tard, ce potentiel de masse va se réaliser concrètement.

Travailleur-euses et conscience de classe

Malgré la radicalisation grandissante des jeunes, le mouvement ouvrier n'a probablement jamais été dans un état aussi lamentable. Le blâme n'est pas à mettre sur une soi-disant arriération des travailleur-euses ou sur leur frilosité face à la lutte. Ils continuent au contraire à voter des grèves à des taux de 80, 90 voire 100%. Toutefois, après ces démonstrations de dévouement, il arrive souvent que la direction des syndicats fasse tout en son pouvoir pour éviter la grève et finisse par concéder la victoire à l'employeur.

Il y aurait beaucoup d'exemples à donner, mais les récentes négociations avec la ville de Toronto sont représentatives. Les locaux 79 et 416 du SCFP, qui représentent plusieurs dizaines de milliers de travailleur-euses municipaux, obtinrent de clairs mandats de grève contre les offres patronales. Les travailleur-euses tinrent des manifestations et firent beaucoup de bruit, mais lorsque vint le temps d'entrer en grève, les dirigeants syndicaux s'écrasèrent. La faiblesse invite à l'agression, et cela ne fit qu'encourager l'employeur. Le syndicat finit par accepter une augmentation salariale de 5% sur quatre ans, ce qui ne permet même pas de suivre l'inflation, et le retrait complet d'une importante clause interdisant la sous-traitance gagnée en 1999. Les travailleur-euses avaient réussi en 2002 à protéger cette clause contre Mel Lastman, qui la qualifiait incorrectement de clause « d'emplois à vie », puis à nouveau contre David Miller lors de la grève de 2009. Face à l'administration réactionnaire de Rob Ford en 2012, la direction syndicale jeta les jeunes en pâture en abandonnant la sécurité d'emploi pour les travailleur-euses de moins de 15 ans d'ancienneté. Cette fois encore, la direction syndicale réussit à se surpasser, acceptant sans la moindre résistance d'abandonner la sécurité d'emploi pour tout employé n'ayant pas atteint 15 ans d'ancienneté d'ici 2019. Jim Maguire, président du local 79, affirma pathétiquement que « c'était le mieux qu'on pouvait obtenir dans les circonstances. » C'est faux. Il n'y a rien de pire que d'abandonner avant même d'avoir essayé. Cette disparité de traitement ne va que servir à diviser le syndicat et à opérer une discrimination envers les jeunes. Et maintenant, des milliers d'emplois syndiqués sont menacés, en commençant par ceux des éboueurs qui risquent d'être privatisés dans les parties de la ville sur lesquelles l'administration Ford n'a pas réussi à mettre la main. Tout cela parce que quelques bureaucrates n'ont pas eu le courage de se tenir debout et n'ont pas voulu toucher au fonds de grève. Malheureusement, de telles histoires sont très fréquentes, et il n'est pas surprenant que les travailleur-euses soient démoralisés par un tel déficit de leadership.

Plutôt que d'unir les travailleur-euses contre les patrons, les bureaucraties syndicales semblent concentrer leurs efforts sur des querelles intestines mesquines. Sid Ryan, ancien dirigeant de la Fédération du travail de l’Ontario, s'est récemment fait évincer par un putsch orchestré dans les coulisses et par la retenue de leurs cotisations par certains syndicats affiliés. Il avait une réputation de « gauchiste », malgré une série de graves erreurs telles que d'avoir qualifié le budget 2014 du gouvernement libéral de l'Ontario de « budget le plus progressiste que cette province ait connu dans les dernières années. » Depuis, il est devenu très clair qu'il s'agissait d'un budget d'austérité. Aujourd'hui, les dirigeants des syndicats affiliés ont remplacé Ryan par un président issu des coulisses qui risque d'autant plus de défendre leur inaction.

Malgré le piètre état du syndicalisme, une colère sourde gronde dans les rangs de ces travailleur-euses qui pour plusieurs voient les concessions s'enfiler depuis plus de dix ans. Éventuellement, ils en auront assez et les dirigeants trop peureux se verront remplacés par d'autres plus près de la base. Tôt ou tard, soit sous l'impulsion courageuse de nouveaux dirigeants, ou même par une décision mal calculée de vieux bureaucrates, émergera une lutte centrale qui unifiera les meilleurs éléments de la société. La jeunesse jouera un rôle de soutien important dans cette lutte, et pourrait même en être l'étincelle. Il est crucial que les marxistes soient préparés à cette éventualité, numériquement et politiquement, afin d'aider les travailleur-euses à gagner, pour aider à mobiliser les jeunes, et pour aider les travailleur-euses à apprendre les meilleures méthodes démocratiques de lutte. Les travailleur-euses et les jeunes avec la plus grande conscience de classe et le plus grand esprit de sacrifice doivent être unis au sein d'une organisation révolutionnaire afin d'apprendre et de partager les meilleures idées et méthodes capables de les mener à la victoire dans les luttes les plus importantes. D'une importance cruciale, la construction d'une telle organisation doit être la priorité.

La lutte contre l’oppression

Bien que le Canada soit un des pays les plus riches au monde, qui se dépeint comme progressiste et inclusif, il demeure affligé par le racisme, le sexisme, la discrimination des personnes LGBTQ, et par l’oppression ininterrompue des Premières nations, des Inuits et des Métis. Les personnes racisées subissent de très hauts taux de chômage, des barrières à l’éducation, la pauvreté, et sont disproportionnellement ciblées par la police et incarcérées. Par exemple, alors que les Autochtones constituent 4.3% de la population canadienne, ils constituent le quart des détenus des prisons fédérales. De plus, le taux d’incarcération pour les personnes noires est désormais trois fois plus élevé que leur taux de représentation à l’échelle de la population canadienne. Malgré l’égalité formelle devant la loi, la discrimination envers les personnes LGBTQ persiste, menant à de plus hauts taux de problèmes de santé mentale, ainsi qu’à de l’itinérance chez les jeunes. L’écart salarial entre les genres est à 72% au Canada, et les femmes sont surreprésentées dans les emplois précaires et à temps partiel (ce qui, lorsque pris en considération, élargit encore davantage l’écart salarial). La violence envers les femmes est omniprésente; au moins la moitié des femmes vivent au cours de leur existence au moins un incident de violence physique ou sexuelle. Les femmes autochtones sont trois fois plus sujettes à la victimisation avec violence que les femmes non-autochtones au Canada. 50% des enfants autochtones vivent dans la pauvreté et plusieurs réserves autochtones subissent des crises de logement, manquent d’eau courante, et possèdent de hauts taux de suicide, parmi d’autres défis colossaux. Tous ces groupes sont disproportionnellement affectés par la crise du capitalisme et par ses conséquences que constituent l’austérité et les coupes dans les services sociaux.

En réaction aux oppressions systémiques et aux autres formes de discrimination, nous avons vu une quantité de mouvements spontanés contre les multiples formes d’oppression que différentes couches de la classe ouvrière connaissent sous le capitalisme. En mars 2016, la section torontoise de Black Lives Matter a organisé une occupation à l’extérieur du quartier général de la police de Toronto pour demander justice pour Jermaine Carby et Andrew Loku, deux hommes noirs non-armés qui ont été tués par la police torontoise. Un rassemblement a attiré plus de 1000 participant-es; des travailleurs-euses et de jeunes de différents milieux sont venus en solidarité et ont montré une volonté intuitive pour l’unité avec les différents groupes opprimés. Sous cette pression, une enquête du coroner à propos de la fusillade et du meurtre d’Andrew Loku a été annoncée. La honteuse condamnation de la victime (« victim-blaming ») et le terrible traitement envers les survivantes de violence sexuelle qui ont eu lieu pendant le procès de Jian Ghomeshi, ainsi que le verdict de non-culpabilité à la fin, témoignent de la manière dont l’État et le système légal banalisent et perpétuent la violence envers les femmes. Cela a engendré un déversement de rage de la part des femmes partout à travers le pays, ainsi que des appels continus dans le mouvement étudiant pour que soit abordée la question de la violence sexuelle sur les campus. La lutte pour les droits des autochtones et la justice après des centaines d’années d’oppression persiste. Les communautés autochtones, inuits et métisses à travers le pays luttent pour le respect des droits issus des traités, pour être réellement consultées à propos du développement dans le Nord, pour demander justice pour les femmes autochtones disparues et assassinées, et demandent des réparations pour le génocide culturel subi par le biais du système des pensionnats autochtones. La jeunesse a été en première ligne de ces mouvements.

La pression de ces mouvements a généré des victoires partielles qui doivent être célébrées, car elles montrent le pouvoir que procure le fait de s’allier en grand nombre, comme l’enquête du coroner sur la mort de Andrew Loku et l’engagement du gouvernement libéral à mettre en place l’enquête nationale tant attendue sur les femmes autochtones disparues et assassinées. Cependant, ces engagements, bien souvent, ne s’opposent pas fondamentalement aux conditions sociales qui ont donné naissance à la discrimination et à l’inégalité. Pour que ces enquêtes puissent avoir un vrai impact, elles devraient être menées par des représentant-es de la classe ouvrière organisée dans les syndicats et par des représentant-es des communautés affectées, et devraient donner place à des changements concrets et significatifs. En outre, sous le capitalisme, l’État, le système judiciaire et la police servent tous ultimement les intérêts de la classe dirigeante, comme le font également les gestionnaires et les administrateurs sur les milieux de travail et les campus. En conséquence, nous ne devrions pas avoir d’illusions en la capacité de ces institutions à réellement prévenir et s’attaquer à l’oppression et la discrimination. Ces formes d’oppressions servent toutes à maintenir le système d’exploitation capitaliste, qui s’appuie sur les divisions fondées sur la race, l’ethnie, la religion, le sexe, le genre et l’orientation sexuelle, pour nous forcer à rivaliser entre nous dans un nivellement vers le bas pour de plus bas salaires, nous empêchant ainsi de nous unir contre l’oppresseur commun. Pour que ces mouvements puissent gagner, ils doivent s’unir et défier le système qui constitue la racine des différentes formes d’oppression; ces luttes ne peuvent pas être séparées.

Alors que le désir pour l’unité et la solidarité est apparent dans tous ces mouvements, les méthodes du leadership au sommet de ces mouvements découlent souvent du réformisme, qui s'exprime à travers les idées de la politique identitaire (« identity politics ») et de l’intersectionnalité. L’intersectionnalité se concentre sur l’expérience individuelle et subjective de l’oppression, décrivant et cataloguant ses multiples gradations et combinaisons. Cette approche voit les actes d’oppression d'un point de vue individuel, par lequel les individus qui ne vivent pas directement une forme d’oppression donnée sont perçus comme ceux en bénéficiant directement et la perpétuant. Ainsi, l’accent de la lutte s’arrête souvent au changement du comportement individuel, de la pensée et du langage, à des réformes à la pièce, au lieu de cibler les racines socio-économiques de l’oppression et de chercher une transformation révolutionnaire de ce système qui s’alimente du racisme et de l’oppression. Cette approche individuelle et subjective risque d’atomiser le mouvement, au lieu de construire l’unité et la solidarité de classe requises pour vraiment gagner. L’expérience montre que l’oppression d’un groupe de travailleur-euses ne bénéficie aucunement à d’autres groupes de travailleur-euses. Par exemple, sur un lieu de travail où un groupe opprimé fait face à une réduction de salaire et de conditions de travail, la tactique de diviser pour mieux régner des patrons a en fait pour but de réduire les salaires de tous les travailleur-euses, incluant ceux qui sont moins opprimés. Un mouvement de grève uni afin de gagner un salaire égal et des conditions égales et pour mettre fin à l’oppression améliore le sort de tous les travailleur-euses.

Il est du devoir de tous les révolutionnaires de lutter contre les attitudes et les comportements discriminatoires lorsqu’ils surviennent. Nous devons être à l’avant-garde de cette lutte. Mais, en dernière analyse, nous devons reconnaître que la seule façon de changer ces attitudes à grande échelle est précisément à travers la lutte unie. Dans la lutte commune, les gens commencent à se voir l’un l’autre sur la base de ce qu’ils ont en commun, au lieu de voir ce qui les divise. Et il est un fait que c’est seulement à travers une telle lutte unie de tous les travailleur-euses et les couches d’opprimé-es que nous pouvons transformer la société et mettre fin aux conditions sociales qui alimentent l’oppression que ces mouvements cherchent à combattre.

L'oppression d’un groupe sert à soutenir le système qui opprime et exploite la majorité d’entre nous. Pour paraphraser Marx, personne ne peut se libérer tout en maintenant l'oppression d'autrui. La lutte contre le racisme dans les rues, les milieux de travail et les campus doit être menée par tous les travailleur-euses; la lutte contre le sexisme et la discrimination envers les personnes LGBTQ doit inclure tous les genres et les différentes orientations sexuelles; la lutte contre l’oppression des personnes autochtones doit impliquer la classe ouvrière tout entière. La ligne de division fondamentale qui doit être tracée est celle de la classe. Cette position a souvent été mal comprise et déformée par ceux et celles venant du milieu des politiques identitaires. Cette position a été interprétée comme l’idée que les marxistes sont seulement intéressés par l’exploitation de classe, et qu’ils ne se préoccupent pas des autres formes d’oppression. Cela ne pourrait pas être plus éloigné de la vérité. En fait, ce que nous voulons dire, c’est que n’importe quel représentant de la classe dirigeante minoritaire, sans égard pour son genre, sa race ou son orientation sexuelle, va ultimement servir ses intérêts de classe par dessus tout le reste. Ces intérêts impliquent d’attaquer les services sociaux, les salaires, les avantages sociaux et les libertés civiles, et ils ne peuvent être combattus que par un mouvement populaire de la base.

Pour que ces mouvements puissent arracher leurs revendications, des manifestations de masse, des débrayages, des occupations et des grèves mobilisant des secteurs étendus de la classe ouvrière sont nécessaires. Par exemple, pour lutter contre le sexisme sur les milieux de travail ou les campus, des débrayages et des manifestations incluant à la fois des travailleuses, des travailleurs, des étudiantes et des étudiants doivent être organisés. Il faut une pression de masse pour arracher n’importe quelle réforme à la classe dirigeante. De plus, la seule solution contre la violence étatique et l’échec de l’État à protéger les communautés marginalisées est d’organiser des organes de sécurité démocratiques et responsables, dirigés par et pour la classe ouvrière et les représentant-es des communautés opprimées. Bien que les marxistes luttent pour toutes les réformes qui peuvent atténuer l’oppression et l’exploitation des travailleurs-euses et des jeunes, nous soulignons que les réformes sous le capitalisme sont temporaires. Le capitalisme est en période de déclin abrupt, ce qui rend l’austérité inévitable tant que nous ne romprons pas avec sa logique. Ce qui est ultimement requis, c’est une transformation socialiste de la société; une société où les vastes richesses et ressources qui existent au Canada (et dans le monde) peuvent être réappropriées collectivement et contrôlées démocratiquement à travers un plan socialiste de production. Cela permettrait un financement massif et une expansion des multiples programmes universels qui élèveraient le niveau de vie de chacun : logement garanti, emploi, garderie, assurance-santé et assurance-médicament, soins dentaires et des yeux, éducation post-secondaire, et plus encore. La propriété collective et démocratique des médias et du système d’éducation pourrait également permettre d’éliminer à long terme les attitudes discriminatoires dans la société, au fil des générations. Les marxistes ne prétendent pas savoir exactement ce que chaque groupe opprimé a besoin pour guérir de centaines d’années d’oppression. Ces groupes auront une place de choix pour revendiquer leurs besoins particuliers au sein de la nouvelle société, et vont avoir accès à toutes les ressources et le financement requis pour que ces besoins soient remplis. Ainsi, lorsque les marxistes mettent l’accent sur la primauté de la lutte des classes, cela ne signifie aucunement que les autres formes d’oppression sont moins importantes et que leur abolition doit être mise en veilleuse; cela signifie que ces formes d’oppression sont intrinsèquement liées à la société de classe, et que la disparition de celles-ci est liée au renversement de celle-là.

Les syndicats ouvriers et étudiants doivent être transformés en organes militants de lutte qui peuvent unifier toutes les couches des travailleur-euses opprimés dans cette lutte. Malheureusement, les leaders réformistes de ces organisations de masse ont historiquement échoué à mettre de l’avant un programme clair et décisif qui peut éradiquer avec succès le racisme, le sexisme et les autres formes de discrimination. Nous avons besoin de leaders étudiants et ouvriers qui peuvent construire une solidarité entre étudiant-es, travailleur-euses ainsi que toutes les couches des opprimé-es, et qui peuvent offrir une authentique alternative à cette société basée sur l’inégalité. Tandis que certains jeunes regardent vers les politiques identitaires pour expliquer leur expérience quotidienne de l’oppression, les événements démontrent en pratique que la classe est la ligne de division fondamentale de la société. Cela ne peut pas être plus clair qu’en regardent qui peut au mieux servir les intérêts des femmes travailleuses, par exemple entre Bernie Sanders et Hillary Clinton dans la course à la chefferie du Parti démocrate, que plusieurs jeunes Canadien-nes suivent avec attention. Clinton a même tenté d’utiliser les politiques identitaires pour gagner à elle le mouvement derrière Sanders. En réalité, en opposant clairement le 99% et la « classe des milliardaires », la campagne de Sanders a construit un mouvement qui unifie toutes les couches des travailleurs-euses et des jeunes, mouvement qui a clairement ébranlé la classe dirigeante américaine. Rien ne pose une plus grande menace à la classe dirigeante que l’unité de la classe ouvrière, et seul un programme marxiste peut ultimement consolider une telle lutte et la diriger vers le renversement du capitalisme une fois pour toute.

Québec : Tirer les leçons

Près de quatre années se sont écoulées depuis le mouvement étudiant de 2012, et beaucoup a changé au Québec. Ce fantastique mouvement de masse de la jeunesse québécoise fit trembler la province jusqu'à ses fondations et amena la défaite des libéraux lors de l'élection provinciale. Cela n'a toutefois pas réglé le problème, n'ayant réussi qu'à mettre le Parti québécois, un autre parti bourgeois, au pouvoir. Le PQ, bien qu'il ait tenté de se faire du capital politique sur le dos du mouvement, continua ensuite les politiques d'austérité des libéraux et tenta de distraire et diviser la population avec le projet raciste de Charte des valeurs québécoises.

Le gouvernement péquiste de Pauline Marois eut un court règne, et la vraie nature du parti a depuis été pleinement dévoilée avec la nomination de l'oligarque Pierre Karl Péladeau à sa tête. Avec les libéraux de retour au pouvoir, c'est sans fard que le gouvernement applique maintenant le programme de la classe capitaliste.

Cette fois-ci, les libéraux avaient les travailleur-euses du secteur public dans leur mire. La férocité de leurs attaques suscita la colère des travailleur-euses et des jeunes. La pression de la base força la direction des syndicats à mobiliser leurs troupes pour répliquer. Lors de l'automne 2014 les dirigeants syndicaux promirent même un « nouveau printemps québécois », une référence évidente au mouvement de 2012.

Les travailleur-euses répondirent à l'appel en masse, prenant d'assaut les rues de Montréal et de Québec par dizaines de milliers à plusieurs reprises. Beaucoup de syndicats votèrent des résolutions en faveur d'une grève générale contre le gouvernement. Malheureusement, la direction conservatrice des syndicats sema la confusion au sein du mouvement en le trimballant de gauche à droite. Les dirigeants syndicaux mirent la mobilisation en veille pendant le printemps 2015 dans le but de « négocier de bonne foi » pendant l'été. Sans surprise, les négociations ne menèrent nulle part, et les syndicats durent recommencer la mobilisation.

Parallèlement à ces événements, le mouvement étudiant commença à redonner signe de vie. Beaucoup d'étudiant-es se sentaient inspirés par les développements dans le mouvement ouvrier. Toutefois, les zigzags et le conservatisme des dirigeants syndicaux poussèrent les militant-es étudiants dans une direction ultra-gauchiste. Le slogan « Fuck toute! » est particulièrement représentatif de cet ultra-gauchisme. Les étudiant-es radicaux tentèrent de lancer un mouvement de « grève générale illimitée » des étudiant-es pendant le printemps 2015, sans égard à la situation du mouvement ouvrier. Mais très peu d'efforts furent consacrés à approcher les travailleur-euses pour les amener dans la lutte. Cet ultra-gauchisme mena à un ressac au sein de la population étudiante en général, et mit le mouvement étudiant dans un état de désarroi. Quelques associations étudiantes avec une forte tradition militante se trouvèrent prises avec des campagnes de désaffiliation et de dissolution. Lorsque les travailleur-euses entrèrent en grève en automne, les étudiant-es se trouvèrent paralysés à cause de l'aventurisme passé de leurs dirigeants. C'est lorsque le mouvement avait le plus besoin d'eux que les étudiant-es ne purent répondre à l'appel.

En automne, le mouvement ouvrier reprit son élan avec des manifestations de masse et une vague de grèves du secteur public. Des grèves rotatives régionales eurent lieu, paralysant des régions complètes une à la fois. La pression des membres de la base finit par pousser la direction syndicale à agir et elle fit l'annonce d'une grève générale du secteur public de trois jours pour le début de décembre.

La direction, en dépit d'une réponse positive de la masse des membres, abandonna à nouveau la mobilisation. Elle réduisit ses demandes afin de démontrer sa « bonne foi » au gouvernement. Cela ne servit à rien et ne fit que confondre d'autant plus la base. Le gouvernement reprit courage en y voyant un signe de faiblesse et redoubla d'ardeur. Pris au pied du mur, le leadership syndical en appela à une grève générale d'une journée. La réponse des membres fut encore une fois considérable. À travers tout le Québec, les établissements publics furent fermés alors que près de 400 000 travailleurs débrayèrent et piquetèrent leurs lieux de travail. Ce fut la plus grosse grève qu'ait connue le Québec depuis la grève générale insurrectionnelle de 1972.

L'entente à laquelle en vinrent le Front commun et le gouvernement juste avant Noël fut présentée comme une victoire, alors qu'elle est plutôt une défaite. Les augmentations salariales sont moindres que celles imposées par Jean Charest lors du renouvellement de la convention collective de 2005. Contrairement à la prétention du président de la CSN Jacques Létourneau selon laquelle cette entente a réussi à « stopper l’appauvrissement des salariés du secteur public et mettre fin au retard salarial avec les autres travailleurs québécois », les salaires du secteur public ne suivront même pas l'inflation. Contenant en plus une augmentation de l'âge de la retraite à 61 ans et une hausse de la pénalité pour retraite anticipée de 4 à 6%, cet accord constitue une trahison des objectifs des travailleur-euses et de l'énergie qu'ils ont mise dans ce mouvement.

Cette entente est particulièrement ironique considérant que les syndicats et les leaders étudiants défendaient l'idée que « l'austérité est un choix » et que « l'austérité n'est rien de plus qu'une idéologie ». Face à un gouvernement inébranlable, ils affirment maintenant plutôt que cette entente était « le mieux que l'on pouvait faire dans les circonstances ». Cela démontre la banqueroute politique des réformistes, qui ne sont pas prêts à rompre avec le capitalisme et doivent ainsi accepter l'austérité. Celle-ci est inévitable en contexte de propriété privée des moyens de production. Pour vraiment combattre l'austérité, il faut se battre pour l'éradication du capitalisme.

Nombreux sont ceux sur la gauche qui glorifient le mouvement au Québec, en comparaison avec le Canada anglais. Les mouvements ouvrier et étudiant au Québec démontrent que les masses, avec un minimum de leadership, répondent avec enthousiasme aux opportunités de riposter. Toutefois, l'opportunisme des dirigeants syndicaux, combiné avec l'ultra-gauchisme aventuriste des leaders étudiants, a mené à la défaite temporaire du mouvement.

Sur le front électoral, en dépit des mouvements de masse dans la dernière période et de la grande impopularité de l'austérité, les libéraux de Couillard sont toujours en tête dans les sondages avec 36% d'appuis. Pendant ce temps, Québec Solidaire est incapable de profiter de la colère des masses et continue à stagner autour de 10% d'appuis. Le fait que les forts mouvements ouvriers et étudiants des dernières années n'ont trouvé aucun reflet dans les partis politiques est frappant. C'est uniquement en prenant en compte l'absence de vraie représentation politique pour les travailleur-euses qu'on peut comprendre la relative popularité du Parti libéral du Québec.

La responsabilité pour l'absence d'un parti de masse des travailleur-euses au Québec incombe aux dirigeants de QS et des syndicats. Les leaders de QS diluent constamment leur programme et sont à la remorque du mouvement. Sans compter qu'ils sèment la confusion chez les travailleur-euses et les jeunes en soutenant des dispositions réactionnaires telles que l'interdiction du voile dans les emplois publics mise de l'avant par la Charte des valeurs québécoises du PQ. Aux yeux de nombreux travailleur-euses, QS apparaît simplement comme une deuxième version plus de gauche du PQ. De nombreux dirigeants syndicaux maintiennent une attitude conciliante envers le PQ, même après l'arrivée du milliardaire réactionnaire PKP à sa tête. On a pu le constater récemment lors d'une manifestation des travailleuses des CPE à Montréal où il a même été invité à parler à la foule!

La situation actuelle ne peut durer pour toujours. Tôt ou tard la radicalisation des masses doit trouver une expression politique. Jusqu'à maintenant la direction de QS a été incapable de faire du parti le centre d'attraction politique pour la grogne qui règne massivement dans la société. Il est toutefois possible, malgré les leaders du parti, que QS devienne un canal pour la colère des masses. Cela pourrait être le cas lors de la prochaine campagne électorale provinciale en 2018.

Après quatre ans de lutte, le mouvement vient de subir une défaite. Nous entrons dans une période d'apprentissage et de réflexion où les meilleurs éléments parmi les travailleur-euses et les étudiant-es vont chercher des explications sur l'échec du mouvement. Dans un tel contexte, les explications claires des marxistes peuvent avoir un impact considérable. La crise du capitalisme va continuer à empirer les conditions de vie de millions de gens. Or, la nature a horreur du vide. Le mécontentement des masses signifie qu'à un moment ou à un autre nous ferons face à une nouvelle explosion sociale. La tâche des révolutionnaires dans la période à venir est de croître et de se préparer à fournir aux travailleur-euses et aux jeunes les réponses à leurs questions afin de les aider à remporter leurs luttes futures. Le fait que nous ayons réussi à construire un mouvement marxiste uni au Canada anglais et français démontre qu'il existe un potentiel immense.

La montée et la chute de Tom Mulcair

Il y a un an, nous nous demandions si le modeste virage à gauche du NPD serait suffisant pour renverser la vapeur suite à la perte d'appuis provoquée par le retrait du socialisme et de la propriété collective de la constitution du parti. Pendant un moment, ce fut le cas. Les promesses de système de garderies universel et de salaire minimum fédéral à 15$, l'opposition à la guerre en Syrie et l'opposition à l'érosion des libertés civiles au nom de la lutte au terrorisme, le tout combiné à la victoire du NPD en Alberta, catapultèrent le parti en première place dans les sondages avec environ 35% d'appuis au début de la campagne électorale. Malheureusement, dès le début de la campagne la bureaucratie du parti recommença à naviguer à droite avec pour conséquence une défaite humiliante.

De 103 députés avec 30,6% du vote en 2011, le parti en a été réduit à 44 sièges pour 19,7%. Les néodémocrates ont ainsi perdu tous les sièges des maritimes et de Toronto. Les libéraux réussirent à se présenter comme étant à la gauche du NPD, avec une promesse d'investissements dans les infrastructures financés par un déficit. À l'inverse, le chef du NPD Thomas Mulcair fit de l'équilibre budgétaire la pierre d'assise de sa campagne, sous les applaudissements des grands médias privés. Il fut ensuite révélé que dans ce cadre budgétaire les réformes qui avaient propulsé le parti en première place ne pourraient être mises en œuvre avant au moins huit ans. Dans ce contexte, un sondage révéla que Trudeau était vu comme représentant le « changement ambitieux » alors que Mulcair représentait plutôt le « changement modéré ».

Il a été expliqué plus tôt que le visage progressiste des libéraux fédéraux est une imposture, mais l’électorat ne l’a pas vu de cette manière. Cela démontre que le « parti naturel du gouvernement » est mené par des opportunistes beaucoup plus intelligents que la bureaucratie à la tête du parti travailliste du Canada, qui n'a que du mépris pour les travailleur-euses. Le NPD a avalé tout cru le dogme blairiste selon lequel la seule voie vers la victoire est à droite; les libéraux à l'inverse ont su surfer sur les sentiments anti-austérité de la population. Lors d'une entrevue très candide avec Global News, Trudeau a même révélé que sa préoccupation principale était que le NPD « présente un programme encore plus ambitieux » que les libéraux. Toutefois, lorsque le NPD se déclara en faveur de l'équilibre budgétaire, l'équipe de Trudeau se dit « c'est ici que l'élection se joue… on va se souvenir de ce moment comme le point tournant de la campagne. » Mulcair s'est même réjoui de la publication d'une vidéo où on le voit chanter les louanges de Margaret Thatcher et du « vent de liberté et de libéralisme dans les marchés [qui] a soufflé en Angleterre » sous son règne, pensant que cela allait rehausser sa crédibilité en matière d'économie.

Plus tard dans la campagne, il fut révélé que si Mulcair avait remporté l'élection, nous aurions été aux prises avec un gouvernement NPD revenant sur toutes ses promesses ou mettant en œuvre une austérité profonde, ou les deux. Les plans du parti se basaient sur l'estimation des conservateurs que le pétrole resterait à 65$ le baril; maintenir un budget équilibré avec un baril à 35$ aurait nécessité des coupes énormes.

Suite à l'élection, Mulcair et la bureaucratie du parti tentèrent de sauver leur peau par toutes sortes de manœuvres. Premièrement, Mulcair fuit les médias et ne réapparut qu'après avoir tourné un pastiche ridicule du clip de « Hotline Bling ». Les apparatchiks du parti jouèrent la cassette selon laquelle c'est l'opposition à l'interdiction du niqab qui avait mené à la défaite (malgré que les libéraux aient défendu la même position), et que tout le monde devrait se réjouir parce que le parti avait marqué le deuxième plus gros score de son histoire. En somme, ils mettaient le blâme sur le racisme des travailleur-euses et non sur leur propre incapacité à mettre de l'avant un programme suscitant l'enthousiasme des travailleur-euses et des jeunes. Ils passèrent le message que quiconque soulèverait une opposition subirait une « gifle publique conséquente ». Cette attitude insultante et déconnectée ne fit que jeter de l'huile sur le feu et provoquer la dissidence. Cheri DiNovo, députée néodémocrate provinciale de Toronto, fit une sortie en faveur d'un changement de leadership, proposition reprise ensuite par Sid Ryan. Les députés fédéraux ont été réticents à se prononcer contre Mulcair, ce qui démontre la faiblesse de la gauche, mais sans nécessairement se prononcer pour lui, ce qui montre plutôt la faiblesse de la bureaucratie du parti.

En un dernier coup de dés opportuniste pour sauver son poste, Mulcair a tenté un virage à gauche. Mulcair « feelait le Bern » d'une façon évidente lorsqu'il écrivait dans une lettre d'opinion du 13 février dernier que « les dés de l'économie sont pipés » à l'encontre des familles ouvrières. Dans une adresse aux membres datée du 23 février, il écrivait : « pour ce qui est des inégalités de revenus, nous savons qu'au cours de la dernière génération, la croissance économique de plus de 50% n'a pas profité à la vaste majorité de Canadiens qui ont bâti cette économie. Les PDG canadiens peuvent faire jusqu'à 200 fois le salaire d'un travailleur alors que les familles continuent à voir leur pouvoir d'achat diminuer. Je considère que c'est totalement inacceptable. À une époque où les banques peuvent éliminer des milliers d'emplois tout en payant leurs cadres 12 milliards $ en bonis notre tâche est claire. » Toutefois, il a été souligné que ce genre de discours était absent de la plate-forme électorale de 2015 du parti. L'idée que Thomas Mulcair, un ancien ministre du PLQ, ait soudainement réalisé qu'il était socialiste est encore plus ridicule que son pastiche de Drake.

Où va le NPD?

La clique dirigeante au sommet du parti n’a pas eu d’autre choix que de se rallier à Mulcair à la convention du parti d’avril 2016 à Edmonton. Ils agirent ainsi précisément sur la base de la peur de perdre le contrôle au profit d’un mouvement socialiste comme celui de Jeremy Corbyn ou celui de Bernie Sanders. Mulcair n'a jamais été vraiment aimé au sein du parti; il a été élu pour gagner, et il a échoué. Le faible nombre de votes pour le parti, combiné avec le faux virage à la gauche des libéraux, continuent d’affaiblir l’aile droite du NPD. Mais tandis que Sanders et Corbyn constituent des points de référence grandissants, qui par eux-mêmes transforment l’équation politique, il nous faut également comprendre qu’aucun mouvement ne se répète de façon identique d’un pays à l’autre.

Au Royaume-Uni, la victoire des conservateurs en mai 2015 se fit ressentir comme un choc par plusieurs travailleur-euses et jeunes. Une vague de colère emporta le pays, alors que jaillirent dans plusieurs villes des manifestations spontanées de milliers de personnes. Cette colère s’exprima à travers la campagne de Jeremy Corbyn, qui se retrouva sur le bulletin de vote dans la course à la chefferie du Labour Party grâce à un mauvais calcul de la part de la bureaucratie blairiste. Des centaines de milliers de travailleur-euses, et surtout de jeunes, rejoignirent le parti. Cela constitua la force directrice qui propulsa Corbyn vers la victoire. Mais au Canada, il n’y eut pas de telle expression de colère. C’est tout le contraire précisément qui se produisit, alors que les illusions en Justin Trudeau sont fortes et largement répandues. Une révolte contre l’appareil du NPD ne pourra probablement pas compter sur un soutien extérieur au parti aussi fort que celui sur lequel Corbyn put compter. Il y a cependant un mécontentement significatif auprès des membres de la base du parti, mais la gauche est désorganisée, et la lune de miel libérale conditionnerait le caractère de tout mouvement d’opposition.

Par exemple, quelques gauchistes sont en train de s’unifier autour du manifeste Un grand bond en avant de Naomi Klein et Avi Lewis. Cela constituerait une grave erreur, en ce que ce manifeste est bien trop vague pour provoquer une réponse analogue au socialisme plus ouvert de Corbyn, qui défend la gratuité scolaire et des nationalisations, et Sanders, qui veut une révolution contre la classe des milliardaires et en appelle à un système de santé universel et à la gratuité scolaire. L’objectif déclaré du manifeste est de mettre de la pression sur les libéraux, alors que ce qui est requis est un mouvement pour renverser ce gouvernement de Bay Street. Pour créer un mouvement et avoir du succès, des demandes claires et un langage direct sont requis. Malheureusement, Un grand bond en avant ne contient aucun des deux.

Depuis la première édition de notre journal Fightback, les marxistes au Canada ont défendu une approche qui consiste à présenter des demandes positives envers le leadership du NPD. Nous avons expliqué que si le NPD souhaite gagner et faire une quelconque différence, il doit adopter des politiques socialistes. Cela fut la meilleure voie pour exposer en pratique la bureaucratie dirigeante, et gagner à nos idées des travailleur-euses et des jeunes qui regardent vers le parti. Les groupes sectaires adoptent plutôt une approche consistant à simplement dénoncer le NPD comme « bourgeois », et en tirent de minces résultats, puisqu’ils se coupent de la base du parti qui peut être gagnée au marxisme.

Cependant, le marxisme n’est pas un dogme, et nous devons constamment réévaluer nos conceptions et nos perspectives sur la base de l’expérience, pour voir si elles sont encore valides. En Grèce, le parti social-démocrate PASOK a été pratiquement détruit, et les masses radicalisées ont utilisé SYRIZA comme véhicule. En Espagne, aucune opposition de gauche n’a émergé dans le parti social-démocrate PSOE et, à la place, les masses ont créé une formation totalement nouvelle, Podemos. En Italie, toutes les vieilles organisations des travailleur-euses ont soit été détruites, ou bien leur lien avec la conscience de la classe ouvrière a été rompu. Un de ces scénarios pourrait-il se produire au Canada?

Un scénario à considérer serait le fait que le NPD continue dans une position diminuée, mais qu’il soit écarté par une nouvelle formation de masse spontanée. Cela serait analogue au PSOE et à Podemos en Espagne. Quoique cela soit théoriquement possible, nous pensons que ce scénario est peu probable dans le Canada anglais, à court et à moyen terme. Alors que l’opposition de gauche a été muselée à l’intérieur du NPD, il y a encore moins d’expression de la gauche à l’extérieur du NPD. L’échec retentissant des gauchistes à s’unifier de façon durable montre en quoi le « refondationnisme de gauche » est un cul-de-sac. Il n’existe pas de figure claire autour de laquelle une nouvelle formation politique pourrait s’unifier, et un tel scénario irait l’encontre des traditions du mouvement, particulièrement au Canada anglais. Il est envisageable qu’il y ait une forme de révolte de la jeunesse, dans la lignée du mouvement espagnol des indignados, mais il serait difficile pour ce mouvement de pénétrer la sphère électorale.

Toute formation de masse peut mourir, incluant le NPD. Il est théoriquement possible que le leadership du NPD puisse continuer dans sa trajectoire vers la droite, jusqu’à rendre le parti impossible à distinguer des libéraux. Les syndicats pourraient soit être mis à la porte du parti, ou bien, comme effet miroir du virage à la droite de la bureaucratie du parti, la bureaucratie syndicale pourrait simplement dériver et soutenir un « vote stratégique » entre les libéraux et le NPD. Si les blairistes avaient gardé le contrôle du Labour Party britannique, il aurait été possible qu’ils finissent le travail et transforment le Labour Party en parti entièrement bourgeois.

Cependant, le Canada n’est pas la Grèce, l’Espagne ou l’Italie. Chaque pays et chaque organisation doit être étudié sur la base de ses propres mérites. Alors qu’il est théoriquement possible que le NPD meure, nous ne croyons pas que cela constitue la perspective la plus probable. Il existe des réserves massives de soutien pour le parti dans la classe ouvrière, incluant d’importantes sections de la couche avancée. La « vague orange », puis les plus de 20 000 personnes s’étant rendues aux funérailles de Jack Layton à Toronto en 2011, sont l’expression du lien qui existe entre le NPD et la conscience des travailleur-euses. Que même des éléments d’opposition comme le manifeste Un grand bon en avant s’adressent encore au NPD et s’orientent vers celui-ci, et qu’au moins une douzaine de circonscriptions aient voté pour envoyer le manifeste à la convention fédérale, tout cela constitue un symptôme de ce lien entre le NPD et la conscience des travailleur-euses. Même le fait qu’un carriériste et opportuniste crasse comme Tom Mulcair soit forcé de revêtir les vêtements de Bernie Sanders pour sauver son poste en dit énormément à propos de la pression de la classe ouvrière sur le parti. D'un point de vue technique ou légal, l’indépendance des NPD provinciaux implique que le parti devra mourir treize fois pour être réellement mort. De plus, il semble y avoir un développement intéressant au NPD de la Nouvelle-Écosse, développement qui s’inscrit davantage dans la lignée de nos perspectives et orientations traditionnelles.

Le NPD néo-écossais, sous Darrell Dexter, a pris le pouvoir pour la première fois aux élections de 2009. L’électorat cherchait à faire changement par rapport aux générations de régimes conservateur et libéral. La direction du parti a incorrectement interprété les raisons de sa victoire et a pensé que c’était la « modération » qui l’avait remporté. Au pouvoir, elle a tenté d’apaiser les patrons, et a implanté des coupes de 772 millions de dollars avec une perte de 10 000 emplois dans le secteur public. Elle a retiré le droit de grève aux ambulanciers et a augmenté les frais de scolarité universitaires de 5%. Ayant trahi sa base et laissé les travailleur-euses dans des conditions pires qu’avant son élection, le NPD de Dexter fut mis à la porte et se retrouva en troisième place après les élections de 2013. Même Dexter a perdu son siège.

Après plus de deux ans sans un leader permanent, le NPD néo-écossais a élu Gary Burrill avec une victoire décisive contre les candidats de l’establishment du parti. Il a reçu 59% des voix lors du deuxième tour du scrutin, avec une participation élevée de 74% des membres du parti. Pendant la course à la chefferie, le membership du parti a grandi de 70%. L’appareil du parti s’en est retrouvé si déstabilisé qu’il ne mit pas à jour le site internet du parti pendant plus d’une semaine après la victoire –et maintenant il y a trois postes ouverts parmi le personnel du parti, pour cause de congédiements ou de démissions. Burrill a été comparé à Bernie Sanders et a même adopté le mot-clic #FeelTheBurrill. Il a gagné avec une plate-forme incluant une hausse du salaire minimum à 15$, l’imposition des riches, la gratuité scolaire et la possibilité d’une appropriation publique d’industries stratégiques. Il est pasteur de l’Église unie et se considère comme un « chrétien socialiste anti-capitaliste ». En cela il s’inscrit dans une voie analogue à celle de Tommy Douglas, fondateur du NPD. Cela n’est évidemment pas une plate-forme marxiste complète, mais cela est néanmoins symptomatique des processus sous-jacents, et cela ouvre des possibilités importantes pour que les marxistes engagent le membership nouvellement recruté au parti dans une discussion à propos de comment réellement lutter contre l’austérité capitaliste.

Tout cela montre que les marxistes avaient raison de maintenir une orientation vers le NPD. Et il est encore juste de maintenir cette orientation, à l’étape actuelle. Cependant, une orientation ne signifie pas que les révolutionnaires doivent dépenser tout leur temps dans des rencontres de parti ennuyantes et routinières. À la base, une orientation constitue simplement la manière dont on s’adresse à une formation politique (par des demandes positives, et non des dénonciations stridentes) et la manière d'éduquer nos supporteur-trices quant aux perspectives pour un parti et la manière dont la classe ouvrière entrevoit le parti. Dans les périodes où il y a un engagement actif et de l’enthousiasme de la part des nouveaux travailleur-euses, et particulièrement des jeunes, comme lors de la période préparatoire pour l’élection fédérale de 2011, ou possiblement maintenant en Nouvelle-Écosse, il est pertinent d’entrer en relation avec cet enthousiasme. Mais si les éléments les plus radicaux qui sont ouverts à un appel révolutionnaire sont dégoutés par le virage à droite du parti, comme nos militant-es torontois l’ont observé pendant les élections de 2015, alors il est préférable d’aller peu importe où se trouve cette jeunesse la plus radicalisée. Il est nécessaire de garder un œil sur les développements dans le NPD, pour voir si un mouvement de type Sanders/Corbyn peut s’y développer et attirer les meilleurs éléments de la classe ouvrière et de la jeunesse. Même avec le départ de Mulcair, il n’est pas garanti qu’une opposition de gauche émerge. Carole James, puis Adrian Dix ont été mis à la porte de la direction du NPD de Colombie-Britannique, mais la gauche était trop désorganisée pour mettre de l’avant un candidat crédible. Sans un tel mouvement d’opposition, il semble probable que le parti fédéral persiste dans son marasme pendant les prochaines années, et que la principale arène de lutte se trouve à l’extérieur du parti.

L’après-convention du NPD

La première version de ces perspectives fut rédigée à la mi-mars, avant le rejet catégorique de Tom Mulcair par 52% des délégué-es à la convention du NPD fédéral. Cet événement, en plus de la discussion sur le manifeste Un grand bond en avant, marque une nouvelle étape de l’évolution du NPD. Après une génération de virage droite, il y a maintenant une opportunité de renverser ce processus de dégénérescence. Mais comme Hegel l’expliquait, ce qui est potentiel pourrait ne pas devenir .

Sur le front de la direction, un candidat clairement à gauche du type de Sanders ou Corbyn serait énormément populaire auprès de la base. En retour, cela préparerait le parti à se tourner vers de nouvelles couches de la population. Mais la gauche existante a été éduquée dans l’esprit de l’équivoque et des compromis. Il n’y a pas de personnage qui a défendu le socialisme contre vents et marées durant les 40 dernières années. Niki Ashton semble être la candidate la plus prometteuse, mais même elle aurait à se déplacer davantage vers la gauche, en comparaison avec sa course à la chefferie de 2012, afin de stimuler un enthousiasme de masse. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un-e candidat-e ouvertement socialiste qui n’est pas effrayé à l’idée de prendre l’offensive contre le capitalisme et les capitalistes.

Le développement autour du manifeste Un grand bond en avant est incroyablement contradictoire et complexe. D’un côté, le 60% d'appuis en faveur d’ouvrir une discussion sur le manifeste était clairement une expression du désir de la base de faire une déclaration de gauche et anti-establishment. Cependant, comme nous l’avons expliqué précédemment, le document lui-même est très confus et, pour le dire franchement, utopique dans un contexte capitaliste. L’austérité n’est pas une « forme de pensée fossilisée », mais c’est plutôt la conséquence logique du capitalisme en crise. Mais l’ouverture d’une période de discussion de deux ans dans le NPD s’avère une opportunité importante de présenter des réponses marxistes claires aux problèmes posés dans le manifeste. Les défenseurs du manifeste se sont heurtés au NPD albertain qui a adopté une position « pro-pipelines ». Cela était plutôt choquant pour les environnementalistes petits-bourgeois qui ne sont pas habitués à prendre en considération l’opinion des 100 000 travailleur-euses du secteur pétrolier ayant perdu leur emploi. Les marxistes expliquent que le capitalisme ne peut pas résoudre ni la crise des emplois, ni la crise environnementale. Le chômage de masse va continuer tant que l’industrie demeure propriété privée. Seule la propriété publique de la terre, des grandes industries, des entreprises de production de pétrole, des compagnies minières et forestières, de l’énergie et du transport sous le contrôle démocratique des travailleur-euses et un plan de production socialiste vont assurer le plein emploi pour les travailleur-euses et un développement durable des moyens de production. Seule une approche socialiste peut unir les travailleur-euses et l’environnement.

L’élection pour la direction du NPD pourrait ne pas avoir lieu avant deux ans, et les candidats ne vont probablement pas déclarer leurs intentions pour 12 mois, donc ces processus vont se développer sur une certaine période de temps. La réaction de droite à la révolte de la base lors de la convention a été véhémente, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du parti. Cela montre les lignes de fracture de futures scissions du parti sur une ligne de classe. Mais nous avons ici le début du processus et non sa fin. Ce serait une erreur que de confondre le neuvième mois de la grossesse avec le premier; ce serait une plus grande erreur encore de ne pas reconnaître que la conception a eu lieu! Les marxistes vont intervenir dans ce processus qui attire l’attention des travailleur-euses et des jeunes politisés, en mettant toujours clairement de l’avant la bannière du socialisme révolutionnaire. Il est intéressant de noter que Fightback était vu comme étant « les marxistes » à la convention du NPD. C’est là une victoire, et cela nous permet de nous différencier des 101 différentes variétés de « socialistes ». Lénine conseillait à ses partisans « d’expliquer patiemment », et nous avons l’intention de suivre son conseil.

Les barons du pétrole albertains contre le NPD

La défaite de la dynastie conservatrice albertaine, ayant duré 44 ans, a fait l’effet d’un tremblement de terre dans la politique canadienne. La nature « red-neck » de droite de l'Alberta était tenue pour acquise par toutes les parties de l’establishment politique. Seuls les marxistes ont expliqué, depuis des décennies, qu’un tel retournement de situation était la conséquence inévitable de la lutte des classes. Même la Première ministre néodémocrate albertaine Rachel Notley a admis ne pas croire qu’ils pouvaient gagner, jusqu’à la semaine finale de la campagne. Cela devrait constituer une leçon pour tous ceux et celles qui croient que le changement ne peut pas survenir. Les conditions socio-économiques de la province ont rendu le changement inévitable, à un certain point, et tout le monde le reconnait désormais. Mais il est bien plus facile d’être éclairé après que les événements aient eu lieu; il faut des perspectives marxistes pour comprendre qu’éventuellement la superstructure politique de la société va rattraper sa base économique.

Il est intéressant de noter que le NPD a récemment fait des percées dans les régions où il était historiquement le plus faible, comme au Québec en 2011 et en Alberta en 2015. Dans les régions qui sont traditionnellement des bastions du NPD – Colombie-Britannique, Manitoba, Saskatchewan et Ontario – le parti a été durement affaibli. Cela est dû à la contradiction entre la mémoire de classe de ce que le NPD est censé représenter (un parti des travailleur-euses anti-establishment), et la réalité des réformistes au pouvoir. Les travailleur-euses albertains ne sont pas encore passsés par l’école de la social-démocratie, et il y a plusieurs leçons à y apprendre.

La réaction de la classe dirigeante albertaine, particulièrement des barons du pétrole, a été virulente. Son offensive « anti-rouges » est impitoyable et cherche n’importe quelle faiblesse. Elle est habituée à avoir le contrôle absolu sur ses représentants politiques et à ne jamais devoir penser à l’opinion de la classe ouvrière. Cela contraste avec les sections plus matures de la classe dirigeante du Canada central, qui sont habituées aux milieux de travail syndiqués et à la représentation politique, et ont perfectionné un processus plus courtois de détournement et de contrôle, dans le but d’atteindre les mêmes fins. En Alberta, la politique demeure encore déchaînée et sauvage.

La crise économique albertaine signifie qu’il n’y a pas de place pour les compromis ou les demi-mesures. L’idée réformiste selon laquelle il est possible d’atteindre un équilibre entre les classes est ici clairement démasquée. Soit l’on prend le parti des travailleur-euses et de la jeunesse, soit l’on doit prendre le parti des patrons. Chaque nouveau compromis reste insuffisant pour apaiser la classe dirigeante, et contribue à la démoralisation des éléments progressistes de la société. Les problèmes commencent déjà à surgir. Faisant face à la furie des barons du pétrole, le gouvernement du NPD a capitulé et abandonné l’idée d’augmenter les redevances pétrolières. Gil McGowan, président l'Alberta Federation of Labour, s’est prononcé en défaveur de cette capitulation. McGowan a caractérisé comme « choquant » le fait que le rapport n’ait pas pris en compte que les parts publiques des redevances s’élevaient en moyenne à 28% des revenus de l’industrie quand Peter Lougheed était Premier ministre, puis descendirent à 15% sous Ralph Klein, et se tiennent maintenant à un « niveau historiquement bas » de 3,6%.

En plus de la défaite sur la question des redevances pétrolières, le NPD a succombé à la pression en augmentant la durée de la période de transition vers le salaire minimum à 15$. Après avoir échoué à soutirer plus d’argent du secteur pétrolier, le déficit du budget albertain s’élève désormais à 5,4 milliards de dollars cette année, et s'élevera à plus 10 milliards l’année prochaine, sans espoir d’atteindre l’équilibre budgétaire durant la présente décennie. La négociation des conventions collectives dans le secteur public est en train de commencer, et les grands médias privés réclament un bain de sang. Une question demeure : qui payera? Est-ce que le NPD albertain prendra le côté des travailleur-euses ou fera-t-il le sale boulot des barons du pétrole? Et dans le cas d’une trahison comme celle de Darrell Dexter en Nouvelle-Écosse, ou de Bob Rae en Ontario, les syndicats et les membres de la base se révolteront-ils contre le leadership du NPD? Tout ce que nous pouvons prédire, c’est que les développements ne seront pas paisibles.

Construisons les forces révolutionnaires!

Le Canada est entré dans une nouvelle phase contradictoire de la lutte des classes. D’un côté, il y a des milliers et des milliers de jeunes qui sont radicalisés individuellement par la crise et les événements mondiaux. De l’autre côté, il y a beaucoup d’illusions dans les libéraux, ainsi que l’absence d’un leadership ou d’un point focal par lequel la radicalisation pourrait s’exprimer. Il semble probable que les processus principaux vont se dérouler sous la surface pendant la prochaine ou les deux ou trois prochaines années. Cela n’exclut évidemment pas la possibilité d’explosions spontanées, ou de mouvements d’opposition, et les révolutionnaires doivent être préparés à se tourner vers de nouvelles formations si et quand elles surgiront.

Toutefois, nous sommes entrés dans une période de préparation pour les mouvements de masse qui surgiront éventuellement. La jeunesse n’a jamais été aussi ouverte à l’appel révolutionnaire depuis les années 1970, et peut-être même depuis les années 1930. Les forces du marxisme authentique au Canada, organisées autour de la Tendance marxiste internationale, n’ont jamais grandi aussi rapidement. Cela n’est pas accidentel. Le marxisme est sur la voie de devenir un point de référence pour les éléments les plus avancés, comme nous l’avons vu avec le succès retentissant de l’École marxiste d’hiver à Montréal.

La tâche à laquelle nous faisons face consiste à rejoindre la jeunesse radicalisée, et les meilleurs travailleur-euses, et de les former aux idées du marxisme révolutionnaire. Le mouvement de masse va venir, mais cela fait une énorme différence si les révolutionnaires approchent un tel mouvement avec 100, 200, 500 ou 1000 militant-es. Avec 100 militant-es, nous pouvons écrire d’excellentes analyses et éduquer les éléments les plus avancés. Avec 1000 militant-es, nous pouvons faire la différence entre la défaite et la victoire, et commencer à faire du socialisme révolutionnaire une option viable pour la classe ouvrière.

Même si un mouvement de gauche radicale modelé sur celui de Corbyn ou de Sanders surgissait, cela ne serait pas la fin de l’histoire. Leur phraséologie anti-austérité a incroyablement connecté avec la jeunesse radicalisée, mais si l’on regarde attentivement leur programme, ils ne fournissent pas de plan bien élaboré pour remplacer le capitalisme. En dernière analyse, l’austérité est la conclusion logique de la propriété privée des moyens de production, et la seule façon de mettre un terme à l’austérité est d’implanter une société socialiste. SYRIZA nous a montré les limites du réformisme radical au pouvoir, et les mouvements comme ceux de Sanders, Corbyn et Podemos, vont inévitablement devoir faire face à des dilemmes similaires. C’est seulement par l’expropriation du 1% et en plaçant les forces productives sous le contrôle démocratique des travailleur-euses que nous pourrons être en mesure de mettre un terme à la crise de la société. Les jeunes et les travailleur-euses politisés par de tels mouvements peuvent être gagnés à cette position grâce à une approche patiente, amicale et positive de la part des marxistes.

De plus en plus de gens sont à la recherche d’une explication marxiste à la crise du capitalisme. Progressivement, la dure réalité de l’austérité et l’échec des solutions réformistes modérées vont faire partir en fumée les illusions présentes dans la classe ouvrière. Nous devons mettre à profit ce temps pour nous préparer à cette éventualité, qui viendra plus tôt que nous le pensons. La question se pose franchement : « Qui payera !?! ». Les réformistes ne peuvent pas répondre à cette question, et finissent par prendre le parti de la classe capitaliste. Les possibilités pour la croissance, l’éducation et le développement de la tendance révolutionnaire n’ont jamais été aussi favorables. Pour citer Lénine, « qui possède la jeunesse possède l'avenir! »