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L’opposition vénézuélienne, soutenue par Washington et Madrid, a lancé une offensive de la dernière chance pour empêcher la tenue des élections de l’Assemblée Constituante, dimanche 30 juillet. Nous nous opposons fermement à cette tentative réactionnaire, qui ne peut être battue que par des moyens révolutionnaires.

La première salve de l’offensive a été tirée par le président des Etats-Unis, Donald Trump, qui a promis, dans une déclaration officielle, de mettre en œuvre des sanctions économiques « fortes et rapides » contre le Venezuela si le processus d’élection de l’Assemblée Constituante se poursuivait. Il y a de nombreuses discussions dans les pages de la presse économique américaine sur la signification de cette menace.

Si les Etats-Unis imposaient des sanctions à la compagnie pétrolière vénézuélienne PVDSA, cela couperait la principale source de devises étrangères du gouvernement. Si PVDSA vend du pétrole à de nombreux pays, la plupart de ses ventes sont destinées à la Chine et à la Russie, en remboursement de prêts déjà accordés ; les Etats-Unis sont quant à eux son premier client au comptant. L’arrêt des importations de pétrole vénézuélien aurait un effet sur le marché américain : même si les Etats-Unis peuvent toujours avoir recours à leurs réserves stratégiques, toute rupture d’approvisionnement par le Venezuela compliquerait le travail des raffineries américaines, qui sont paramétrées pour utiliser du pétrole vénézuélien extra lourd. Cette rupture pourrait mener à une augmentation temporaire du prix du pétrole aux Etats-Unis, phénomène qu’aucun président américain ne souhaite affronter.

Il est plus probable que les sanctions s’inscrivent dans la continuité de la politique actuelle des Etats-Unis (introduite par Obama) : des mesures ciblées contre les hauts responsables vénézuéliens. On ne peut cependant pas exclure des sanctions économiques plus graves, à une période où la politique étrangère des Etats-Unis en Amérique latine semble conduite par les chiens fous gusanos [terme utilisé par Fidel Castro pour décrire les réactionnaires, NDT] de Miami et leurs représentants au sein du parti Républicain.

D’une façon ou d’une autre, la déclaration de Trump est une menace sérieuse et constitue une agression impérialiste inacceptable.

Aujourd’hui, un éditorial du journal espagnol El Pais, la voix espagnole des multinationales possédant des intérêts majeurs en Amérique latine, a dénoncé l’« assaut contre la démocratie » de la part de Maduro, et appelle la « communauté internationale » à faire un effort pour « arrêter ce coup institutionnel ». En matière de coup d’Etat, El Pais et le parti espagnol au pouvoir, le Parti Populaire, s’y connaissent : ils ont soutenu celui de 2002, qui fut de courte durée, contre le président Hugo Chavez. El Pais poursuit en demandant à l’Espagne d’« unir l’Europe, l’Amérique latine et les Etats-Unis » pour « envoyer au régime chaviste un message clair sur les conséquences de la destruction finale du système démocratique vénézuélien » ; « Maduro et ses collaborateurs doivent savoir que leurs actes ne resteront pas impunis ». Voilà les mots incroyables de l’intervention impérialiste au Venezuela, prononcés par ceux qui sont restés constants dans leur défense des intérêts des multinationales et de l’oligarchie vénézuélienne.

L’étape actuelle de l’offensive réactionnaire (qui dure maintenant depuis trois mois) a commencé avec une soi-disant « consultation » le 16 juillet, au cours de laquelle l’opposition « démocratique » demandait au peuple s’il rejetait l’Assemblée Constituante et refusait de reconnaître sa légitimité, s’il souhaitait l’intervention de l’armée, et s’il approuvait la formation d’un gouvernement parallèle d’« unité nationale ». C’était une tentative de légitimer leurs appels au coup d’Etat et le blocage des élections de l’Assemblée Constituante.

Comme nous l’avons expliqué ailleurs, la « consultation » a provoqué une mobilisation assez considérable dans les rangs de l’opposition (qui se trouve concentrée dans les couches moyennes et supérieures de la population), mais elle a aussi été accompagnée d’une mobilisation significative de la base chaviste – un avertissement pour l’élection de l’Assemblée constituante. Le taux de participation donné par l’opposition est très clairement exagéré, mais cela ne l’empêche pas de poursuivre ses plans.

Jeudi 20 juillet, l’opposition a appelé à une « grève civique », qui n’a été suivie par aucun secteur. Toutes les compagnies d’Etat ont fonctionné normalement, tout comme la majorité du secteur privé. On a assisté à la fermeture de commerces et de centres commerciaux, à une paralysie des transports privés, ainsi qu’à une vaste campagne de barricades et de blocages de route. Il existe de nombreux exemples de travailleurs arrivant sur leur lieu de travail et se trouvant bloqués dehors par leurs employeurs. A Barcelona, capitale de l’état d’Anzoátegui, les travailleurs de l’usine Macusa (qui produit les sièges en cuir de l’industrie automobile) se sont vus demander de prendre un jour de congé payé, ce qu’ils ont refusé. Il n’existe pas un seul rapport d’une assemblée sur un lieu de travail où les travailleurs auraient décidé de participer à la grève.

La violence de l’opposition a atteint un nouveau sommet le même jour. Des groupes d’émeutiers armés de cocktails Molotov et de lance-roquettes artisanaux ont assiégé et tenté de mettre le feu au bâtiment de la chaîne TV publique, VTV, à Los Ruices (Caracas). Au moins un des attaquants a été photographié portant un fusil d’assaut. Ils ont finalement été repoussés grâce à l’action commune des travailleurs de VTV et de la Garde Nationale, qui sont sortis en criant des slogans révolutionnaires : « Chavez no murió, se multiplicó » (Chavez n’est pas mort, il s’est multiplié). A Cabudare (Lara), les travailleurs de l’usine de traitement de lait Lacteos Los Andes (nationalisée sous Chavez), ont également dû repousser des attaques similaires par des groupes violents de l’opposition. Ces exemples sont très importants en ce qu’ils montrent le début d’une réaction de la classe ouvrière.

Les émeutes et les blocages routiers ont été plus intenses dans les municipalités gouvernées par des maires de droite, comme à Baruta ou Barinas, où la police municipale a collaboré et protégé les émeutiers. Encore une fois, les manifestations étaient concentrées dans les zones des classes moyennes et supérieures des principales villes, avec aucun (ou un faible) soutien des travailleurs et des pauvres.

L’opposition a également augmenté l’intensité de ses contestations institutionnelles, en faisant nommer par l’Assemblée Nationale de nouveaux juges à la Cour Suprême. C’est une tentative évidente de créer une situation de double pouvoir au sein des institutions d’Etat. Néanmoins, elle n’a pas été jusqu’à nommer un nouveau gouvernement, chose qu’elle avait prévue. Ceci reflète certainement des divergences au sein de l'opposition, entre les vieux partis de la classe dirigeante (principalement Action Democratique) et les nouveaux dirigeants, plus à droite (comme María Corina Machado, Freddy Guevara, Juan Requesens, etc.). María Corina Machado a ainsi expliqué dans une interview que son parti rejetait le « pacte de gouvernabilité » annoncé par la MUD (table ronde d’unité démocratique). De son côté, Freddy Guevara a soutenu publiquement « Résistance », un petit groupe d’émeutiers armés qui ont été en première ligne des affrontements avec la police ainsi qu’à l’origine des actes terroristes des trois derniers mois.

Pour cette semaine, l’opposition a appelé à deux jours de « grève générale », mercredi et jeudi [26 et 27 juillet]. En réalité, cela signifie des lock-out patronaux dans certaines entreprises, ainsi que des barrages routiers et des barricades, dans une tentative de paralysie du pays. Plusieurs dirigeants de l’opposition ont incité publiquement la population à constituer des réserves de nourriture et de produits de base pour toute la semaine, et à rester chez elle.

Un des principaux opposants, Henrique Capriles, a publié un appel à « prendre Caracas » vendredi 28, à la suite des « 48h de grève nationale », et a même insinué qu’il n’excluait pas de « marcher sur le palais de Miraflores », nous rappelant de sinistre mémoire le coup d’Etat d’avril 2002, provoqué par une marche de l’opposition sur le palais présidentiel.

L’opposition appelle ses partisans à converger vers leurs centres électoraux locaux samedi 29 et à les bloquer, afin d’empêcher physiquement les élections de dimanche. « D’autres mesures » seront annoncées pour dimanche, selon les promesses des dirigeants de l’opposition.

Le Conseil Electoral National a déjà pris des dispositions pour permettre aux habitants de 74 des 1141 circonscriptions du pays, où les violences se sont concentrées, de voter dans d’autres bureaux de vote que les leurs.

Cette semaine sera donc décisive dans l’offensive insurrectionnelle de l’opposition et de l’impérialisme.

En même temps, il y a de nombreux bruits de fond autour de négociations. L’ancien dirigeant espagnol, Zapatero, serait arrivé à Caracas. Il avait participé aux négociations, ratées, entre le gouvernement et l’opposition à la fin de l’année dernière, et a joué un rôle dans la libération du dirigeant de l’opposition et fomenteur de coup d’Etat, Leopoldo Lopez, sorti de prison pour être placé en résidence surveillée il y a deux semaines. Le président Maduro a réitéré un appel au dialogue avec l’opposition dans son émission TV de dimanche. Certains dirigeants de la branche « modérée » de l’opposition ont également utilisé avec précaution le mot « négociations » dans leurs déclarations. Dans un article de El Nacional (la principale voix de l’opposition), un dirigeant d’Avanzada Progresista (le parti de Henri Falcon, gouverneur de Lara) a appelé à des négociations impliquant des concessions des deux côtés.

C’est la voix de ceux de la classe dirigeante qui reconnaissent que même si le chavisme a perdu beaucoup de soutien, ils n’ont été capables ni de conquérir les masses des travailleurs et des pauvres, ni de créer une véritable scission au sein de l’armée. Ils redoutent également le déclenchement d’une guerre civile, qui ne serait pas dans l’intérêt de la classe dirigeante. Mais ces franges rentrent en conflit avec la nouvelle fournée de leaders de l’opposition, qui s’appuient eux-mêmes sur les masses petites-bourgeoises hystériques, et comptent sur les groupes violents de « Resistance ». Les deux fractions ont le même but, leur divergence est une histoire de tactique.

Si la MUD arrivait au pouvoir, avec le soutien de l’impérialisme, ce serait un immense recul pour la révolution Bolivarienne ; cela menacerait toutes ses conquêtes. L’oligarchie lancerait un assaut total contre les travailleurs. Elle introduirait des mesures d’austérité brutales, faisant payer cher aux travailleurs le prix de la crise du capitalisme : coupes dans l’éducation et la santé, dans les retraites, dans les logements sociaux, licenciements massifs dans le secteur public, privatisation des entreprises d’Etat, retour des terres aux anciens propriétaires expropriés, etc. Cela déchaînerait également une campagne de répression et des purges politiques contre les activistes révolutionnaires et leurs organisations.

Face à cette situation, nous ne pouvons rester neutres. Il est absolument scandaleux que des organisations comme le mal nommé « Parti du socialisme et de la liberté » d’Orlando Chirino se joignent à l’offensive de l’opposition, appelant la population à participer à sa « consultation » et soutenant publiquement sa « grève civique ». Ils ont rejoint le camp de la classe capitaliste.

Nous nous opposons de manière implacable à l’offensive de l’opposition, qui défend les intérêts des capitalistes, des banquiers, et des propriétaires terriens, avec le soutien complet de l’impérialisme américain (et espagnol). Ceci est une lutte de classes, qui ne peut être menée qu’avec les méthodes de la lutte des classes. Face à des assauts armés contre les entreprises d’Etat, les travailleurs devraient former des Brigades de Défense Populaire (BDP), des organisations armées d’auto-défense, comme celles que les organisations de paysans ont déjà mises en place à Zulia, Barinas et Apure.  La semaine dernière, une caravane des BDP a marché de Santa Barbara de Barinas à Socopó, dans une démonstration de force, et a appelé les populations à imiter cet exemple. Il est temps d’activer l’armée de réserve dans laquelle sont inscrits de nombreux travailleurs.

Dans le même temps, la soi-disant « grève générale de 48h » qui est en réalité un lock-out patronal ne peut être efficacement combattue que par des assemblées de masse sur les lieux de travail, des occupations d’usines, et la menace de l’expropriation. Tout capitaliste impliqué dans l’offensive contre-révolutionnaire doit être exproprié et ses biens placés sous contrôle des travailleurs. Comme les Vénézuéliens le disent : « la culebra se mata por la cabeza » (le serpent se tue par la tête) et il se trouve que la campagne réactionnaire est bien financée par les grands capitalistes et les propriétaires.

L’opposition veut empêcher l’élection de l’Assemblée Constituante ; il faut donc assurer une participation maximale. Néanmoins, l’idée que l’Assemblée Constituante « protègera la révolution des balles » et garantira « la paix et le dialogue », comme le gouvernement l’affirme, témoigne d’une grande naïveté ou d’une grande bêtise. La contre-révolution doit être combattue par des moyens révolutionnaires. Seuls ces moyens révolutionnaires permettront de commencer à résoudre les problèmes économiques qui affectent des millions de familles de travailleurs. L’esprit révolutionnaire des masses ne pourra être ranimé qu’en lâchant la bride à leur initiative révolutionnaire.

Seul le peuple sauve le peuple !
Pas touche au Venezuela !
Exproprions les putschistes !
Usines fermées, usines occupées !
A bas l’offensive réactionnaire et impérialiste !
Défendons la révolution bolivarienne !