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loi spéciale constructionAprès seulement cinq jours, le gouvernement du Québec a voté une loi qui met fin à la grève des travailleur-euses de la construction. C’est la deuxième fois en seulement quatre ans que le gouvernement retire le droit de grève aux 175 000 travailleur-euses de la construction dans la province. En cette époque de crise du capitalisme, ce type d’attaque draconienne contre les droits syndicaux est devenu la norme lors des conflits de travail au Québec.

Dès le tout début de la grève, les libéraux ont menacé les travailleurs avec leur loi de retour au travail. Les patrons du secteur de la construction, qui savaient très bien qu’ils pouvaient compter sur l’aide des libéraux, n’ont montré aucun intérêt réel à négocier. Et pourquoi l’auraient-ils fait? Les dirigeants syndicaux ont dénoncé l’Association de la construction du Québec pour avoir négocié de mauvaise foi. Celle-ci a volontairement tenté de faire avorter les négociations parce qu’elle savait très bien que le gouvernement n’aurait simplement qu’à légiférer pour mettre fin au conflit de travail.

Les négociations rompues et se retrouvant sans autre option, l’Alliance syndicale qui représente les travailleur-euses a appelé à une manifestation lundi dernier devant le Parlement à Québec. Des milliers de travailleur-euses de la construction en colère sont arrivés par autobus des quatre coins de la province pour dénoncer le gouvernement au moment précis où les députés débattaient en chambre du texte de loi de retour au travail. La vive colère de classe était palpable. Ceci pouvait se percevoir clairement sur les affiches que tenaient les travailleur-euses : « Le patron vole de ma poche », « Ma famille vaut plus que vos profits », « C’est une lutte de classe » et « Fuck votre loi de retour au travail » n’en sont que quelques exemples.

L’ambiance combative se percevait clairement vers la fin de la manifestation, alors qu’une large section du mouvement a approché une ligne de policiers anti-émeute qui avait encerclé l’édifice du Parlement. Les travailleur-euses ont lancé des projectiles en direction des policiers et leur ont crié des insultes; certains travailleur-euses les ont même surnommés « la garde prétorienne de Couillard ». Cette situation a duré environ une heure et un affrontement plus violent a seulement été évité par l’intervention de Michel Trépanier. Le porte-parole de l’Alliance syndicale a été invité par les policiers à s’adresser aux travailleur-euses en utilisant le mégaphone de l’escouade anti-émeute. Il a remercié les travailleur-euses pour leur participation, mais leur a dit : «Il ne faut pas qu’il y ait de grabuge.»

Visiblement effrayé par ce rassemblement de travailleur-euses en colère, le gouvernement a repoussé l’entrée en vigueur de la loi de retour au travail. Le projet de loi 142 a plutôt été adopté le jour suivant et est entré en vigueur mercredi. Ceci met un terme à la grève et instaure une période de médiation de cinq mois. Pour ajouter l’insulte à l’injure, la loi impose une augmentation des salaires de 1,8%, ce qui est moins que la dernière offre patronale de 1,9%. Les dirigeants syndicaux ont demandé à leurs membres de respecter la loi, mais ils ne sont pas certains que ceux-ci suivront les ordres. Michel Trépanier disait à la CBC : « J’espère que tout ira bien, mais mon opinion… Je n’aime pas la situation actuellement, car les gens sont furieux, très furieux, donc on verra. »

Le piège de la légalité bourgeoise

Les travailleur-euses de la construction québécois-es ont une fière tradition militante. Ils détiennent également un immense pouvoir économique, parce qu’un travailleur-euse sur 20 dans la province travaille dans l’industrie de la construction, et qu’il en coûte 45 millions de dollars à la province par jour lorsqu’ils entrent en grève. En 2013, la grève de la construction de dix jours s’est soldée par une diminution du PIB du Québec de 1,1%! Ce pouvoir doit être pleinement exploité et les dirigeants syndicaux doivent être prêts à amener le mouvement aussi loin qu’il est nécessaire pour gagner.

Bien qu’il existe clairement un esprit combatif chez les membres de la base, les dirigeants syndicaux freinent les travailleur-euses en soutenant que la loi doit être respectée. Comme nous l’avons mentionné, l’adoption d’une loi de retour au travail n’est pas un phénomène nouveau au Québec. Le gouvernement le fait chaque fois qu’une partie importante des travailleur-euses entre en grève. Les négociations sont comme une partie de poker, mais les patrons savent à l’avance que les dirigeants syndicaux se plieront devant leur bluff. Ils savent que les dirigeants syndicaux accepteront la loi, et n’ont donc aucune raison de faire des concessions lors des négociations. Si les dirigeants syndicaux ne sont pas prêts à défier la loi de retour au travail, le mouvement est perdant dès le départ.

De plus, soulignons que le mouvement a été organisé de manière très isolée et que les dirigeants syndicaux n’ont pratiquement fait aucune tentative pour construire un mouvement plus étendu contre le gouvernement et appeler à la solidarité des autres syndicats et d’autres secteurs de la société. En fait, lorsque nos militants ont contacté la CSD-Construction pour savoir s’il était possible de faire le trajet dans l’autobus des syndiqués pour aller à la manifestation de lundi à Québec, on nous a répondu que notre solidarité « serait inappropriée », puisqu’il ne s’agit pas d’un mouvement politique. Cette anecdote reflète la vision étroite de la bureaucratie syndicale qui ne veut pas que les choses échappent à son contrôle.   

Bien que les patrons et le gouvernement ont réussi à mettre fin à la grève à l’heure actuelle, la colère et la frustration des travailleur-euses ne se sont toutefois pas dissipées. Ce qu’il faut pour vaincre les lois anti-démocratiques, c’est la volonté au sein des syndicats de défier les lois injustes et de rejoindre les autres syndicats afin de construire un mouvement social plus vaste.

Ultimement, la loi n’est qu’un bout de papier qui ne peut pas être appliqué si elle est défiée massivement. C’est l’une des leçons importantes de la grève étudiante de 2012. Lorsque le gouvernement a adopté l’anti-démocratique « loi 78 », le refus de l’ASSÉ d’accepter la loi a créé une explosion sociale et a rendu la loi pratiquement inapplicable.

Il faut défier les lois spéciales!

Les dirigeants syndicaux ne doivent pas freiner le militantisme des membres!