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21706174 10154680237091695 698661007 oNous avons récemment assisté à une augmentation du nombre de personnes traversant la frontière canado-américaine pour demander asile au Canada. Au cours des six premiers mois de l’année, 6 500 demandeurs d’asile ont traversé la frontière entre l’État de New York et le Québec. Depuis lors, le rythme s’est accéléré, avec plus de 7 000 personnes arrivées depuis le 1er juillet. Les nationalistes de droite au Québec et les conservateurs au Canada anglais se sont servis de cette question de manière dégoûtante pour semer la peur et la division, affirmant que la frontière est une « passoire » et que « nous n’avons pas à payer » pour l’afflux de réfugiés. Ces mêmes gens continuent pourtant de façon hypocrite à soutenir les subventions aux grandes entreprises et les coupes dans les services publics tout en affirmant qu’il n’y a pas d’argent pour aider les réfugiés fuyant le démagogue raciste au sud de la frontière. Ils ferment aussi les yeux sur le rôle qu’a joué l’impérialisme canadien dans la déstabilisation d’Haïti.

L’immense majorité des gens qui traversent actuellement la frontière sont des Haïtiens qui avaient trouvé asile aux États-Unis après l’horrible tremblement de terre de 2010 qui avait enlevé la vie à des centaines de milliers de personnes. Nombre d’entre eux ont été motivés par les politiques anti-immigration de Donald Trump et la posture en apparence plus ouverte du premier ministre du Canada, Justin Trudeau. La pression s’est accentuée en mai dernier lorsque l’administration Trump a annoncé que le statut de protection temporaire pour les demandeurs d’asile haïtiens, qui avait été mis en place par l’ancien président Barack Obama, allait prendre fin en janvier 2018 pour les quelque 58 000 Haïtiens qui en bénéficient. De plus, le gouvernement américain a récemment révélé qu’il allait revoir le statut de protection temporaire de 320 000 personnes provenant du Salvador, d’Haïti, du Honduras et de la Syrie.

Les attaques contre les immigrants se poursuivent

Les demandeurs d’asile ont été forcés de quitter leur pays à cause de la guerre, du terrorisme, de l’impérialisme et des catastrophes naturelles. Ils fuient maintenant les politiques anti-immigration racistes de Donald Trump et sont l’objet de discours racistes voilés sous un vernis de respectabilité devenus si fréquents. Plutôt que d’accueillir et de soutenir ces familles pauvres qui fuient Donald Trump, les partis nationalistes comme le Parti québécois et la CAQ jouent les alarmistes et utilisent la question de l’identité québécoise à des fins opportunistes. Le chef conservateur Andrew Scheer utilise des arguments alarmistes semblables au Canada anglais.

En août, le chef de la CAQ, François Legault, affirmait que « les ressources sont limitées, tout comme notre capacité d’intégrer les immigrants à la majorité francophone. » Une fois de plus, Legault et Jean-François Lisée, du PQ, se font la compétition, chacun s’attaquant aux demandeurs d’asile avec l’objectif de supposément protéger l’identité québécoise et la langue française. Lisée a profité de l’occasion pour dire qu’un Québec indépendant aurait un contrôle frontalier plus strict, affirmant qu’« un Québec indépendant ferait respecter sa frontière » et que le Québec n’avait pas à payer pour « les invités de Justin Trudeau ». Lisée a aussi comparé les mesures d’austérité libérales au coût des demandeurs d’asile, affirmant que « [l]e gouvernement nous dit qu’il est incapable de donner un deuxième bain dans les CHSLD et ça, ça coûte 30 millions. Alors combien ça va coûter, 8, 10, 15 000 demandeurs d’asile qui restent au Québec pendant trois ans ? C’est sûr que c’est plus que 30 millions. »

Mais ces déclarations de Legault et Lisée ne devraient surprendre personne. Il ne s’agit que d’un autre symptôme du tournant « identitaire » qu’a pris le mouvement nationaliste québécois. Depuis quelque temps, le PQ et la CAQ cherchent surtout à se poser en protecteurs de l’identité québécoise, en attaquant les immigrants et les musulmans afin de faire oublier que leur programme économique n’a rien de fondamentalement différent de celui des libéraux tant détestés. À ces fins, ils soulèvent constamment des « dangers » inventés, qu’il s’agisse de celui posé par le burkini ou par de pauvres familles haïtiennes fuyant un démagogue raciste.

C’est dans le cadre de ce débat toxique que des groupes d’extrême droite comme La Meute, qui affirme avoir des dizaines de milliers de membres, font irruption. Ils ont sauté sur l’occasion pour organiser une manifestation contre les demandeurs d’asile le 20 août dernier à Québec, ce qui a entraîné des confrontations entre les contre-manifestants antifascistes et la police qui protégeait La Meute.

Comme d’habitude, le Journal de Montréal a mené la charge médiatique contre les demandeurs d’asile, avec les attaques les plus ridicules qui soient. Richard Martineau, chroniqueur régulier du JdeM, a publié un article le 12 août dernier intitulé « Un “Merci” serait apprécié », où il utilise l’exemple de quelqu’un qui accepterait que son voisin vienne trouver refuge dans sa maison après un incendie. Il dit que la plupart des gens accepteraient de l’accueillir pendant quelque temps. Puis, il pose la question : « Mais s’il voulait s’installer chez vous juste parce qu’il trouvait votre maison plus belle que la sienne, l’accueilleriez-vous? »

Voilà comment les idéologues de droite comme Martineau attisent les flammes de la haine contre les immigrants et les réfugiés chez une section de la population. Mais il s’agit d’une fausse analogie. Les impérialistes américain et canadien ont joué un rôle clé pour faire d’Haïti ce qu’il est aujourd’hui. Une analogie beaucoup plus juste serait celle-ci : « Si vous et vos amis saccagiez la maison de vos voisins à répétition, volant leurs biens et laissant l’endroit dans un bordel complet, ne seriez-vous pas les pires des hypocrites de refuser de les aider après qu’ils aient réalisé qu’ils ne pourraient plus y vivre? » Voilà qui est beaucoup plus près de la réalité des relations entre Haïti, le Canada et les autres puissances impérialistes. Avec son style incendiaire habituel et comme le laisse entendre son titre, Martineau termine son article en affirmant sans aucune preuve que les Haïtiens ne sont pas reconnaissants pour l’aide qu’ils reçoivent au Canada - une aide que Martineau ne voulait pas leur donner en premier lieu!

Mais ce genre d’argument ne se limite pas au Québec. Le chef conservateur Andrew Scheer a récemment attaqué Trudeau pour n’avoir « rien fait pour stopper l’afflux de passages illégaux à la frontière ». Il a ensuite utilisé un argument identique à celui des nationalistes de droite québécois en affirmant que les Canadiens « sont fâchés que des gens tentent de profiter de notre généreux système ». Il a continué en disant que « sous l’égide de Trudeau, des milliers de personnes sont rentrées, encouragées par son commentaire irresponsable selon lequel “tout le monde est le bienvenu”, alors qu’il sait que ce n’est pas vrai. »

L’hypocrite Trudeau

Confrontés à ces arguments dégoûtants des nationalistes de droite au Québec et des conservateurs fédéraux, beaucoup de Canadiens se réjouissent d’avoir le « progressiste » Trudeau aux commandes. Par exemple, en janvier dernier, après que Trump eut placé une interdiction d’entrée de quatre mois pour les réfugiés de quelques pays, Trudeau avait tweeté « À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera [...]. » Mais lorsque nous regardons sous la surface de cette déclaration opportuniste, on voit que Trudeau ne fait que continuer le jeu hypocrite qui a fait la marque des libéraux. Bien que Trudeau ne manque pas une occasion de se donner une image « progressiste », lorsque vient le temps d’agir, nous pouvons voir ses vraies couleurs.

Maintenant que nous avons des milliers de personnes qui fuient Trump en direction du Canada, Trudeau a changé de ton. Dans un geste typique des politiques identitaires libérales, Trudeau a utilisé le député libéral haïtien Emmanuel Dubourg, qui a été envoyé à Miami pour « contrer la désinformation » ayant mené des milliers d’Haïtiens à fuir pour le Canada. « Il est important de leur dire avant qu'ils ne vendent leurs biens, avant qu'ils ne prennent une décision [de venir au Canada]. Ils doivent être tout à fait conscients de ce qui peut survenir », a affirmé Dubourg. Autrement dit, le gouvernement libéral, s’opposant de manière opportuniste à Trump lorsqu’il dit quelque chose de mal, ne veut pas aider concrètement ceux qui sont affectés par ses politiques.

De façon scandaleuse, les libéraux de Trudeau ont refusé d’annuler la bien mal nommée « Entente sur les tiers pays sûrs entre le Canada et les États-Unis ». En vertu de ce traité, quiconque arrive au Canada en provenance des États-Unis ou de tout autre pays « sûr » est réputé inadmissible au statut de réfugié. Les représentants canadiens renvoient donc ces personnes dans leur pays « sûr », sans se poser la question de savoir s’ils y sont véritablement en sécurité. C’est pourquoi ceux qui fuient Trump ont été forcés de passer la frontière à des lieux sans poste frontalier, risquant des engelures en hiver. Tout ce système est inhumain et irrationnel. Nous disons : aucun être humain n’est illégal.

Le rôle traître de l’impérialisme en Haïti

Tous ces arguments contre les demandeurs d’asile font abstraction de la racine du problème. Oui, Haïti est un pays pauvre. Selon les Nations Unies, Haïti se trouve en 163e place au classement mondial de l’indice de développement humain. Le revenu national brut par habitant est de seulement 1 657$ par année. Au Canada, il est de 42 582$, soit 27 fois plus élevé. Dans ce contexte, bien sûr que les Haïtiens ne veulent pas retourner à Haïti. Mais Haïti n’est pas pauvre par accident; ce sont les machinations impérialistes qui le maintiennent dans la pauvreté.

Les plus récentes machinations de ce genre ont commencé en 2000 lorsque Jean-Bertrand Aristide, prêtre partisan de la théologie de la libération et chef du mouvement Fanmi Lavalas, a gagné les élections présidentielles. Aristide, appuyé par des millions d’Haïtiens pauvres, a alors proposé des réformes qui ont enragé les impérialistes. Il rejetait les politiques « néolibérales » imposées par les impérialistes et demandait 21 milliards de dollars à la France en réparations pour l’argent qu’Haïti avait été forcée de payer à la France pour « pertes de biens » (les esclaves) suite à la révolution des esclaves haïtiens de 1791-1804.

Effrayés par les masses qui appuyaient Aristide, les impérialistes ne pouvaient lui faire confiance et un complot a été mis sur pied afin de le renverser et d’installer un régime plus fidèle aux intérêts impérialistes. La Banque mondiale a immédiatement cessé de verser les centaines de millions de dollars qu’elle envoyait au gouvernement précédent. Une crise profonde a éclaté, le chômage a monté en flèche et les groupes d’extrême droite ont commencé à terroriser les partisans du gouvernement. Les capitalistes et les impérialistes réussirent à déstabiliser complètement Haïti et se servirent de ce prétexte pour justifier une intervention militaire étrangère.

En 2003, le gouvernement libéral canadien a organisé une conférence internationale intitulée « Initiative d’Ottawa sur Haïti » avec la participation de dignitaires américains, français et canadiens. Il s’agissait d’une rencontre secrète (les détails furent divulgués plus tard) lors de laquelle les représentants des trois pays planifièrent le renversement du régime d’Aristide et son remplacement par un régime plus proche de leurs intérêts. En effet, le premier ministre canadien de l’époque, Jean Chrétien, a affirmé en avril 2003, suite à l’Initiative d’Ottawa, « que la “communauté internationale” ne devrait pas se réveiller avec Aristide au pouvoir le 1er janvier 2004 pour le bicentenaire d’Haïti. » Une entreprise militaire conjointe fut donc mise sur pied.

Le 29 février 2004, des militaires américains entraient de force dans la résidence du président Aristide et le forçaient à signer une lettre de démission. Des marines américains armés jusqu’aux dents le transportèrent vers l’aéroport, que les forces spéciales canadiennes venaient de sécuriser. Selon Aristide lui-même, « le coup d’État et le kidnapping étaient menés par les États-Unis, la France et le Canada. [Ils] étaient en première ligne avec l’envoi de leurs soldats à Haïti avant le 29 février, ayant leurs soldats soit à l’aéroport ou à ma résidence, autour du palais [présidentiel], ou dans la capitale afin de réussir à me kidnapper et mener le coup d’État. »

Il s’agit seulement du plus récent épisode d’une longue histoire d’ingérence impérialiste en Haïti, et c’est ce qui explique qu’Haïti soit le pays le plus pauvre des Amériques et l’un des plus pauvres au monde. Le rôle du Canada est clair. Même les dommages et le bilan des victimes du tremblement de terre de 2010 ont été énormément exacerbés par le fait que l’impérialisme avait laissé les infrastructures haïtiennes dans un état lamentable. Alors que cette vague de catastrophes naturelles n’a fait que quatre morts à Cuba, le bilan des victimes à Haïti a dépassé les 300 000 personnes. Cuba, qui n’est pas l’esclave de l’impérialisme et du capitalisme, a pu grâce à son économie planifiée orienter les ressources du pays vers l’aide à la population afin de minimiser le nombre de victimes, tandis qu’Haïti, soumis à l’impérialisme, a été impuissant devant le tremblement de terre.

Les politiciens et commentateurs de droite comme Martineau sont donc des hypocrites. Leurs arguments reviennent essentiellement à dire : « Ce n’est pas à nous de payer pour eux! » et « Ils devraient retourner dans leur pays! » Quand on sait que le Canada a participé directement au coup d’État qui a plongé le pays dans le chaos et le désordre, de tels propos sont d’une hypocrisie ignoble.

Bienvenue aux réfugiés! Personne n’est illégal! Les patrons doivent payer!

Tout ce débat nous montre le caractère complètement pourri de la politique au Québec. Tandis que les libéraux iraient jusqu’à déplacer des montagnes pour leurs amis de l’élite des grandes entreprises, le PQ et la CAQ dirigent leurs critiques vers les plus vulnérables de notre société. Lorsque les politiciens et les commentateurs de droite affirment que « nous n’avons pas à payer » pour les demandeurs d’asile, ce qu’ils sont en train de dire, c’est que les capitalistes ne veulent pas sacrifier leurs immenses profits pour aider ces pauvres personnes fuyant les désastres environnementaux, la pauvreté et les politiciens racistes et démagogiques. Le Canada et le Québec sont parmi les endroits les plus riches du monde. Ces énormes profits et la position privilégiée dont le capitalisme canadien et québécois profite sur le marché mondial sont en partie dus au rôle qu’ils ont joué dans le pillage de pays du « tiers monde » comme Haïti, les utilisant comme source de main-d’oeuvre bon marché et de ressources.

L’image qu’on tente de donner aux réfugiés est celle de simples profiteurs qui ne contribueront en rien à la société et qui prendront une part de ce qui revient aux travailleurs et travailleuses québécois et canadiens. Rien n’est plus faux. L’expérience de l’immigration au Canada nous montre que l’écrasante majorité des immigrants veulent travailler et devenir des membres productifs de la société. Plutôt que de mettre en cause de pauvres gens qui fuient la persécution, nous devrions nous demander : pourquoi les capitalistes québécois et canadiens ne sont-ils pas prêts à être productifs et à offrir des emplois? Pourquoi des entreprises comme Bombardier ont-elles congédié des milliers de personnes après avoir reçu 1,3 milliard de dollars du gouvernement? Les politiciens qui crient à l’injustice en disant qu’il n’y a pas suffisamment d’argent pour les immigrants tendent à être les mêmes qui ne bronchent pas d’un cil lorsque des sommes d’argent massives sont données à leurs amis des grandes entreprises pour les garder à flot. On ne tient pas compte ici non plus de l’énorme surplus budgétaire de 4,5 milliards de dollars que les libéraux québécois ont récemment dégagé. Il est faux de dire que nous devrions choisir entre prendre soin de « nos » aînés et prendre soin des demandeurs d’asile. Si ces politiciens se préoccupaient réellement des personnes âgées, ils investiraient massivement dans le système de santé et dans les services aux aînés, et prendraient l’argent où il se trouve vraiment, soit dans les poches des patrons et des banquiers.

En vérité, les réfugiés, les immigrants et les demandeurs d’asile de toutes sortes sont diabolisés afin de semer la peur à leur égard chez les travailleurs. Cela permet de mieux diviser la classe ouvrière. En effet, des sondages au Canada anglais et au Québec montrent qu’environ 50 % des gens croient que les demandeurs d’asile devraient être déportés ou qu’on devrait les empêcher d’entrer. Plutôt que de voir les travailleurs s’unir pour lutter contre les patrons qui nous écrasent tous et qui ne veulent pas sacrifier leurs profits pour aider les gens qui fuient Trump, les capitalistes préfèrent voir les travailleurs haïr les pauvres qui cherchent une vie meilleure. De plus, il est très utile pour les capitalistes d’avoir une section de la population que l’on peut justifier de payer cher moins que les autres.

Nous devons rejeter complètement le discours nationaliste (québécois et anglo-canadien) réactionnaire et pointer du doigt les vrais responsables. Oui, il y a des parasites qui ne contribuent presque pas à la société et qui volent leur argent aux travailleurs, mais ce ne sont pas les demandeurs d’asile. Les vrais parasites sont les patrons et les banquiers qui profitent de la misère des travailleurs et travailleuses, au Canada et au Québec, comme ailleurs. Dans un pays si immense et si riche que le Canada, il n’y a aucune raison pour justifier de ne pas accueillir ceux qui fuient la persécution et leur fournir de bons emplois afin qu’ils puissent contribuer à la société. Mais l’immense majorité des richesses de notre société, amassée sur le dos des travailleurs canadiens et québécois et volé des pays comme Haïti, n’est pas en notre possession. Nous devons prendre en main notre destinée en retirant cette richesse des mains des parasites à la tête des grandes entreprises! C’est seulement sous le socialisme, avec la propriété collective des forces productives de la société, que nous pourrons mettre en place un plan de production démocratique permettant d’accueillir les pauvres et les opprimés du monde entier qui fuient les catastrophes naturelles, la guerre et la persécution!

Bienvenue aux réfugiés!

Personne n’est illégal!

Les patrons doivent payer!