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ef731cb1 950f 480f 90fa 6d441e677913 16x9 WEBLe 9 août 2008, Fredy Villanueva mourrait sous les balles d’un policier à Montréal-Nord. Le meurtre du jeune de 18 ans avait déclenché une violente émeute, qui avait mis en lumière la pauvreté, la misère et le racisme qui affectent le quartier. Le policier qui a tué Fredy, Jean-Loup Lapointe, ne fera pas face à la justice pour ses actes. Dix ans après les événements, la police est encore omniprésente, le profilage racial n’a pas diminué et le quartier est encore l’un des plus pauvres de la ville. Aucun des problèmes sociaux ayant mené à l’émeute n’est réglé.

L’émeute de Montréal-Nord de 2008 ne sortait pas de nulle part. Le meurtre insensé de Fredy Villanueva a été la goutte qui a fait déborder le vase dans ce quartier défavorisé et pauvre. Qu’est-ce qui a changé depuis?

Selon le recensement de 2016, le niveau du chômage ne s’est pas vraiment amélioré par rapport à 2006, à 12,4% contre 9% pour Montréal dans son ensemble. En 2006, les ménages de Montréal-Nord gagnaient 11600$ de moins que ceux de toute l’île de Montréal. En 2016, l’écart s’était creusé et s’élevait à 15770$. Dans le quartier, 21,9% de la population de 20 à 29 ans n’a pas de diplôme, contre 9,3% en moyenne à Montréal.

À Montréal-Nord, 30% des familles du quartier sont monoparentales, ce qui constitue le taux le plus élevé de tout Montréal. Aussi, les enfants de 0-5 ans de Montréal-Nord sont plus susceptibles que n’importe où ailleurs de vivre dans une famille à faible revenu. Interrogée par Le Devoir, Bochra Manaï, chercheuse et enseignante en études urbaines, soutenait récemment : « on est face à des gens qui ont parfois de la misère à manger, alors imaginez à quel point ça peut être difficile pour eux de se payer une place en CPE. »

Encore aujourd’hui, Montréal-Nord demeure un des quartiers les plus pauvres de l’île de Montréal. Mais en plus de la pauvreté, la violence policière et le racisme sont encore bien présents.

Selon un rapport du SPVM, en 2006-2007 38% des jeunes Noirs de Montréal-Nord avaient été interpellés au moins une fois, contre 6% des Blancs.

Le rapport Courcy d’octobre 2008 en rajoutait, affirmant que « Les jeunes de ce quartier vivent sous une tension constante, quotidienne. À certains égards, cette tension est refoulée.  [...] Elle voit leur condition face à la police comme une fatalité. Ils seront toujours harcelés par la police en raison de leur misère et de la couleur de leur peau et cela ne leur donne rien de parler de ce qu'ils subissent de la police puisque rien ne va changer. Sauf qu'un jour la marmite explose. »

Dix ans après les faits, le profilage racial est loin d’avoir disparu. En novembre dernier, dans un reportage de Radio-Canada, un jeune témoignait du fait qu’il peut se faire interpeller jusqu’à trois fois par jour par la police « parce que je suis noir, je suis gros, et que je porte une casquette, et que je roule en camion ». Dans un article du Devoir, des jeunes confient se sentir intimidés par « l’omniprésence des agents ».

La violence policière envers les Noirs n’a également pas cessé. Dans un cas datant de 2013, deux jeunes du quartier avaient été violemment interpellés par les policiers, sans aucune raison et alors qu’ils n’avaient aucun antécédent judiciaire. Comme si ce n’était pas assez, ce sont eux qui ont été accusés de menaces et d’intimidation! Ils ont finalement été acquittés en 2017, et avaient alors dénoncé le profilage racial dont ils ont été victimes.

Un autre exemple de violence policière est la mort de Bony Jean-Pierre le 4 avril 2016. Lors d’une intervention policière démesurément violente et musclée, Jean-Pierre, un Noir de 46 ans avait été atteint à la tête par une balle de plastique. Deux jours après sa mort, une manifestation avait aussi tourné à l’émeute dans le quartier.

Les jeunes et les habitants du quartier en ont plus qu’assez du racisme et de la brutalité policière. Le cocktail de pauvreté, de racisme et de répression policière qui avait mené à l’émeute de 2008 est encore bien présent, ce qui signifie que d’autres explosions pourraient survenir.

L’une des revendications des militants et des proches de Fredy était d’avoir une murale ou une stèle lui rendant hommage. Cette modeste revendication a cependant été rejetée. À la place, une « Place de l’Espoir » sera créée dans le parc Henri-Bourassa, mais sans mention de Fredy. Pour Ricardo Lamour, membre du Comité de soutien à la famille Villanueva, il s’agit d’une « insulte », une « démarche qui viendra étouffer la mémoire de Fredy ». Sans surprise, la Fraternité des policiers s’oppose férocement à l’idée d’un quelconque hommage à Fredy.

Pour justifier le refus d’avoir un mémorial en l’honneur de Fredy, la mairesse de Montréal-Nord affirme que cela créerait plus de conflits que d’entente et que c’était un enjeu très « polarisant ». Il y a un fond de vérité à cela. La figure de Fredy est polarisante parce que notre société est de plus en plus polarisée : entre ceux qui possèdent tout et ceux qui n’ont rien, entre capitalistes d’un côté et travailleurs, pauvres et chômeurs de l’autre, entre ceux qui défendent violemment le statu quo de l’oppression et de l’exploitation et ceux qui en sont les victimes.

L’image de Fredy est devenue un symbole de la lutte contre le racisme et la brutalité policière. Mais comment pouvons-nous réellement obtenir justice? Nous vivons dans un système incapable d’offrir des emplois, des logements décents, une éducation accessible, etc. pour tout le monde. À leur place, nous avons le chômage, l’austérité, la diminution des conditions de vie, et la protection de ce statu quo par la violence policière. Ces horreurs sont le résultat du système capitaliste lui-même. L’État capitaliste et ses représentants favorisent constamment l’utilisation de la répression policière pour maintenir les pauvres et les opprimés dans la soumission, plutôt que de s’attaquer aux racines des problèmes.

Nous pouvons changer ce statu quo de misère et d’oppression. La lutte contre le racisme, la brutalité policière et la pauvreté doit être liée à la lutte contre le capitalisme, ce système qui se nourrit de l’oppression sous toutes ses formes. C’est le meilleur hommage que nous puissions rendre à Fredy.

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