Manifestation à Montréal en novembre 2018. Crédit : Robert Skinner

Feux de forêt, canicules, sécheresses, inondations : il est pratiquement impossible d’ignorer les changements climatiques et leurs conséquences graves partout autour du globe. Un sentiment d’urgence gagne une couche toujours grandissante de jeunes et de travailleurs. C’est ce qui a mené aux grèves étudiantes et aux manifestations du 15 mars dernier partout dans le monde, et le mouvement continue de prendre de l’ampleur. Une autre journée de grève mondiale du climat se prépare pour le 27 septembre.

Transition économique : une question de classe

L’ampleur de la crise environnementale amène une nouvelle génération de militants à lutter pour un changement global de la société. C’est dans cette perspective qu’est notamment devenu populaire le projet du « Green New Deal » de la représentante démocrate au Congrès américain Alexandria Ocasio-Cortez, également membre des Democratic Socialists of America. Ce projet repose sur l’idée générale d’un investissement public dans les énergies vertes tout en assurant la création de bons emplois, afin de résoudre la crise climatique et améliorer les conditions de vie des travailleurs.

Ici aussi, Québec solidaire propose un plan de transition économique semblable au Green New Deal. Ce plan comprend différentes mesures incitatives et contraignantes pour rendre l’économie du Québec plus respectueuse de l’environnement. La transition que propose QS prévoit la création de 110 000 emplois verts lors d’un premier mandat, et un total de 300 000 d’ici 2030. Il est dit explicitement que le plan doit « faire en sorte que les travailleurs et travailleuses des secteurs délaissés par cette transition soient réaffectés à d’autres emplois ». C’est là un pas dans la bonne direction, surtout si l’on compare à certains écologistes qui ne font que proposer une transition énergétique sans réfléchir au sort des travailleurs des énergies polluantes.

L’idée d’un « Green New Deal » s’est également propagée jusqu’en Europe, et en particulier jusqu’au Labour Party britannique. Ce parti a subi une énorme transformation depuis que Jeremy Corbyn, un député qui se décrit ouvertement comme un socialiste, a été élu chef en 2015. Un énorme virage à gauche a eu lieu au sein du parti alors que 500 000 personnes, surtout des jeunes, l’ont rejoint, dans l’espoir de renverser l’austérité terrible infligée à la classe ouvrière et aux jeunes depuis des décennies. C’est dans ce contexte de radicalisation à gauche que la direction du parti a proposé sa « révolution industrielle verte » qui « bénéficiera à la classe ouvrière. » Voulant créer de « bons emplois verts », Corbyn a récemment annoncé son intention de nationaliser tout le secteur de l’énergie « dans l’intérêt de la majorité, pas d’un petit nombre ».

Une campagne intitulée Labour for a Green New Deal s’organise aussi à la base du parti sur des principes radicaux : « Nous pouvons démocratiser l’industrie et les infrastructures sociales par des puissants syndicats, un contrôle démocratique et l’expansion de la propriété publique. Nous pouvons retirer le contrôle des super-riches sur l’économie, et la mettre dans les mains des gens ordinaires. » Le groupe propose aussi d’étendre la nationalisation et le contrôle public et démocratique de  l’économie « aussi loin que nécessaire ». Il est également dit sur le site internet de la campagne que « les changements climatiques sont fondamentalement un enjeu de classe ».

C’est dans cette direction que le mouvement doit aller. Notre économie est actuellement contrôlée par une poignée de tout-puissants capitalistes qui se fichent de la planète et qui sont prêts à tout pour maintenir leurs profits. La situation depuis les dernières décennies en témoigne : seulement 100 compagnies sont responsables de 71% des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Il faut mettre à l’ordre du jour la nationalisation de ces entreprises polluantes, et les mettre sous le contrôle démocratique des travailleurs et travailleuses.

Cependant, ici au Québec, le plan proposé par QS ne va malheureusement pas aussi loin. Il n’y est question que de la nationalisation du réseau de transport interurbain, ce qui serait loin d’être suffisant pour faire face à la catastrophe climatique en cours. Le plan de QS mentionne pourtant clairement le problème de l’impératif du profit : « la préoccupation pour l’environnement ne fait pas le poids face à la volonté des grands acteurs économiques d’augmenter leurs profits en misant sur la surconsommation et la surexploitation des ressources. » Que doit-on faire alors? Il faut pleinement tirer les conclusions de ce constat. Il faut rompre avec la propriété privée capitaliste et la course au profit qui l’accompagne. Nous devons présenter un plan audacieux de nationalisation des « grands acteurs économiques » (banques, entreprises du secteur de l’énergie, grandes industries) sous le contrôle démocratique des travailleurs. Ainsi, nous pourrons collectivement gérer l’économie et mettre l’énorme potentiel de l’humanité au service de la lutte contre les changements climatiques.

Les grèves du climat ont d’ailleurs déjà commencé à donner un caractère de classe à la lutte. De nombreuses voix, dont celle de l’initiatrice du mouvement, Greta Thunberg, appellent à l’organisation d’une grève générale des étudiants et des travailleurs. C’est la voie à suivre. Les travailleurs, de par leur rôle primordial dans la production, possèdent un énorme pouvoir, et peuvent paralyser l’économie s’ils cessent de travailler. Ce sont les méthodes de lutte de classe, comme les manifestations de masse et les grèves, qui fonctionnent, et non les pétitions et le lobbying des groupes environnementalistes. On le voit bien en ce moment, alors que la vague de manifestations et de grèves étudiantes a fini par forcer les politiciens, et même le Parti conservateur, à se positionner sur la question environnementale.

Ultimatum 2020?

Au Québec, le gouvernement de droite de la CAQ fait la sourde oreille devant le mouvement de manifestations lancé l’an dernier. En réponse, Québec solidaire a lancé  sa campagne « Ultimatum 2020 » en mars dernier. Avec cette campagne, QS donne 18 mois au gouvernement caquiste pour déposer un « plan de transition économique crédible » et affirme que « jusqu’au 1er octobre 2020, le gouvernement pourra compter sur [sa] collaboration pour l’aider à préparer le plan de transition du Québec ». Si, au 1er octobre 2020, la CAQ n’a rien proposé de satisfaisant, QS fera « barrage à son gouvernement en usant de tous les moyens dont [il dispose], à l’Assemblée nationale comme dans la rue, pour le forcer à agir pour le climat ».

Si QS est le seul parti à véritablement parler de l’urgence de la situation, nous devons tout de même constater que cette initiative n’a rien de particulièrement audacieux. En réalité, la campagne Ultimatum 2020 est bien en retard sur le mouvement de masse en cours. Pourquoi faudrait-il attendre 18 mois avant d’agir? L’Amazonie est en flammes, les glaciers fondent, le fleuve St-Laurent n’a jamais été aussi pollué, et il faudrait placer nos espoirs dans une collaboration de plus d’un an avec François Legault? Où et quand avons-nous un exemple positif de collaboration avec un parti des patrons comme la CAQ qui a mené à des mesures satisfaisant les besoins de la majorité des travailleurs et des jeunes?

Crédit : Québec solidaire

Déjà, de nombreux syndicats québécois ont adopté des résolutions pour appuyer le mouvement du 27 septembre, pour inviter les syndicats locaux à y participer, et quelques-uns ont même un mandat de grève pour cette journée. Le 27 septembre peut être une magnifique démonstration de force, et nous devons étendre le mouvement à travers les syndicats afin d’y arriver.

Plutôt que d’essayer d’aider la CAQ à se draper d’un verni écologique, la direction de QS devrait se servir de sa voix au Parlement pour en appeler à ses membres, à la classe ouvrière et aux jeunes à étendre le mouvement de grève du climat en vue du 27 septembre dans le plus de lieux de travail possible, tout en proposant une authentique solution socialiste à la crise climatique, ce qui devrait commencer par la nationalisation sous contrôle démocratique de la classe ouvrière des grands leviers de l’économie.

Changeons le système, pas le climat!

La question environnementale est une question de classe : ce sont les travailleurs et les pauvres qui subissent les effets de la crise climatique, tandis que les riches et les capitalistes ont tous les moyens pour éviter les problèmes qui en découlent.

Ce ne sont certainement pas les ressources qui manquent pour s’attaquer de front à la crise climatique. Seulement, la minorité de gens qui forme les Conseils d’administration des grandes entreprises et des banques investissent là où ils peuvent avoir le plus grand retour, indépendamment des considérations environnementales. Plus encore, ils dorment sur des milliards de dollars non investis qui pourraient être utilisés afin de satisfaire les besoins humains et environnementaux – au Canada, il y a plus de 950 milliards d’argent mort non investi!

Toute cette immense richesse pourrait être utilisée pour un plan de production rationnel. Mais nous ne pouvons pas contrôler ce que nous ne possédons pas. Le plus vite les grandes entreprises et les banques seront contrôlées démocratiquement par les travailleurs, le plus vite l’impératif du profit sera remplacé par une production orientée vers les besoins, et le plus vite nous pourrons en arriver à une harmonie entre la vie humaine et la nature.

Rejoignez le contingent socialiste à la manifestation pour le climat!

Marx le disait déjà il y a 150 ans : « La production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du procès de production social qu’en ruinant dans le même temps les sources vives de toute richesse : la terre et le travailleur. » Nous avons déjà la technologie et la science nécessaires pour faire face aux changements climatiques. Mais ces forces sont actuellement consacrées à détruire la planète plutôt qu’à la sauver.

En effet, les grands leviers de l’économie sont entre les mains d’une poignée de grandes entreprises qui profitent des ressources naturelles et exploitent les travailleurs pour leurs profits. Ce n’est qu’en abolissant le système capitaliste et en le remplaçant par le socialisme que nous pourrons gérer les ressources de la planète de façon démocratique et résoudre les défis liés aux changements climatiques!

Joignez-vous à nous pour défendre l’idée d’une révolution socialiste comme solution à la crise environnementale! Prenez part à notre contingent socialiste lors de la manifestation pour le climat le 27 septembre prochain.

Quand? Vendredi 27 septembre, 11h
Où? Monument à Sir George-Étienne Cartier, Parc du Mont-Royal, Montréal

Événement Facebook de la manifestation : https://www.facebook.com/events/684365575321446/