Jeff Bezos. Crédit : Getty Images

Depuis le début de la crise économique, la propagande des médias de masse martèle avec insistance : le Covid-19 atteint les riches comme les pauvres de la même manière, avec les mêmes conséquences, et donc nous devons tous nous unir contre l’ennemi commun. Le rapport Power, Profit, and pandemia (« Pouvoir, profit et pandémie »), publié par Oxfam le 9 septembre dernier, nous raconte une tout autre histoire. Durant la pandémie, une gigantesque redistribution de richesses s’est opérée en faveur des grands capitalistes de ce monde.

L’enquête fournit une quantité de statistiques impressionnantes qui mettent en évidence l’augmentation des inégalités entre une minorité de multi-milliardaires et le reste de la population : « 32 des plus grandes entreprises du monde verront leurs profits augmenter de 109 milliards de dollars en 2020. […] Les 100 entreprises qui ont le plus gagné en bourse ont ajouté plus de 3000 milliards à leur valeur marchande depuis le début de la pandémie ». De plus, les actifs financiers des 25 milliardaires les plus riches du monde ont augmenté de 255 milliards de dollars entre la mi-mars et fin mai 2020.

Un constat sans appel

Le rapport d’Oxfam donne quelques exemples édifiants. Si le président et fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, devait donner une prime de 105 000 dollars (environ 92 000 euros) à chacun de ses 876 000 employés, il resterait aussi riche qu’au début de la pandémie !

Dans les grands médias, on ne cesse de nous rassurer, sur le thème : « les grandes entreprises ont été sensibles à l’urgence du Covid 19 ; elles ont réagi en finançant la santé publique et la recherche ». Rien de plus faux ! Le rapport d’Oxfam explique qu’en moyenne, les dons des entreprises se sont élevés à 0,5 % de leurs bénéfices totaux de 2019. Dans le même temps, les 32 multinationales mentionnées ci-dessus ont distribué 1300 milliards de dividendes à leurs actionnaires au cours des quatre dernières années. Depuis janvier 2020, ils ont déjà versé 195 milliards de dollars en dividendes, soit 94 % des profits réalisés jusqu’à présent cette année. Ainsi, les dons des grandes entreprises demeurent infimes au regard des sommes versées aux actionnaires, qui s’accaparent la plus grande part du gâteau.

Depuis janvier, Microsoft a versé 21 milliards de dollars de dividendes, et Google 15 milliards de dollars. Même les entreprises qui ont subi une chute des ventes depuis le mois de mars ont poursuivi cette politique. Par exemple, le constructeur automobile Toyota a distribué en dividendes 200 % du montant de ses profits réalisés depuis janvier.

En bref, pour la bourgeoisie, c’est toujours la fête. Cela s’applique non seulement aux pays capitalistes avancés, mais aussi aux grandes entreprises des pays les plus pauvres : « Seplat Petroleum, la plus grande compagnie pétrolière du Nigeria, a versé 132 % des profits aux actionnaires au cours des six premiers mois de 2020, même si le pays risque l’effondrement économique ». Il en va de même en Afrique du Sud, où les soins de santé sont dans un état désastreux et où le Covid-19 a déjà fait plus de 15 000 victimes. Oxfam Afrique du Sud rapporte qu’entre 2016 et 2019, les trois plus grandes sociétés de soins de santé – Netcare, Mediclinic et Life Healthcare Group – ont réalisé moins de recettes (670 millions de dollars) qu’elles n’ont dépensés d’agent en dividendes et rachats de leurs propres actions (1,1 milliard).

Les profits valent plus que nos vies

400 millions d’emplois ont déjà été supprimés à l’échelle mondiale, depuis le début de la pandémie. Par ailleurs, l’Organisation Internationale du Travail estime que plus de 430 millions de petites entreprises sont en danger. Les petites entreprises seront les plus durement touchées, surtout dans les pays les plus pauvres. Rien qu’au cours des deux premières semaines de quarantaine, plus d’un demi-million de petits commerces ont fermé au Brésil. Aux Etats-Unis, 42 % des licenciements survenus depuis mars seront des pertes d’emploi définitives. Et le plus dur reste encore à venir…

Malheureusement, les solutions présentées par Oxfam se limitent toujours au cadre du réformisme. Selon le rapport, il est nécessaire de « freiner le pouvoir des multinationales, de restructurer les modèles économiques et de créer une économie au service de tous ». La réalité est qu’on ne peut ni limiter le pouvoir des multinationales ni créer un capitalisme à visage humain. Marx l’avait déjà compris dans les pages du Capital : « L’accumulation de richesse à un pôle signifie donc en même temps, à l’autre pôle, une accumulation de misère, de souffrance, d’esclavage, d’ignorance, d’abrutissement et de dégradation morale pour la classe dont le produit propre est, d’emblée, capital ». Tant que les pouvoirs économique et politique seront dans les mains des capitalistes, la tendance sera de plus en plus à l’exploitation brutale des classes opprimées. Une « économie au service de tous » ne se réalisera qu’à travers l’expropriation de la minorité de milliardaires de ce monde. Néanmoins, l’étude d’Oxfam a le mérite de montrer que leur soif de profit ne s’arrête devant rien, même pas devant une pandémie qui a fait plus d’un million de morts.