Avec 2,9 % de croissance en 2015, l’économie mondiale a connu sa plus mauvaise performance depuis 2009. Pour 2016, le Fonds Monétaire International (FMI) ne cesse de réviser à la baisse ses prévisions de croissance économique – aussi bien des grandes puissances que des « pays émergents ». En 2015, la croissance moyenne des économies émergentes a baissé pour la cinquième année consécutive, ce qui a lourdement pesé sur la croissance mondiale.

 

Le ralentissement chinois

Lawrence Summers, ex-secrétaire au Trésor américain, prévient : « Les dangers auxquels fait face l’économie mondiale aujourd’hui sont plus importants qu’à l’époque de la faillite de Lehman Brothers, en 2008. » C’est indiscutable. L’économie chinoise – qui représente 16 % de la production et 30 % de la croissance mondiale – continue de ralentir (à 6,9 % officiellement, mais nettement moins en réalité). Les exportations et les importations chinoises chutent depuis plusieurs mois. Les prix des marchandises baissent du fait d’une contraction de la demande. Ce sont les symptômes de ce que les marxistes appellent une crise de surproduction – ou de « surcapacité », selon la formule des économistes bourgeois. Les forces productives – l’industrie, la technique et la science – étouffent dans les limites des Etat-nations et de la propriété privée des moyens de production.

La récession mondiale de 2008 a été atténuée par les énormes investissements productifs de la Chine. A présent, le déclin de la croissance chinoise frappe tous ceux qui dépendent de cette économie. La Corée du Sud est la plus exposée : elle exportait 11 % de son PIB vers la Chine en 2013. La même année, la Malaisie y exportait 9,8 % de son PIB, la Thaïlande 6,9 % et l’Australie 6 % (surtout des matières premières). La crise de l’économie chinoise a donc des implications majeures – non seulement sur les économies asiatiques, mais au-delà. Ce qu’on disait des Etats-Unis vaut désormais pour la Chine : lorsqu’elle éternue, le reste du monde s’enrhume.

Dans le Financial Times, Martin Wolf explique : « Les économies émergentes exportatrices et surendettées vont devoir faire des économies, désormais, comme les pays de la zone euro ont dû en faire il y a quelques années ». Mais ces coupes budgétaires vont alimenter la spirale baissière de l’économie mondiale.

L’économie américaine

Les marchés boursiers sont de plus en plus volatiles, mais ont toujours tendance à monter, en particulier aux Etats-Unis. Cela souligne le gouffre entre les marchés boursiers et l’économie réelle – qui, elle, se détériore.

Après avoir progressé de 3,9 % au deuxième trimestre 2015, la croissance de l’économie américaine est retombée à 1,5 % au troisième trimestre. « Le risque est que l’économie mondiale tombe dans un bourbier semblable à celui qu’a connu le Japon pendant 25 ans : l’économie stagnait sans qu’on puisse rien y faire », prévient Martin Wolf. Il caractérise la situation actuelle comme une « dépression contrôlée » et parle de « récession prolongée de la demande agrégée », à laquelle il ne voit pas de solution. Les stratèges du capital ne « contrôlent » rien du tout et, au contraire, affichent leur impuissance.

L’investissement global – la clé de toute croissance – continue de chuter. Pendant des années, les économies émergentes ont beaucoup investi, mais elles sont désormais affectées par la saturation des marchés. La baisse des investissements se traduit par une faible croissance de la productivité du travail. Aux Etats-Unis, la productivité ne croît plus qu’au rythme très lent de 0,6 % par an.

Le dilemme de la bourgeoisie européenne

L’Europe est confrontée à une croissance lente et à la déflation. Et comme le souligne Wolfgang Munchau, rédacteur en chef adjoint du Financial Times, elle est sous « une menace constante d’insolvabilité et d’insurrection politique ». Dans un tel environnement, la tentative de réduire les dettes publiques des Etats sera « plus dure et plus sanglante » que jamais : « L’ajustement d’après crise sera bien plus brutal qu’il ne l’était au Japon il y a 20 ans. (…) Même si le désendettement fonctionne – ce qui n’est pas certain –, il pourrait ne pas fonctionner politiquement… Mais si à l’inverse ils cherchent à réduire l’instabilité politique, ils aggraveront l’instabilité financière ». Tel est bien le dilemme auquel fait face la bourgeoisie en Europe.

Les entreprises sont en difficulté. Il y a une baisse des exportations et des importations américaines. Partout la demande recule. Il y a une baisse des ventes – et donc des chiffres d’affaires. Mais ce qui est remarquable, c’est que les profits des sociétés ne baissent pas, eux. Au contraire, ils augmentent, principalement grâce aux réductions de coûts et aux crédits à très faibles taux. Il existe donc un dangereux phénomène de « ciseau » entre les revenus réels des entreprises et leurs profits. Cela ne peut durer indéfiniment. Comme ce personnage de dessin animé qui continue un moment de courir au-dessus du précipice, défiant la gravité, les profits finiront par chuter. Et en attendant, les marchés boursiers continuent de croître !

« Capitalisme zombie »

Les grandes entreprises évitent le naufrage grâce à des taux d’intérêt historiquement bas. Mais l’investissement reste atone. Des économistes bourgeois parlent de « capitalisme zombie ». C’est bien dit. Sous le capitalisme, le rôle d’une récession est de purger l’économie de sa « surcapacité » productive (surproduction). Ils appellent cela une « destruction créative ». Or huit ans après l’éclatement de la crise, en 2008, le système demeure grevé par d’énormes surcapacités : « il semble inévitable que la saturation mondiale de l’offre potentielle s’aggrave. En conséquence, des pressions déflationnistes vont sûrement émerger partout. » (Martin Wolf, FT du 13/10/15).

Comme l’expliquait Marx, « c’est la nature de la production capitaliste de produire sans se préoccuper des limites du marché (…) Le marché s’étend plus lentement que la production (…) Vient un moment où le marché devient lui-même trop étroit pour la production. Cela se produit à la fin d’un cycle. Mais cela signifie simplement que le marché est saturé. La surproduction est manifeste» (Marx, Théorie de la plus-value)

Les capitalistes n’ont aucune confiance dans leur système. Au lieu d’investir, ils restent assis sur des tas de milliers de milliards de dollars. A quoi bon investir quand il n’y a pas de demande ? En attendant, ils placent leur argent dans des obligations d’Etat, un abri sûr dans la tempête.

Crise du marché mondial

La mondialisation ralentit. Avant 2008, le volume des échanges mondiaux progressait à un rythme annuel de 6 %, selon l’OMC. Ces trois dernières années, il a ralenti à 2,4 %. Au premier semestre 2015, il n’a cessé de reculer, affichant sa pire performance depuis 2009. Le cycle de Doha – qui en est à sa 14e année – est embourbé. On assiste à l’émergence de blocs régionaux.

La Chine tente de s’extraire de sa dépendance aux investissements et aux exportations. Mais l’augmentation des salaires chinois oblige des pays comme le Japon et les Etats-Unis à « relocaliser » leurs chaînes de production – au détriment des échanges mondiaux.

« Stagnation séculaire »

Tous les économistes bourgeois s’accordent sur le fait que, pendant de nombreuses années, les taux de croissance seront inférieurs à la période d’avant la crise de 2008. Ils parlent de « stagnation séculaire ». Pour les pays les plus développés, ils tablent sur une croissance annuelle moyenne de 1,6 % d’ici 2020, contre 2,25 % dans les années qui ont précédé la crise. La différence peut ne pas sembler impressionnante, mais c’est une catastrophe du point de vue des conditions de vie des masses. En outre, il s’agit d’anticipations optimistes. Le marasme actuel finira par déboucher sur une nouvelle récession. Or les classes dirigeantes ont épuisé tous les moyens d’empêcher une récession de se transformer en dépression. Aussi longtemps que le capitalisme existera, la crise et l’austérité seront à l’ordre du jour. Il est temps de mettre fin à ce cauchemar.