Cela fait un moment que je travaille comme peintre dans la construction. Les négociations pour le renouvellement de nos conventions collectives ont démarré il y a quelques mois. Depuis le début des négociations, les dirigeants syndicaux ont tenté de garder les travailleurs dans l’ombre. Une collègue m’a raconté que lorsqu’elle a essayé de s’informer sur le sujet, sa représentante syndicale lui a répondu d’une manière agacée : « Ne t’en fais pas! »
C’est donc sans surprise que lorsque l’Alliance syndicale de la construction a soudainement annoncé une entente de principe dans le secteur institutionnel commercial qui n’est pas du tout à la hauteur de nos besoins, une grande partie des travailleurs s’est sentie trahie.
La plupart des commentaires sur la publication Facebook de l’annonce étaient négatifs. J’ai aussi pris le temps de rédiger un commentaire pour dénoncer le manque de mobilisation et le manque d’information, tout en appelant les travailleurs à voter non et à demander un vrai plan de lutte aux dirigeants syndicaux. Mon commentaire a fini par être l’un des plus aimés de la publication.
Suite à cela, un représentant de la CSN-Construction, le syndicat avec lequel je suis syndiqué, m’a écrit en message privé pour me demander si nous pouvions nous parler. J’ai donc décidé de saisir l’occasion pour poser des questions pour l’écouter, afin d’essayer de comprendre la manière dont la bureaucratie syndicale réfléchit. Cet appel a fini par être très révélateur.
Le représentant semblait avoir deux buts principaux pour l’appel : me convaincre que je devrais être heureux de l’entente à rabais, ainsi que de me convaincre que les dirigeants de la CSN sont meilleurs que ceux des autres syndicats. Lorsque je lui ai demandé pourquoi nous n’avons pas eu de nouvelles des négociations et qu’une entente de principe soit sortie aussi soudainement, il m’a révélé qu’en réalité, l’entente a été conclue vers la fin janvier, mais ils ont attendu jusqu’au 5 mars pour la révéler afin « d’éviter la désinformation ». Lorsque je lui ai demandé pourquoi les membres n’ont pas été mobilisés, il m’a répondu que les travailleurs ne sont tout simplement pas intéressés, et essentiellement que les travailleurs sont ingrats. « Je me présente sur les chantiers à tous les jours pour leur expliquer que c’est grâce à nous que vous avez tous ce que vous avez, » m’a-t-il expliqué.
Je lui ai donc dit que j’étais en désaccord, et que les travailleurs sont capables de voir leur pouvoir d’achat diminuer, pendant qu’ils travaillent comme des chiens, ce qui génère beaucoup de mécontentement. Et que si les syndicats étaient capables de canaliser ce mécontentement, les travailleurs auraient envie de participer à leurs syndicats. Face à ça, le représentant m’a répondu : « Oui, mais il ne faut pas alimenter la colère », puisque le rôle du syndicat est de travailler dans « l’engrenage », et que c’est très difficile de changer les choses à travers cet engrenage. Ensuite, il a défendu l’institution gouvernementale de la Commission de la construction du Québec, en disant que celui-ci est « à moitié patronal, mais aussi à moitié syndical ». Ensuite, il a fini la conversation en défendant le bilan de la CSN-Construction, tout en attaquant les dirigeants des autres syndicats de la construction, la FTQ et l’International.
Ce qu’on constate à travers cette discussion, c’est la vision étroite de la bureaucratie syndicale. Ces gens sont complètement déconnectés des membres qu’ils représentent et privilégient surtout leurs propres intérêts au sein de la machine bureaucratique. Nous devons tourner le dos à cette tradition bureaucratique stérile et faire revivre les méthodes de lutte révolutionnaires et démocratiques. C’est seulement ainsi que nous pourrons riposter et gagner contre les attaques des patrons.