Source: Édouard Plante, archives La Presse

Le Port de Montréal est fermé depuis lundi sur ordre des débardeurs! Après deux grèves de quatre jours au cours des dernières semaines, les débardeurs sont entrés en grève illimitée. L’employeur, l’Association des employeurs maritimes (AEM), n’a pas hésité à recourir aux stratagèmes les plus abjects pour briser la volonté des travailleurs : briseurs de grève, lock-out, attaques sur les salaires et demandes aux gouvernements pour imposer une loi de retour au travail. Les 1150 débardeurs ne se sont pas laissés intimider, et maintenant les renforts sont arrivés! Le samedi 8 août, les 150 syndiqués de la section locale 1657 de l’Association internationale des débardeurs – vérificateurs ont annoncé entrer eux aussi en grève illimitée. Les débardeurs sont en train de montrer à l’ensemble du mouvement ouvrier que la bataille contre le patronat doit se mener avec des méthodes de lutte combatives.

Le syndicat des débardeurs est sans convention collective depuis le 31 décembre 2018. Soixante-cinq séances de négociation depuis septembre 2018 n’ont rien donné. Les travailleurs sont préoccupés par les horaires de travail et l’avancement de la technologie dans le but d’éliminer leurs fonctions et tâches. À cause de la forte activité au port de Montréal, les débardeurs sont sollicités pour travailler 19 jours sur 21, avant d’avoir un congé de deux jours.

Les travailleurs n’avaient plus le choix : il fallait entrer en grève pour défendre leurs conditions de travail. Selon l’Administration portuaire de Montréal (APM), 6300 entreprises en transport dépendent du port. C’est là que réside la puissance de la grève des débardeurs.

Source : CCMM

Le droit de grève menacé

Pendant 21 mois, l’employeur n’a pas négocié de bonne foi, mais a plutôt consacré ses énergies à tenter de faire admettre le port comme un « service essentiel ». La raison est bien simple. Si le port devient service essentiel, les débardeurs perdront leur droit de grève. La lutte des débardeurs dépasse donc la lutte pour leurs conditions de travail. Ils doivent se battre pour conserver leurs droits démocratiques syndicaux.

Heureusement, le Conseil canadien des relations industrielles a conclu le mois dernier que l’employeur n’avait pas démontré « de risques imminents et graves pour la santé et la sécurité du public », et donc que les critères d’un service essentiel en cas de grève n’étaient pas remplis.

Le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc, a dévoilé le fond de la perspective du patronat : « […] il y a des services essentiels pour la sécurité du public. Le Port est un service essentiel pour la sécurité économique. » La « sécurité économique », ce n’est ni plus ni moins que la sécurité du portefeuille des capitalistes qui s’enrichissent à travers les activités portuaires.

Briseurs de grève, lock-out et attaques sournoises

L’employeur avait cependant plus d’un tour dans son sac. Il a eu recours à des briseurs de grève protégés par des gardiens de sécurité. Ensuite, le syndicat a constaté un « lock-out technique » provoqué par l’AEM et les compagnies maritimes : « En effet depuis le lundi 3 août 2020 plusieurs navires ont déjà été détournés vers d’autres ports, dont notamment Halifax, New York et St-Jean (NB). »

L’employeur tente de transformer les débardeurs des autres ports en briseurs de grève. Mais la réalité des débardeurs de Montréal n’est pas bien différente de celle des débardeurs d’Halifax ou de New York. Une attaque contre un est une attaque contre tous. La victoire des débardeurs de Montréal nécessite la solidarité des travailleurs des autres ports.

En réponse à la deuxième grève, les patrons ont avisé les débardeurs le lundi 3 août qu’ils modifieraient (à la baisse) les salaires des débardeurs et des hommes d’entretien qui travaillent le soir, la nuit et la fin de semaine, à compter du jeudi 6 août. En s’attaquant aux débardeurs ayant des conditions de travail plus difficiles, les patrons cherchent à diviser les travailleurs pour mieux régner. La perfidie de l’employeur ne semble pas avoir de limite. Le déclenchement de la grève illimitée était une réponse directe à cette attaque.

Le syndicat a pris l’initiative de proposer une trêve de 45 jours aux patrons. Le syndicat a proposé de mettre une pause à la grève, afin de favoriser la négociation, en échange d’engagements précis demandés à l’AEM. L’AEM a refusé la trêve et les engagements demandés par le syndicat. Maintenant que les patrons ont montré leur intransigeance, il ne peut plus y avoir de tentatives pour apaiser la situation. Les travailleurs doivent se battre pour gagner.

Source : Syndicat des débardeurs

Combattre les lois spéciales

La semaine dernière, cinq regroupements d’employeurs, notamment le Conseil du patronat du Québec et la CCMM, ont appelé tous les gouvernements à intervenir rapidement dans le conflit de travail. Le porte-parole de la CCMM suggère de recourir à une loi spéciale de retour au travail pour écraser les travailleurs et leur retirer leur droit de se battre pour leurs conditions de travail.

« La balle est dans le camp des patrons », a rétorqué le 7 août Michel Murray, le conseiller du Syndicat des débardeurs du port de Montréal (SCFP). Le syndicat est clair : « La grève illimitée des débardeurs se poursuivra jusqu’à une entente de principe sur la nouvelle convention collective ou une trêve. »

Il ne fait aucun doute que la balle reviendra dans le camp des travailleurs sous la forme d’une loi spéciale. Les lois de retour au travail n’ont plus rien de « spécial ». Elles pleuvent constamment sur les travailleurs depuis les dernières années. Les postiers (à l’automne 2018) et les travailleurs de la construction (à l’été 2017) ont pleinement goûté à leur amertume.

Cependant, les débardeurs mènent à l’heure actuelle une grève très combative. Ils sont un exemple de courage et de détermination pour tous les travailleurs. Si la loi spéciale survient, ils doivent absolument riposter contre cette collusion anti-démocratique et anti-ouvrière des patrons et de leur État capitaliste. La lutte contre les lois spéciales n’est pas une lutte locale, elle concerne l’ensemble des travailleurs. S’ils défiaient la loi spéciale, les débardeurs signaleraient au reste de la classe ouvrière la fin de l’époque où les travailleurs se laissaient marcher sur les pieds. Ils pourraient ainsi entamer un nouveau chapitre dans l’histoire récente de la lutte des classes au Québec.

Victoire aux débardeurs!