Tout en ayant licencié 4 664 travailleurs-euses, les six plus grandes banques du Canada ont obtenu un profit combiné de 35 milliards de dollars et réservé le montant de 12,5 milliards de dollars pour les primes de leurs cadres supérieurs à la fin de 2015. Il est devenu clair comme de l’eau de roche que les banquiers du Canada n’ont pas souffert de la même façon que la classe ouvrière et les démunis pendant la présente crise économique.

Selon un nouveau rapport de Bloomberg, une compagnie d’information financière de renom qui a analysé les résultats, les 4 664 emplois éliminés dans les six banques représentaient le plus grand nombre de suppression de postes au cours des six dernières années. Il a été annoncé que les licenciements, ou « mesures de réductions de coûts », comme les banquiers aiment dire, vont se poursuivre en 2016.

La banque Toronto-Dominion a éliminé 1 594 emplois à elle seule. En réponse à des critiques, le PDG de la Banque TD, Bharat Masrani, a dit : « C’est simplement une réalité du monde d’aujourd’hui, un monde à croissance lente. » Ironiquement, les primes de cette année pour les cadres supérieurs dépassaient les 12 milliards de dollars de 2014, ce qui représentait déjà une hausse de 13% par rapport au 10,8 milliards de dollars de 2013. Et tout cela alors que l’économie canadienne est en pleine récession et a créé énormément de souffrance chez les travailleurs-euses et les pauvres.

En fait, lorsqu’on observe la tendance depuis la récession globale de 2008, on découvre que les primes des cadres supérieurs des banques ont augmenté progressivement : 8,3 milliards de dollars en 2009, 8,6 milliards de dollars en 2010 et 9,3 milliards de dollars en 2011. Sept ans depuis la Grande Récession accompagnée de croissance lente pour l’économie mondiale et canadienne, les primes des cadres supérieurs des banques ont connu quant à elles une croissance rapide. On voit bien que la description d’un « monde à croissance lente » de M. Masrani est adressée à ceux qui perdent leur emploi, mais que c’est l’inverse qui s’applique aux cadres supérieurs des banques.

Bill Vlaad, président d’une firme basée à Toronto qui analyse les tendances des primes, a dit : « Cette année, les primes vont être un sac à surprise… Certains recevront beaucoup de bonbons dans ce sac, tandis que d’autres ne recevront pas grand-chose. » Voici à quoi ressemble la distribution de bonbons de cette année :

Banque

Montant réservé aux primes

Différence par rapport à 2014

Banque royale

4,53 milliards $

3,3%

Banque de Montréal

2,09 milliards $

7,6%

Banque TD

2,06 milliards $

6,7%

CIBC

1,57 milliards $

5,7%

Banque Scotia

1,44 milliards $

-2,4%

Banque nationale

808 millions $

5,4%

 

Le sauvetage des banques de 2008 : Les travailleurs et travailleuses du Canada dépossédé-es de leur labeur

Tandis que les banquiers du Canada s’évertuent à dire qu’ils méritent chaque sous de leurs primes colossales en vertu de leur « intelligence financière prudente », le fait est qu’ils sont gâtés et protégés par le gouvernement par le biais de l’argent des contribuables qu’ils reçoivent, surtout quand ils échouent complètement.

En 2012, La Riposte a analysé un rapport du Centre canadien de politiques alternatives, The Big Bank’s Big Secret (Le gros secret des grandes banques), qui révélait qu’entre 2008 et 2010, 114 milliards de dollars avaient été extirpés des coffres de l’État et donné aux cinq plus grandes banques du Canada pour les sauver de la crise financière de 2008.

La Banque royale (RBC) et la Banque TD sont deux des plus grandes banques du pays. Ensemble, elles ont reçu respectivement 25 et 26 milliards de dollars en terme de support gouvernemental. Ces sommes représentaient assez d’argent pour acheter la majorité des parts des deux banques : 63% des parts de RBC et 69% de celles de la Banque TD. La Banque Scotia, la CIBC et la Banque de Montréal ont respectivement reçu 25, 21 et 17 milliards de dollars. Cet argent aurait suffi au gouvernement pour acheter toutes ces banques : à vrai dire, le gouvernement a payé un excédent de 148% de la valeur de CIBC sur le marché!

Parmi ces 114 milliards de dollars, 41 milliards furent convertis en prêts, 69 milliards en injections financières pour des rachats d’hypothèques destinés aux cinq grandes banques, et 4 milliards en dons à plusieurs banques plus petites. Il en a résulté un profit de 26,8 milliards de dollars pour les banques entre 2008 et 2010. Pas un sous de cette somme aberrante n’a été renvoyé au public. Ce genre de dépense gouvernementale (un gaspillage énorme!) n’est pas critiqué par Bay Street car ces dépenses maintiennent le système capitaliste axé sur le profit. Le rachat par le gouvernement a permis aux banques de maintenir leurs activités comme si de rien n’était, après avoir démontré clairement leur échec.

Alors que les banques engrangent ces profits massifs, nous nous faisons dire de nous « serrer la ceinture » et d’accepter les coupures aux services sociaux, les gels de salaire, les pertes d’emplois, les attaques à l’encontre des droits des travailleurs-euses et une avalanche de budgets d’austérité. Combien de fois entend-on que les déficits gouvernementaux de plusieurs milliards de dollars sont attribuables aux programmes sociaux, à la création d’emplois et d’infrastructures? Combien de fois nous faisons-nous dire que « nous n’avons pas d’argent »? Le fait est que « nous n’avons pas d’argent » à cause de l’aide sociale aux entreprises, des réductions d’impôt pour les riches, du sauvetage des grandes banques et entreprises, des rachats de mauvais actifs et à cause de l’échec du système capitaliste en général. Le capitalisme crée ses propres crises et c’est à nous de payer pour ses dégâts.

Ce que les primes valent

Comme on l’a vu, les gouvernements donnent plus d’argent aux banques qu’elles n’en valent, tout ça pour garder le profit entre les mains d’une petite minorité. Les banques et les entreprises du Canada dorment sur des milliards de dollars. Les primes des cadres supérieurs des banques de cette année, qui représentent la somme de 12,5 milliards de dollars, pourraient être utilisées à des fins beaucoup plus importantes:

Gratuité scolaire pour l’éducation postsecondaire : 9,5 milliards de dollars (ou l’élimination presque complète de la dette étudiante, 15 milliards de dollars)

Programme pharmaceutique national : 15,1 milliards de dollars

Programme universel de garderies : 13,2 milliards de dollars

La seule solution : nationalisons les banques sous le contrôle démocratique des travailleurs et travailleuses

L’idée qu’un gouvernement pourrait simplement négocier avec les banques ou leurs amis riches du monde des finances pour payer le moindre de ces services sociaux est utopique. Ce fait saute aux yeux si l’on considère les récents événements ailleurs dans le monde. En Grèce, Syriza tenté de négocier avec l’Union européenne et les banquiers grecs malgré le fait qu’il était alors possible de nationaliser les banques et les placer sous le contrôle des travailleurs-euses grecs. Le résultat fut une défaite pour les travailleurs-euses grecs, leur pays étant, en ce moment même, en processus massif de privatisation par les capitalistes. Au Venezuela, le PSUV (Parti socialiste vénézuélien) a nationalisé certaines industries il y a plus d’une décennie, mais la nationalisation complète ne fut jamais atteinte et sous la pression de la force interne et externe du capital, le gouvernement a perdu la confiance du peuple, et perdu le pouvoir. L’histoire nous enseigne que n’importe quel gouvernement qui adhère à un système capitaliste axé sur le profit ou qui collabore avec lui ne peut répondre aux besoins des travailleurs-euses et des démuni-es – en particulier de nos jours, alors que le capitalisme est plongé dans la pire crise de son histoire.

Le capitalisme est un système qui protège la propriété privée et la richesse de quelques individus, dans un réseau chaotique et illogique de création de profit, et il est temps que les dirigeants du mouvement ouvrier acceptent cette réalité. Les idées dominantes au sein de la direction du mouvement, qui remontent aux années 1950-60 (lorsque le capitalisme était en plein âge d’or) sont désuètes depuis des décennies et ne correspondent plus à la réalité de ce qui se produit dans notre pays, et encore moins à l’échelle mondiale. De nos jours, le capitalisme connaît sa crise la plus profonde et révèle d’immenses inégalités, ainsi qu’un manque flagrant de distribution de la richesse. Pour une première fois depuis bien longtemps, cette réalité est facile à expliquer et à démontrer à un travailleur moyen ou un jeune.

Le choix entre le capitalisme et une société socialiste authentiquement démocratique est un choix entre le mode de vie opulent de quelques riches individus, et les besoins vitaux de tous les autres. Le choix à faire devient de plus en plus clair pour des millions de Canadien-nes. Ce faisant, la nationalisation des grandes banques et entreprises de ce pays et leur gestion sous contrôle démocratique des travailleurs-euses, sont plus importantes qu’elles ne l’ont jamais été. Le temps est venu pour des demandes audacieuses qui peuvent donner espoir aux travailleurs-euses et aux jeunes et leur permettre de s’organiser pour saisir la richesse immense qui existe dans la société et la gérer de manière rationnelle, pour les besoins humains.