Photo : Ministère de la Défense de l’Ukraine

Le cabinet de Justin Trudeau utilise la guerre en Ukraine pour justifier une augmentation « agressive » des dépenses militaires dans le prochain budget. L’OTAN exige du Canada qu’il consacre 2% de son PIB à l’achat de canons et de chars, contre 1,4% actuellement. Cet énorme gaspillage de ressources vise explicitement à étendre la force militaire impérialiste à l’étranger – et il faut s’y opposer.

« Des options agressives »

Depuis fin février, alors que la guerre en Ukraine s’intensifiait, l’OTAN presse ses pays membres de « redoubler » leurs engagements militaires, principalement par des « augmentations significatives des dépenses de défense ».

Depuis 2006, l’OTAN insiste pour que ses membres consacrent 2% de leur PIB aux dépenses militaires. En prévision de la prochaine conférence de l’OTAN à Madrid, le secrétaire général Jens Stoltenberg a déclaré à la CBC : « Nous avons un accord et je m’attends à ce que tous les alliés, y compris le Canada, y donnent suite. »

Le budget 2021-2022 du Canada a alloué 24,3 milliards de dollars, soit environ 1,4% du PIB, au ministère de la Défense nationale, contre 23,3 milliards de dollars en 2020-2021. Pour atteindre l’objectif de 2% le Canada devrait augmenter ses dépenses de 10 milliards de dollars, pour atteindre 34,96 milliards de dollars.

Mais comme l’a dit le directeur parlementaire du budget Yves Giroux à CTV News, ce n’est que le début : « Pour atteindre 2% d’une base croissante, il faut dépenser plus et nous sommes loin de cet objectif de 2% tel qu’il est, donc entre 20 et 25 milliards de dollars de plus par an, chaque année. » (nous soulignons)

Lorsqu’on lui a demandé si le gouvernement prévoyait d’augmenter les dépenses, le premier ministre Trudeau s’est engagé à « examiner ce que nous pouvons faire de plus ».

La ministre de la Défense Anita Anand a déclaré à CBC News qu’elle était prête à augmenter davantage les dépenses : « Personnellement, je présente des options agressives qui verraient le [Canada], potentiellement, dépasser le niveau de 2%. »

Le National Post, le Globe and Mail, le Toronto Sun et le Toronto Star se sont tous joints au chœur, chacun affirmant que l’armée canadienne est « sous-financée ». Selon le Star, les Canadiens « déplorent l’absence de nouveaux chasseurs et navires de guerre ». Lorsque les gens ont du mal à payer leur loyer et à acheter du carburant, on se demande vraiment de quels « Canadiens » les grands médias parlent. Il est clair que ce n’est personne que vous ou moi sommes susceptibles de rencontrer.

Le mythe du sous-financement de l’armée canadienne

Alors que le budget de cette année est sur le point d’être déposé, un initié a déclaré à CBC News que, malgré des augmentations significatives des dépenses militaires, tous les autres programmes peuvent s’attendre à un budget « prudent » – la fin des « avantages et programmes d’aide » liés à la COVID-19 et de nouvelles conditions associées aux dépenses de santé.

Cependant, les dépenses militaires du Canada dépassent déjà de loin celles de nombreux autres programmes fédéraux.

Selon le budget prévisionnel de l’année dernière, le gouvernement fédéral a dépensé plus pour l’armée – 24,3 milliards de dollars – que pour :

  • L’Agence de la santé publique du Canada (8,7 milliards de dollars)
  • la Société canadienne d’hypothèques et de logement (3,2 milliards de dollars)
  • Tous les programmes sociaux financés par le Transfert canadien en matière de programmes sociaux (15 milliards de dollars)
  • les soins de longue durée (3 milliards de dollars)
  • les services aux Autochtones (13,4 milliards de dollars)

Si le gouvernement fédéral dépensait l’équivalent de 2% du PIB à la défense, cela dépasserait sa contribution de 34 milliards de dollars au transfert en matière de santé, qui aide à financer l’ensemble du système de soins de santé canadien.

On ne peut toutefois pas dire que les soins de santé, le logement et les programmes de soutien du revenu soient surfinancés. Au Canada, 1,3 million d’enfants vivent dans la pauvreté, 253 000 personnes sont sans abri, des réserves autochtones n’ont pas d’eau potable et le système de santé canadien est celui qui compte le moins de lits de soins actifs dans le monde industrialisé. Pourtant, ces besoins pressants sont ignorés au profit du militarisme.

Ce que signifient réellement les « dépenses de défense »

Interrogée par Global News sur ce à quoi ressemblaient les plans à court terme du gouvernement pour augmenter les dépenses, Anand a promis de rester « sur la bonne voie » pour respecter l’échéancier décrit dans la politique de la défense de 2017 du gouvernement Trudeau, intitulée Protection, Sécurité, Engagement.

Dans ce document, le gouvernement Trudeau promettait de respecter l’objectif de 2% de l’OTAN de façon continue jusqu’en 2037, en dépensant 63 milliards de dollars par an. Il prévoyait également l’achat de 15 navires de guerre et de 88 nouveaux avions de chasse.

La réalité est que la proposition du gouvernement pour une armée plus « robuste » visait explicitement à permettre aux militaires canadiens d’intervenir avec plus de force, ailleurs : « La prise d’ACTION décisive au moyen de capacités militaires efficaces constitue l’objectif ultime de la nouvelle approche du Canada à l’égard de la défense. […] Les Forces armées canadiennes seront prêtes à renouveler l’engagement ferme du Canada auprès du NORAD et de l’OTAN et à agir dans de multiples théâtres simultanément. »

Le document précise que les nouveaux achats permettront au Canada de maintenir « deux déploiements prolongés d’environ 500 à 1500 militaires dans deux théâtres d’opérations différents, y compris un à titre de pays chef de file ». En annexe de cette liste de priorités figure une carte du monde, sur laquelle les forces canadiennes s’étendent en Afrique, en Europe de l’Est, en Amérique latine et en Asie.

Il ne s’agit pas d’assurer la sécurité de quiconque. Il s’agit d’étendre le « recours à la force » du gouvernement canadien à l’étranger. C’est de l’impérialisme pur et simple.

Ce n’est pas une coïncidence, en outre, si l’Amérique latine, l’Afrique et les Caraïbes – les principaux endroits où le Canada envisage d’étendre ses interventions militaires – sont également les foyers des plus gros investissements internationaux des entreprises canadiennes.

En Ukraine, le gouvernement canadien a passé au moins une décennie à soutenir des organisations comme Pora et des politiciens de droite comme Viktor Iouchtchenko, tout en faisant pression pour que l’Ukraine rejoigne l’OTAN. Depuis 2015, le Canada a encore intensifié ses efforts dans le cadre de l’Opération UNIFIER – fournissant une formation militaire aux soldats ukrainiens et aux bataillons de droite et menant des opérations navales dans la mer Noire. Parallèlement, les gouvernements fédéraux successifs ont promis d’ouvrir l’Ukraine aux entreprises canadiennes, notamment en abaissant les tarifs douaniers et en privatisant les chemins de fer et les actifs pétroliers et gaziers appartenant à l’État. En effet, en 2008, lorsque le Canada a appuyé l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, le premier ministre de l’époque, Stephen Harper, a lui-même fait remarquer que ce soutien était subordonné à la poursuite de « l’ouverture de l’économie » de l’Ukraine.

Tout comme la police existe pour défendre les intérêts du capital au pays, l’armée canadienne existe pour défendre les intérêts du capital à l’étranger. « Stabilité » et « paix » signifient des profits stables et une exploitation paisible pour les capitalistes canadiens, sans opposition des capitalistes des autres blocs impérialistes, ni des mouvements ouvriers de ces pays. Lorsque les profits de ces capitalistes sont menacés, l’armée canadienne doit toujours être prête à intervenir. L’existence de l’impérialisme exige nécessairement une puissance militaire toujours plus grande et, inévitablement, la guerre.

Si l’on se fie aux missions militaires du Canada, les conséquences humaines de l’élargissement des pouvoirs militaires du Canada seront graves. Les interventions récentes du Canada, dans le cadre de l’OTAN, en Serbie, au Kosovo, en Afghanistan, en Libye et ailleurs, ont toutes ciblé des infrastructures civiles et militaires, y compris des écoles et des hôpitaux, tuant des dizaines de milliers de personnes et en déplaçant de force beaucoup d’autres.

Non aux ambitions militaires de Trudeau

Les responsables fédéraux ont clairement indiqué que chaque dollar qui va à l’armée est un dollar qui ne va pas aux programmes dont les travailleurs dépendent réellement.

Malgré le parti pris écrasant des médias en faveur de nouvelles dépenses militaires, certains signes montrent déjà que beaucoup ne sont pas convaincus.

Un sondage Nanos du 23 mars a révélé qu’une majorité de Canadiens, 53%, ne sont pas en faveur d’une augmentation des impôts sur le revenu pour financer de nouvelles dépenses militaires. En effet, malgré la position « agressive » adoptée par la ministre de la Défense du Canada, seulement 19% des répondants ont déclaré qu’ils étaient « fortement en faveur » d’une augmentation des impôts pour financer l’expansion de l’armée.

Une part importante, 39%, s’oppose en outre à ce que l’on dépense davantage pour la défense en général, et dit préférer que l’argent soit consacré à d’autres choses.

Trente-neuf pour cent n’est pas une majorité.  Mais c’est plus que les 20% d’électeurs admissibles qui ont soutenu les libéraux de Trudeau lors des élections fédérales de 2021. 

Intuitivement, beaucoup de gens comprennent que la réorientation des fonds destinés aux écoles et aux hôpitaux débordés vers les fusils, les bombes, les chars et les avions de guerre n’est pas dans leur intérêt. Cette partie de la population, qui s’oppose au militarisme canadien, peut et doit être organisée en mouvements de masse pour combattre l’impérialisme canadien. Les patrons utilisent leur État pour combattre les travailleurs au pays, et ils utilisent leur État pour combattre les travailleurs à l’étranger. Ils font tout cela pour maximiser les profits des riches, au détriment des pauvres. Il faut s’y opposer.